POLITIQUE-AFRIQUE DE L'OUEST: La Marche Vers L'Intégration Est Encore Longue

ABUJ, 29 Oct. (IPS) – Vingt trois ans après la création de la
Communauté
économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), son
objectif
consistant à réaliser une intégration complète est loin d'être
atteint.

Bien que les nationaux des 16 pays voyagent librement dans la sous
région
sans entrave, les responsables de la CEDEAO, présents à Abuja, la
capitale
nigériane, admettent qu'il faut encore faire beaucoup de choses
pour
réaliser l'intégration complète.
Lorsque les gouverneurs des banques de la sous région ont commencé
leur
réunion mardi dernier, le secrétaire exécutif de la CEDEAO,
Lansana Kouyaté,
a reconnu que le programme d'intégration économique de
l'organisation est en
perte de vitesse.
"A voir le paysage, il n'y a aucune preuve d'un leadership
déterminé à
soutenir la cause de l'intégration monétaire de l'Afrique de
l'ouest", a
déploré Kouyaté.
La léthargie a apparemment touché le forum consultatif de la
CEDEAO, le
comité ad hoc des chefs d'Etat chargé de la création d'une monnaie
commune,
et l'agence monétaire ouest africaine créée pour favoriser une
rapide
application du programme, a-t-il dit.
La directrice du service d'information de la CEDEAO, Adrienne
Diop, a
signalé que le non-paiement des contributions des nations membres
explique
le retard de l'exécution des projets et programmes de
l'organisation.
Jusqu'à la semaine dernière, le montant des sommes dues à la
CEDEAO
s'élevait à 48 millions de dollars américains. Seules deux nations
non
mentionnées ont payé leurs dettes.
Des sources proches du gouvernement nigérian ont dit à Abuja mardi
que le
chef de l'Etat, Abdusalaami Abubakar, avait, en sa qualité de
président de
la CEDEAO, personnellement lancé des appels aux dirigeants des
nations
débitrices afin qu'elles payent d'ici jeudi, le jour où le sommet
annuel de
l'organisation démarrera ses travaux dans la capitale nigériane.
Selon les sources susmentionnées, l'appel a porté ses fruits car
au moins
six nations ont accepté de payer leur dette cette semaine-ci.
Le sommet de cette semaine statuera aussi sur les crises prévalant
dans la
sous région. Ces crises incluent le soulèvement en Guinée Bissau,
le procès
et l'exécution des présumés auteurs du coup d'Etat en Sierra Leone
ainsi que
le regain de tension au Liberia.
Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Ignatius Olisemeka,
a annoncé
que le sommet examinera également la mise en place d'un mécanisme
chargé de
la prévention et de la résolution des conflits dans la sous
région.
Il a précisé qu'un certain nombre d'experts, comprenant les chefs
d'Etat-major de la sous région, avaient élaboré un plan cadre du
mécanisme
qui inclut les questions de financement, de procédures de
fonctionnement et
de souveraineté des nations.
Kouyaté a confié au journal nigérian 'Vanguard' la semaine
dernière qu'un
contingent de 9000 soldats de l'ECOMOG sera créé pour représenter
la base
d'une force permanente de maintien de la paix dans la région.
"Au cours du quatrième sommet extraordinaire au Togo, les chefs
d'Etat ont
décidé que la CEDEAO devrait adopter un mécanisme de prévention et
de
gestion des conflits, et nous faisons cela avec beaucoup
d'optimisme car
l'ECOMOG a été créée sur une base ad hoc", a rappelé Kouyaté.
L'ECOMOG, la force ouest africaine de maintien de la paix, a été
créée en
1990 en Gambie, à la veille des hostilités et de la guerre civile
au Liberia.
Les groupes de pression se servent aussi de cette réunion de la
CEDEAO pour
défendre leur programme.
Dans son rapport semestriel (1998) mis à la disposition de IPS,
l'association des industries nigérianes (MAN) a suggéré une
révision du
projet de libéralisation de la CEDEAO afin de protéger les
industries
locales contre la concurrence étrangère.
"Les industries locales sont démolies par une concurrence
déloyale", a
déploré l'Association. "La situation n'a pas été améliorée par
l'accroissement du dumping, la sous facturation et la
contrebande".
"Si la concurrence déloyale dont sont victimes les produits
locaux ne
trouve pas de solution, les industries locales continueront à
perdre leur
emprise sur le marché local qui est de plus en plus contracté par
une faible
demande", a-t-elle souligné.
Iyabo Akeusola, une politologue de Lagos, la capitale commerciale,
a dit à
IPS que les investissements dans la sous région souffrent encore
des
différentes politiques commerciales et d'investissement. Elle a
dit, par
exemple, que "la CEDEAO ne permet pas à un investisseur
sénégalais de venir
au Nigeria créer son entreprise sans trop lui compliquer la tâche
et vice
versa".
Niran Adeyemi, un professeur assistant à la Lagos State
University, est du
même avis : "lorsqu'on jette un regard sur les orientations
commerciales de
la plupart des Etats membres de la CEDEAO, on s'aperçoit qu'elles
favorisent
toujours les pays industrialisés".
"Chaque année, des chefs d'Etat des nations membres se
réunissent pour
réaffirmer les objectifs de l'organisation, mais ils font très peu
de choses
pour assurer leur réalisation", a-t-elle conclu.