KINSHASA, 27 oct. (IPS) – La lutte effrénée que mènent les pays
africains
contre les vendeurs ambulants et non autorisés de médicaments est
rendue
compliquée par l'anarchie observée au sein des officines
pharmaceutiques
officielles, notent des observateurs.
En république démocratique du Congo, par exemple, certains
observateurs
pensent que les médicaments de la rue ne sont pas plus dangereux
que ceux
vendus dans certaines pharmacies privées ou publiques de la place.
Selon le docteur Sondji, un médecin de Kinshasa, il se pose un
problème de
qualité des médicaments vendus dans les pays africains.
"Simultanément à la prolifération des pharmacies, la qualité
des médicaments
vendus dans les pays est douteuse", affirme le médecin.
L'ordre des pharmaciens de la RDC indique qu'à peine 5% des
médicaments
vendus au Congo subissent un contrôle de qualité. Les laboratoires
destinés
à cette tâche souffrent d'un manque cruel d'équipements
appropriés.
Cette situation est à la base de nombreux cas d'intoxication
déplorés par les
autorités sanitaires congolaises. Au bureau régional de l'ordre
des
pharmaciens, des photos des personnes victimes d'intoxication par
des
médicaments sont exposées.
Nombre des spécialistes avancent que ces intoxications sont pour
la plupart
causées par les médicaments vendus par les pharmaciens ambulants.
Il est reproché à ces " pharmaciens de rue ” de vendre les
médicaments en
dehors de toute norme de sécurité et d'hygiène. Les spécialistes
estiment
aussi que 60% des médicaments vendus dans les rues en Afrique sont
faux.
"Ces vendeurs ne suivent pas les prescriptions des fabricants des
médicaments. Ils les vendent sous n'importe quelle condition, à
l'extérieur,
à même le sol, aux lieux insalubres et parfois même à côté des
dépotoirs, exposés au soleil, à la poussière", soutient Blaise
Musau, un
photographe de presse, qui ajoute que “au lieu de guérir, ils
contribuent à
la mort”.
Mais d'autres personnes soutiennent que la pharmacie ambulante
n'est pas
l'unique nud du problème. Même les officines pharmaceutiques
officielles
seraient des havres de médicaments douteux.
Le Mali, par exemple, a été récemment secoué par un scandale avec
la
distribution d'un faux antipaludéen par une pharmacie publique.
Le même
produit a inondé les pharmacies des autres pays de l'Afrique de
l'ouest.
D'autres milliers de produits douteux circulent encore dans
différents pays
d'Afrique de l'ouest et du centre dans une totale impunité.
L'Organisation Mondiale de la Santé estime que l'ensemble des
contrefaçons
de médicaments s'élève au niveau mondial à 8500 milliards de
francs CFA.
La situation est rendue complexe par la prolifération des
officines
pharmaceutiques qui ne respectent aucune législation. La vente des
médicaments est devenue une affaire qui rapporte dans les pays
africains.
Kinshasa, la capitale de la RDC par exemple, compte à elle seule
près de
3000 officines et dépôts pharmaceutiques pour une population de
près de 6
millions d'habitants.
De plus, ceux qui tiennent ces pharmacies ne sont plus seulement
des
pharmaciens comme l'exige la profession, mais d'autres commerçants
incultes
dans le domaine envahissent le secteur. Ce cas est vérifiable au
Congo
Brazzaville où la loi exige pourtant que seul un pharmacien peut
ouvrir une
officine de vente de médicaments.
"Il y a à peine une décennie, un pharmacien était une denrée
recherchée au
Congo. En un peu moins de dix ans, on a l'impression que la
profession
connaît une véritable saturation, et pourtant la tendance n'est
pas la même
pour leurs homologues médecins", affirme Victor Ngoka,
pharmacien
Industriel au Congo-Brazzaville.
Alors que la majorité des gens rejettent la responsabilité sur les
vendeurs
ambulants, ces derniers accusent à leur tour les dépôts
pharmaceutiques
officiels.
"Nous ne vendons pas de médicaments périmés. Ce sont les mêmes
qui sont
vendus dans les officines et les dépôts pharmaceutiques que nous
achetons
pour revendre en détail aux gens qui n'ont pas beaucoup
d'argent", se
défend Jean Okongo, vendeur de médicaments à Kinshasa.
Ce bachelier en biologie-chimie s'adonne depuis plus d'une année à
la vente des
médicaments dans la rue. " Nous le faisons parce que nous n'avons
pas autre
chose à faire. C'est juste pour survivre ", poursuit-il.
La bataille contre ces débrouillards n'a jamais porté de fruits.
Le système
utilisé dans plusieurs pays pour venir à bout des vendeurs
ambulants de
médicaments consiste en des rafles policières qui n'ont jamais
touché la
racine du problème.
En RDC, le ministre de la Santé, le docteur Jean-Baptiste Sondji,
propose
une nouvelle stratégie qui sera basée sur un contrôle plus
rigoureux et
plus régulier afin de faire respecter la loi.
A l'en croire, la fin de la vente des médicaments dans les rues de
Kinshasa
passe inévitablement par "le rétablissement du pharmacien dans
son rôle et la
création des pharmacies dignes de ce nom".
"Il faut tout faire pour faire respecter la loi car cela permet
d'éliminer des
aventuriers de tout bord qui donnent aux malades des médicaments
qui n'offrent
aucune garantie de sécurité", soutient Masoso Kionga, secrétaire
exécutif du
Syndicat National des Pharmaciens du Congo démocratique.

