POPULATION: Une Augmentation Des Aides Des Donateurs Est Nécessaire.

WASHINGTO, 20 août (IPS) – Les nations donatrices, notamment les
Etats-Unis, doivent augmenter les fonds qu'elles accordent aux
programmes
démographiques à l'étranger, déclare RAND Corporation, un groupe
d'experts
américains.

Un nouveau rapport publié cette semaine par l'organisation
californienne
signale que malgré les progrès réalisés dans la réduction de la
natalité
dans des régions clé du monde, notamment en Asie de l'Est et en
Amérique
latine, les programmes de contraception n'arrivent pas encore à
satisfaire
les exigences, surtout dans les pays en développement ayant les
taux les
plus élevés de natalité.
Le rapport de la RAND Corporation, connue pour les travaux qu'elle
a
réalisés au nom du pentagone et des agences de renseignement
américaines, a
été en partie financé par le fonds des Nations Unies pour la
population
(FNUAP) et été publié à un moment critique ici.
Lorsque les membres du congrès retourneront à Washington le mois
prochain,
ils devront statuer sur les projets de loi d'aide étrangère en
instance. Ils
statueront aussi sur l'argent nécessaire pour payer les arriérés
aux Nations
Unies et augmenter les ressources du fonds monétaire international
(FMI) qui
est très critiqué en ce moment où il a de plus en plus de
difficultés à
faire face à la crise financière asiatique et à ses répercussions
en Russie
et ailleurs.
Cependant, il y a dans ces projets de loi une disposition soutenue
par les
républicains, qui réduirait l'aide américaine aux programmes
d'outre-mer de
planification familiale. Ces programmes ont été déjà réduits par
une série
d'assauts faits par la droite sur le Congrès, au fil des années.
Historiquement, les Etats-Unis ont été le plus grand financier des
programmes de planification familiale dans les pays en
développement.
Les forces hostiles à l'avortement disent qu'elles approuveront le
projet
d'aide étrangère seulement si Clinton accepte de ne pas accorder
les fonds
américains aux groupes étrangers de planification familiale qui
font
pression sur le gouvernement afin qu'il assouplisse les lois
relatives à
l'avortement, même s'ils utilisent leur propre argent pour le
faire.
L'actuelle législation interdit déjà à Washington de financer
l'avortement à
l'étranger.
En se faisant l'écho des arguments avancés par les défenseurs de
la
planification familiale, le rapport du RAND souligne que la
facilitation de
l'accès à la contraception (le point central des programmes
démographiques
américains) réduit en fait les cas d'avortement.
Le rapport révèle que les données obtenues dans des pays aussi
divers que la
Hongrie, la Corée du sud, la Russie et le Kazakhstan, ont montré
le déclin
de l'avortement, et ce, parce que les services de contraception se
sont
répandus. Selon le rapport, une enquête effectuée en 1998 dans
deux
districts du Bangladesh montre que le district ayant un programme
plus
efficace de planification familiale avait aussi un plus bas taux
d'avortement.
Bien que cet argument particulier ait eu peu de succès parmi les
forces
hostiles à l'avortement, le fait que RAND ait décidé d'entredans
le débat
sur la population en lançant un nouveau programme de recherche sur
ledit
débat, au lieu de se limiter à des informations objectives,
l'amène (RAND) à
dire "nous espérons que le rapport permettra de donner une base
plus
scientifique pour parler des mérites des programmes de
planification
familiale".
Le rapport indique qu'actuellement, les pays en développement, eux-
mêmes,
fournissent 60 à 75 pour cent des fonds mis à la disposition de la
planification familiale. Mais, le financement et l'aide technique
des
nations donatrices, telles que les Etats-Unis, "ont été dus",
selon le
rapport, "aux anciens succès des programmes de planification
familiale, et
sont tout aussi importants pour renforcer et étendre les efforts
déployés
par le programme pour faire face aux futurs défis".
Tandis que le taux de fécondité dans le monde entier a chuté de
cinq enfants
environ, par couple, à trois depuis 1960, la population mondiale
augmente
annuellement de près de 80 millions de personnes, ce qui équivaut
à la
population allemande. L'augmentation a lieu essentiellement dans
les nations
d'Afrique subsaharienne et d'Asie du sud, qui ont moins de moyens
pour y
faire face.
Un phénomène très inquiétant est le rythme d'accroissement de la
population" qui résulte de la pyramide des âges". Lorsqu'une
grande
proportion de femmes se trouve en âge de procréer, les populations
des
nations peuvent augmenter, bien que le taux de fécondité des
femmes soit en
baisse, fait remarquer le rapport.
Au cours des prochaines décennies, ce phénomène contribuera de
façon
substantielle à l'augmentation de la population mondiale.
Selon le rapport, en dehors des problèmes de disette croissante
expérimentés
par les pays pauvres, des dizaines de millions de couples
"préféreraient
avoir moins d'enfants qu'ils en ont". Certaines enquêtes
indiquent que ce
"besoin non satisfait de contraception" concerne 10 à 40 pour
cent de
femmes mariées en âge de procréer dans les pays en développement.
Le rapport estime que dans le monde entier, 150 millions de femmes
sont
victimes de ce besoin non satisfait.
D'après le rapport, la planification familiale s'est assez bien
battue pour
faire face à ce besoin depuis le début des années 1950 lorsque les
programmes nationaux des pays développés avaient commencé pour la
première
fois à promouvoir la contraception. "Cela s'est vérifié dans un
nombre
étonnant de contextes culturels, politiques et socio-
économiques".
Le succès n'a, cependant, pas été uniforme. L'efficacité a dépendu
de
plusieurs facteurs, notamment le climat politique, la variété des
méthodes
contraceptives proposées, la flexibilité de l'adaptation aux
conditions
locales et un financement stable.
Cependant, le dernier facteur est actuellement une grande
préoccupation car
les contributions des donateurs ont connu des fluctuations au
cours de ces
dernières années. Elles ont substantiellement augmenté jusqu'à
1,37
milliards (soit 15 pour cent des programmes de planification
familiale dans
le monde) en 1995, l'année qui a suivi la conférence
internationale, tenue
au Caire, sur la population et le développement.
Toutefois, ces contributions incluaient également de l'argent pour
la santé
reproductive que la conférence du Caire a reconnue comme étant
uneriorité
majeure. A part l'argent destiné à la santé reproductive, RAND
pense que les
engagements des donateurs vis-à-vis de la planification familiale
ont, en
fait, baissé entre 1994 et 1995 de 7% en termes réels.
De nos jours, les plus importants donateurs sont, selon le
rapport, les
Etats-Unis, le Japon et les pays d'Europe de l'ouest, mais en
raison de
l'hostilité soulevée contre l'avortement au niveau du Congrès, les
contributions de Washington ont baissé de 20 pour cent en 1996 et
de 10 pour
cent l'année dernière.