FREETOW, 23 août (IPS) – Une confrontation sanglante plane sur la
Sierra
Leone, où les rebelles du Front Révolutionnaire Uni (RUF) ont
donné une
semaine au gouvernement pour libérer leur chef et menacent
d'organiser une
lutte tout azimut si leur revendication n'est pas satisfaite.
"Nous voulons que la communauté internationale intervienne auprès
du
gouvernement pour que notre leader Foday Sankoh soit relâché, pour
qu'il
nous rejoigne dans la brousse afin qu'une paix durable soit
rétablie", a
déclaré le porte-parole du RUF, le lieutenant Eldred Collins, sur
une
station de radio européenne captée cette semaine dans la capitale
Sierra
léonaise.
Collins, qui n'a pas révélé la cachette des rebelles, serait
intervenu par
satellite depuis Kailahun, à 320 kilomètres à l'Est de la
capitale.
A défaut de libérer Sankoh, une campagne militaire, surnommée
'Opération
Spare No Soul' sera déclenchée, a-t-il déclaré. "Au terme de
l'ultimatum,
nous déclencherons une offensive tout azimut contre les
envahisseurs
nigérians, leurs homologues guinéens, britanniques et américains
qui ont
occupé notre pays".
Sankoh est détenu dans une prison discrète par le gouvernement, en
instance
de jugement. Il était extradé du Nigeria en juillet dernier, après
avoir
séjourné pendant plus d'un an en prison pour avoir pénétré
illégalement dans
ce pays avec des armes.
Lors de sa première intervention à la télévision après son
extradition,
Sankoh avait ordonné à ses combattants d'observer un cessez-le-feu
unilatéral, et il avait demandé à l'ECOMOG et au gouvernement de
le
transporter par avion auprès de ses troupes dans la brousse.
"Si je suis transporté par voie aérienne à destination du lieu où
se
trouvent mes combattants, je suis sûr qu'ils m'écouteront et
arrêteront les
massacres, les brûlures et les amputations", a déclaré Sankoh.
L'instruction qu'il avait donnée le 25 juillet aux forces rebelles
d'arrêter
les combats, n'a pourtant pas été respectée. Dès lors, les
rebelles ont
intensifié leur campagne de terreur.
Dans son dernier rapport, 'Amnesty International', un groupe de
défense des
droits de l'homme basé à Londres a expliqué que plus de 200
personnes ont
été récemment tuées au cours d'une attaque perpétrée contre le
village de
Yifin, dans le district de Koinadugu dans le septentrion.
"Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants tout âge confondu
ont été
victimes des mutilations et des amputations grossières de leurs
membres,
lèvres ou oreilles, et ont été touchées par des lacérations et des
coups de
fusils ", a-t-il déclaré.
Le RUF, qui avait lancé son insurrection à partir du Liberia
voisin en mars
1991, s'était allié aux traites militaires pour renverser le
président élu
Ahmed Tejan Kabbah en mai 1997.
L'alliance composée des militaires et des rebelles, connue sous
le nom du
Conseil des Forces Armées Révolutionnaires (AFRC), a été alors
chassée par
l'ECOMOG en février 1998, après neuf mois de règne.
Les troupes de la junte retirée dans la brousse ont dès lors monté
des
attaques à l'égard des civiles dans la campagne, causant d'énormes
dégâts
dans les villes et villages.
En juillet, le gouvernement a annoncé un cessez-le-feu unilatéral
et a
demandé aux rebelles de se rendre à l'ECOMOG, en échange d'une
amnistie. Les
rebelles ont profité de la situation pour lancer des attaques
surprenantes
dans le septentrion, tuant plus de 200 personnes et saccageant
plus de 100
maisons.
"Jamais nous n'emmènerons le Caporal Sankoh sur le soi-disant
territoire
des rebelles, parce que cela ne portera pas de fruit", a déclaré
un
conseiller du président Kabbah. Il a expliqué que les rebelles du
RUF
n'attendent que la libération de leur chef pour se regrouper et
faire des
progrès.
"Ils avaient fait de même en 1996, lorsque nous avions pris trois
rebelles
déchus de leurs bases pour parler aux troupes. Ils ont été
kidnappés et
assassinés. Une telle manuvre irait à l'encontre du but
recherché", a-t-il
déclaré.
Le RUF a lancé un appel à un cessez-le-feu unilatéral au lendemain
d'un
combat remporté par les troupes gouvernementales, et les alliés
militaires,
la milice Kamajor.
L'ECOMOG affirme qu'il prend au sérieux les menaces du RUF. "Nous
ne
voulons prendre aucun risque", a indiqué un commandant de
l'ECOMOG. "Si
les rebelles sortent de la brousse et se rendent, nous leur
accorderons
l'amnistie".

