AFRIQUE AUSTRALE-ECONOMIE: Ne pas négliger les nouveaux partenaires.

WINDHOE, 27 mai (IPS) – Bien que les dirigeants africains aient
ressassé
les exhortations à l'allégement de la dette et à la stabilité
politique au
cours de leur récent sommet économique, un nouvel esprit a
cependant émergé,
car ces dirigeants ont reconnu le besoin de travailler plus
étroitement avec
le secteur privé et la main-d'uvre.

Le message qui a émané de plus de 60 séances de travail du sommet
économique
de l'Afrique australe tenu à Windhoek (la capitale namibienne),
était clair
: l'augmentation de la productivité dans le cadre du processus de
libéralisation économique et de la stabilité politique est une
nécessité,
mais cela doit être coordonné dans un contexte régional, compte
tenu d'une
alliance tripartite incluant le gouvernement, le secteur privé et
la
main-d'uvre.
"Les gouvernements africains avaient l'habitude de penser que le
secteur
privé exploitait les travailleurs, mais actuellement ils se
rendent compte
que le ce secteur peut renforcer l'économie. La stratégie la plus
prometteuse pour la future prospérité de l'Afrique est la
formation d'un
partenariat entre le secteur public et le secteur privé", a
déclaré Koosum
Kalyan de Shell Afrique du sud.
Les "PPP (partenariats entre le secteur public et le secteur
privé)
permettent au secteur privé d'influencer les attitudes et les
opinions des
dirigeants politiques tandis que, en retour, le secteur public
peut
améliorer la vie des communautés en leur offrant de meilleures
prestations
de service", a ajouté Kalyan.
Au début de ce sommet de deux jours (17 et 18 mai), les chefs
d'Etat de
l'Afrique australe ont défini l'ordre du jour en déclarant leur
soutien sans
équivoque au processus de libéralisation dont le fer de lance est
la
privatisation des entreprises publiques. Cette privatisation a
lieu dans la
plupart des pays.
Cependant, afin que leurs efforts de réforme du marché puissent
aboutir, les
dirigeants ont une nouvelle fois demandé l'annulation des dettes.
Le
président zambien, Frederick Chiluba, a ouvert la voie en disant
que la
dette devrait être annulée afin que les pays africains puissent
investir
leurs ressources dans l'industrialisation, le développement des
ressources
humaines et le développement économique.
"Les pays développés ne peuvent pas prétendre aider l'Afrique à
entreprendre des réformes, alors qu'au même moment, ils lui
pointent un
fusil à la tête, a-t-il signalé.
Le célèbre professeur d'économie de l'université de Harvard,
Jeffrey Sachs,
chef de la délégation qui a présenté un rapport sur la
compétitivité de
l'Afrique à ce sommet, a approuvé cette demande, en disant que les
pays
africains devaient s'unir pour faire un appel plus audacieux. Par
contre,
les pays développés devraient réaliser que l'annulation de la
dette est la
seule option réaliste.
Certains économistes de la région ont, cependant, pris le contre-
pied des
politiciens en indiquant que la question de la dette n'était pas
si simple.
Rudolph Gouws, de Rand Merchant Bank de l'Afrique du sud, a dit
qu'il
faudrait que les annulations se fassent suivant certains principes
et
qu'elles ne pourraient concerner que la dette bilatérale et non la
dette
commerciale.
Pour sa part, Nico Czypionka, de Standard Bank de l'Afrique du
sud, a
exprimé sa consternation face au "grand mouvement populiste" en
faveur de
l'annulation de la dette. Il a mis en question la sincérité des
dirigeants
qui ont réclamé l'annulation de la dette, alors qu'ils vont à ces
sommets
dans des avions Falcons.
Les participants à la réunion ont aussi reconnu le rôle
grandissant de la
main-d'uvre, en faisant remarquer que la productivité de la main-
d'uvre et
la faiblesse des compétences, ont empêché la compétitivité de
l'Afrique.
Les autres problèmes concernent, selon eux, le manque de
coopération ou
d'une vision commune entre le patronat et les travailleurs, le
manque
d'harmonisation des politiques d'octroi des cartes de travail et
des visas,
et l'existence d'un trop grand nombre de barrières non tarifaires,
d'où les
différences dans les télécommunications et des transports sont
fréquentes.
Selon Malcom Hughes, directeur général de Proudfoot (Grande-
Bretagne), les
pays de la communauté de développement de l'Afrique australe
(SADC) ont des
difficultés à transformer "leurs affaires de façon à faire face à
la
concurrence mondiale sans compromettre la stabilité durement
acquise et le
fragile contrat social entre le patronat et les travailleurs".
L'inefficacité des marchés du travail est devenue un grand
obstacle aux
investissements étrangers, a affirmé Kwesi Botchwey de
l'université de
Harvard. "L'incapacité des marchés du travail à fournir autant
que possible
la main-d'uvre compétente a un effet néfaste sur les
investissements et la
productivité. Etant donné la généralisation de la pauvreté, il y a
une
tendance à rehausser les salaires par le biais des lois. Si cette
tendance
est rendue complexe par des taux de change surévalué, alors les
coûts de la
main-d'uvre de l'Afrique australe ne sont pas compétitifs", a-t-
il précisé.
Les pays membres de la SADC sont l'Angola, le Botswana, la
République
démocratique du Congo, le Lesotho, le Malawi, l'île Maurice, le
Mozambique,
la Namibie, le Swaziland, les Seychelles, l'Afrique du sud, la
Tanzanie, la
Zambie et le Zimbabwe.
Les participants ont constamment rappelé aux chefs d'Etat de la
région
qu'ils ne peuvent plus y aller tout seuls, s'ils veulent que la
région de la
SADC franchisse véritablement le cap d'un "organe de
coordination" pour
définir des objectifs à long terme.
Les entreprises, les travailleurs et le gouvernement doivent avoir
une
vision commune, susceptible d'entraîner des stratégies communes, a
suggéré
Humphrey Khoza, président de la chambre sud-africaine de commerce.