DROITS-ETHIOPIE: Le gouvernement Zenawi accusé de violation des droits de l'homme.

PRETORI, 28 mai (IPS) – -La Communauté éthiopienne en Afrique du
Sud en
demande au Président Nelson Mandela d'exercer une pression sur
le
gouvernement du Premier ministre Meles Zenawi, afin qu'il
introduise des
réformes démocratiques en Ethiopie.

Les manifestants qui ont marché sur le bureau de Mandela à
Pretoria, la
veille de la fête nationale de l'Ethiopie, ce 28 mai, ont aussi
demandé au
gouvernement sud africain de leur accorder le statut de réfugié.
Sur les 5000 éthiopiens en quête d'asile, seulement une personne a
jusqu'ici
obtenu le statut de réfugié en Afrique du Sud.
"Nous aimerions attirer votre attention sur notre épreuve en
Afrique du
Sud, et aussi, en ce qui concerne les Ethiopiens, de recourir
humblement à
votre autorité afin que vous exerciez votre influence pour aider à
redresser
une tragédie avancée", a indiqué le mémorandum adressé au
Président Mandela.
"Nous vous demandons respectueusement d'accorder la priorité à
vos
préoccupations habituelles sur les droits de l'homme, la liberté
et la
justice sociale en demandant au gouvernement de garantir le
respect des
droits de succession à tous les Ethiopiens, y compris les droits
de l'homme,
la bonne gouvernance et le respect de la loi", ajoute le
document.
Le gouvernement de Zenawi, qui a été un marxiste convaincu, est
arrivé au
pouvoir en 1991 après avoir renversé le dictateur militaire
Mengistu Haile
Mariam, qui s'est enfuit pour le Zimbabwe où il vit toujours.
Le front révolutionnaire pour la démocratie du peuple éthiopien
(EPRDF),
parti de Zenawi, a remporté les premières élections législatives
multipartites de mai 1995, obtenant 484 sur les 547 sièges.
Mais son gouvernement continu d'exercer une emprise rigoureuse sur
la vie
privée, politique et économique en Ethiopie. Par exemple, pour
qu'un
éthiopien quitte son pays pour une destination étrangère, il/elle
doit
d'abord obtenir l'autorisation du gouvernement.
"Au cours de ces sept dernières, le gouvernement a supprimé les
véritables
partis politique d'opposition, et a gagné le contrôle absolu de
l'administratif, du judiciaire, des institutions civiques et des
syndicalistes", a déclaré Alemayehu Bizuayehu, le seul éthiopien
reconnu
comme réfugié en Afrique du Sud. Il a occupé un poste de ministre
d'Etat
dans le gouvernement de Mengistu.
Les Ethiopiens en quête d'asile en Afrique du Sud se sont plaints
des
exécutions sommaires qui ont lieu dans leur pays, les arrestations
illégales, la suppression de la presse et la pauvreté galopante.
Occupé par l'Italie, mais en réalité n'a jamais été colonisé par
une
puissance occidentale, l'Ethiopie a été un symbole de liberté et
d'indépendance pour plusieurs africains. De plus, il est l'un des
deux pays
africains qui n'ont pas ratifié la charte africaine des droits de
l'homme.
Dans son rapport de 1997, Amnesty International a révélé que :
"des
centaines de critiques et d'opposants étaient arrêtés, y compris
les
prisonniers de conscience. La plupart des prisonniers politiques
étaient
détenus sans motif ou jugement. D'autres cas de tortures des es de
l'opposition, de disparitions et d'exécutions extrajudiciaires ont
été
signalées.
"Le rapport entre le gouvernement éthiopien et la presse est
aussi l'un des
plus tendus au monde. Le 20 mai, Reporters Sans Frontière a publié
un
communiqué dans lequel il condamnait "l'arrestation de quatre
journalistes
au début du mois de mai. Ces arrestations portent à 21 le nombre
de
journalistes actuellement en détention. L'Ethiopie bat dans ce
domaine non
seulement le record de l'Afrique, mais du monde entier".
Zenawi aurait emprisonné des milliers de leaders politiques, des
leaders
syndicaux, civiques et religieux, et aurait fermé la plupart de
leurs locaux
sans aucune procédure juridique.
"J'ai été arrêté deux fois par les membres du gouvernement et
lorsqu'ils me
recherchaient pour la troisième fois, je m'étais enfui avec ma
femme et mon
enfant", déclare Melaku Haile un ancien lieutenant du
gouvernement
Mengistu. "C'est très dangereux pour moi de retourner".
Cependant, l'aide étrangère continue de soutenir le gouvernement
de Zenawi,
en dépit de la reconnaissance par la communauté internationale
des
violations croissantes des droits de l'homme. L'Ethiopie est l'un
des grands
récipiendaires de l'aide internationale sur le continent. La
banque
mondiale, seule, a prévu 700 millions de dollars cette année pour
Addis-Abeba, une enveloppe qui dépasse largement celle accordée
aux autres
pays africains.
Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, est aussi le siège de
l'Organisation
de l'Unité Africaine (OUA), de la Communauté Economique des
Nations Unies
pour l'Afrique (CEA) et de plusieurs autres organisations
internationales,
faisant de cette ville le centre des activités économiques en
Afrique et du
développement politique.
Mais l'Ethiopie est l'un des pays les plus pauvres du monde et
plus de la
moitié de sa population composée de 57 millions d'habitants vit
dans une
misère effroyable. Plus de 80% de sa population gagnent
péniblement leur vie
à partir de l'agriculture. Comme la propriété privée de la terre
est
interdite, il existe une incertitude sur le statut de
l'acquisition des
terres rurales.
"La famine chronique généralisée, le chômage élevé, les
conditions de santé
précaires, l'inadéquation de l'infrastructure, le logement
misérable et le
manque de services vitaux aux 4/5 de la population constituent
une réalité
quotidienne", indique l'agence onusienne pour le développement
International (USAID) dans un rapport.
De plus en plus de réfugiés éthiopiens se sont retrouvés dans les
rues de
l'Afrique du sud étant donné qu'ils fuient leurs premiers pays
d'asile, tels
le Kenya et le Djibouti voisins, à cause des allégations de
persécution
commises par les agents du gouvernement de Zenawi.
L'Ethiopie est membre de l'autorité intergouvernementale pour le
développement (IGAD), un groupement des pays de l'Afrique
orientale et
centrale, avec un mandat pour couvrir les questions de coopération
économique, d'intégration régionale et d'autres préoccupations
d'ordre
politique et social, sans oublier le règlement des conflits.
Le groupement, fondé en 1986 en tant qu'autorité
intergouvernementale sur la
sécheresse et le développement, a changé son nom en IGAD en 1996.
Sous
l'autorité du président kenyan Daniel Arap Moi, l'IGAD prépare une
initiative pour mettre fin aux 14 années dere civile au Soudan.
Les réfugiés éthiopiens déclarent que l'interprétation d'un traité
d'extradition entre les membres de l'IGAD autorisant l'expulsion
de huit
nationaux constituait une menace à la sécurité nationale, ce qui
signifie
que les réfugiés éthiopiens ne sont plus en sécurité dans cette
région.
Les pays membres de l'IGAD sont le Djibouti, l'Erythrée,
l'Ethiopie, le
Kenya, le Soudan et l'Ouganda.