MOUNT DARWIN, ZIMBABW, 20 mai (IPS) – La chute de la demande
mondiale de
tabac a donné l'insomnie aux industriels, mais c'est surtout les
petits
fermiers qui sont les plus touchés.
Les fermiers de Nembire, Mt. Darwin, localité située à 157 km au
nord-est de
Harare, la capitale zimbabwéenne, expliquent qu'ils seront
bientôt au bord
de la ruine, à la suite de la chute du cours de cette culture
commerciale.
"Il n'y a simplement pas de commune mesure entre ce que nous
gagnons et ce
que nous avons investi comme effort physique et comme engrais ",
souligne
Evaristo Mukurunyora, fermier bien connu.
Le "flue-cured tobacco"(une variété particulière de tabac) est
la
principale plante cultivée dans la région. Le kilogramme se vend
entre 20 et
21 dollars zimbabwéens en moyenne, depuis que la saison a commencé
le mois
dernier. Notons au passage qu'un dollar américain équivaut à peu
près à 17
dollars zimbabwéens. Les fermiers espéraient que le cours allait
remonter au
fur et à mesure que la saison évoluait, mais ce n'était pas le
cas. En fait,
le cours est demeuré nettement inférieur à celui de l'année
passée. Les
fermiers vendaient le kilogramme de tabac à 2,15 dollars
américains en 1997
; par contre, ils vendent le kilogramme à environ 1,31 dollar
américain
cette année-ci.
Ce qui est particulièrement écoeurant c'est que le "rendement
de cette
année est meilleur par rapport à celui de l'année dernière",
explique
Mukurunyora.
Le président de l'association zimbabwéenne des producteurs de
tabac (ZTA),
Roy Webb, annonce que les grands fermiers zimbabwéens renvoient
leur produit
au village, en attendant la hausse du cours du tabac. Par contre,
les petits
fermiers ne semblent pas faire le même choix.
"Notre problème majeur, nous les petits fermiers noirs, c'est que
nous
sommes pauvres", déclare Mukurunyora. "Nous n'avons pas assez
d'argent
pour renvoyer, comme les grands fermiers blancs, notre tabac au
village
dès lors que le cours est trop bas. Nous devons songer à l'achat
des biens
fondamentaux tels que le sucre pour nos familles".
Les problèmes des petits fermiers semblent être énormes. "Nous
avons besoin
de bétail pour labourer nos champs. Nous avons besoin des
contributions
scolaires. Bon nombre de fermiers locaux vendent une ou deux de
leurs bêtes
pour financer les études de leurs enfants", explique Mukurunyora.
Il craint que la dégringolade du cours du tabac menace non
seulement le
gagne pain de sa communauté, mais qu'elle ait aussi des effets
pervers sur
l'agriculture au cours des prochaines années.
"La plupart des producteurs locaux de tabac pensaient faire face
à leurs
dépenses à l'aide des recettes du tabac. Mais, étant donné la
chute du cours
de ce produit, ce sera très difficile pour plusieurs d'entre
eux", estime
Mukurunyora.
Les seules personnes qui n'ont pas l'air de se plaindre sont les
transporteurs locaux.
"Nous faisons de bonnes affaires cette année-ci. C'est même mieux
que
l'année dernière", affirme Danfy Katanda, transporteur exerçant
dans la
localité depuis quelques années.
" Malgré tout, Katanda aussi est inquiet pour l'avenir. "Nous
avons
rehaussé les tarifs des transports parce que c'est plus cher de
conduire un
camion. Mais je pense que l'année prochaine, nous ferons moins
d'affaires
car les fermiers produiront moins de tabac", dit-il.
Mukurunyora est du même avis. "La production agricole va
inévitablement
baisser car nous ne serons pas en mesure d'acheter d'intrants pour
la
prochaine saison", prévoit-il.
Selon la commission de l'industrie et du marketing du tabac, 27,5
millions
de kilogrammes de tabac d'une valeur de 500 millions de dollars
zimbabwéens,
ont été vendus depuis le début de la saison des ventes en avril.
De janvier
à avril 1997, les fermiers ont vendu 38,9 millions de kg et gagné
près d'un
milliard de dollars zimbabwéens. Le prix moyen du kilogramme était
alors
égal à 2,24 dollars américains.
Webb prévoit que si le cours demeure faible, le Zimbabwe, qui
traverse
actuellement une période de graves difficultés économiques, perdra
des
devises tant sollicitées d'une valeur de 2,5 milliards de dollars
zimbabwéens. Les fermiers espéraient empocher au total près de
neuf
milliards de dollars zimbabwéens grâce à l'exportation de 220
millions de kg
de tabac, mais cela paraît désormais incertain.
Les économistes zimbabwéens ont signalé que la baisse du cours du
tabac aura
un impact sur les recettes totales des exportations du secteur
agricole,
estimées à 14 milliards de dollars zimbabwéens cette année-ci.

