DROITS: L'ONU prépare une loi contre le recrutement des enfants soldats

GENEVE, 17 janv. (IPS) – Les Nations Unies et des organisations de
défense
des droits de l'Homme prennent l'initiative de faire adopter une
loi
internationale contre le recrutement des enfants soldats.

Un groupe de travail des Nations Unies discute de l'initiative à
Genève et
propose que l'âge minimal de participation des enfants aux
conflits armés
passe de 15 à 18 ans.
Le groupe multilatéral discute du protocole de la Convention sur
les Droits
des Enfants, qui interdit le recrutement ou la participation
militaire de
toute personne de moins de 18 ans aux conflits armés.
Le projet de protocole précise que la reconnaissance et le respect
de cette
convention seraient imposées à toutes les forces armées
gouvernementales ou
rebelles.
Les négociations du groupe de travail ont connu des progrès
remarquables,
déclare le Commissaire des Nations Unies pour les droits de
l'Homme, Mary
Robinson.
Néanmoins pendant la prochaine semaine de négociations, les
délégations
doivent s'apprêter à affronter l'opposition des pays tels que les
Etats-Unis
et la Grande-Bretagne qui enrôlent des personnes de moins de 18
ans dans
leurs forces armées.
Quelque 300.000 mineurs sont employés dans le monde en tant
qu'enfants
soldats, selon un rapport publié en octobre dernier par le
Secrétaire
général des Nations Unies, Kofi Annan.
Human Rights Watch de New York rapporte que près de 3000 jeunes de
moins de
17 ans sont inclus dans les forces armées américaines dont
l'effectif total
s'élève à 1,2 million de soldats.
D'autres organisations des droits de l'Homme indiquent que la
Grande-Bretagne avaient utilisé des jeunes de 16 ans au cours de
la guerre
des Malouines et de la guerre du Golfe en 1991.
Robinson a raconté son expérience en Sierra Leone, en indiquant
que des
enfants "très traumatisés" étaient impliqués de force dans la
guerre
civile du pays.
Le Haut Commissaire a réitéré qu'aucun enfant de moins de 18 ans
ne devrait
être volontairement ou involontairement recruté dans l'armée et
qu'il ne
devrait pas non plus participer aux conflits armés.
Par contre, le délégué américain Michael Southwick a déclaré à
Genève que
son pays "n'est pas d'accord" avec ceux qui pensent que le
recrutement des
personnes de moins de 18 ans est répréhensible ou que c'est un
problème des
droits de l'Homme.
Southwick a défendu la politique américaine qui fait "une
importante
distinction entre le recrutement volontaire et le recrutement
forcé".
Les organisations civiles de défense des droits de l'Homme réunies
au sein
de la Coalition de lutte contre le recrutement des enfants
soldats,
déclarent que les critères américains sont "complètement
inacceptables".
Jo Becker, le porte-parole de la coalition, critique la
proposition
américaine qui laisse le soin à chaque gouvernement de fixer sa
propre
limite d'âge en ce qui concerne le recrutement et la participation
des
enfants aux conflits armés. Les Américains supposent que chaque
gouvernement
continuera de respecter l'âge minimal de 15 ans.
Malgré ces divergences de vue, les négociations peuvent déboucher
sur un
accord avant vendredi prochain, date à laquelle le groupe de
travail
clôturera ses assises.
Un délégué latino-américain déclare sous couvert d'anonymat que
pour
surmonter les désaccords entre les Etats-Unis et la Grande-
Bretagne, il faut
peut-être accorder à ces deux pays le droit d'émettre des réserves
par
rapport au premier article du protocole qui fixe l'âge minimal à
18 ans.