AFRIQUE-FEMMES: Les Africaines exigent des actions concrètes.

ADDIS ABEB, 05 mai (IPS) – Après l'adoption de plusieurs
programmes et
recommandations sur la promotion des droits de la femme qui n'ont
pas
abouti à des actions concrètes et changements de grande envergure,
les
femmes africaines réunies à la conférence d'Addis-Abeba exigent
que les
Etats prennent des actions immédiatement.

" Plusieurs résolutions sont restées lettres mortes. Il faut que
quelqu'un
soit responsable. Nous allons tenir les gouvernements africains
pour
responsables", a affirmé Mary Chinery-Hesse, directrice générale
adjointe
de l'organisation internationale du travail (OIT).
Les femmes africaines pensent que les gouvernants doivent
maintenant
prendre conscience des questions de genre et les appliquer dans
toutes leurs
politiques." Il ne suffit pas de dire que les femmes ne sont pas
représentées dans les sphères de prise de décision. Nous avons
fait un
grand travail de sensibilisation. La sensibilisation est terminée,
il faut
passer à l'action", a ajouté Mary Chinery-Hesse.
Selon Mary Chinery, les femmes sont de nature patientes. Mais
quand on
arrive à un niveau où elles deviennent impatientes, il faut se
dire qu'il y
a une crise. " Si nous ne voulons pas arriver à une crise, il
faut que les
actions soient prises : actions, actions, actions", a-t-elle
insisté.
La conférence qui s'est tenue à Addis-Abeba, en Ethiopie du 28
au 1 mai
sur le thème : les femmes et le développement économique :
investir dans
notre future, et qui a coïncidé avec le quarantième anniversaire
de la
Commission économique pour l'Afrique (CEA) a proposé plusieurs
actions à
mettre en pratique par les gouvernants.
Dans le cadre du renforcement du rôle des femmes dans le
développement des
économies africaines, les femmes ont exigé la prise en compte de
leur
travail, souvent impayé, dans les statistiques nationales et
l'élaboration
des budgets nationaux dans une perspective de genre.
" Le budget, qui est un instrument important de la politique
économique
des gouvernements, permettant à l'Etat de réaliser les besoins des
pauvres
dont la majorité sont des femmes, ne prend pas en compte la notion
de
genre… Les budgets nationaux ignorent les différents rôles
socialement
déterminés, les responsabilités et les capacités des hommes et 9s
et les capacités des hommes et des femmes.
Ces différences tendent à reléguer les femmes dans une position
économique,
social et politique inférieure", lit-on dans une note sommaire
du groupe
de travail sur le rôle économique de la femme.
Dans le même ordre d'idées, les gouvernements devront développer
des
micro-crédits et micro financements pour permettre aux femmes de
développer
leurs sens de l'initiative, renforcer leur pouvoir économique dans
les
communautés afin qu'elles se sentent indépendantes et en
sécurité.
" Comme la pauvreté est due essentiellement à une exclusion des
femmes des
marchés et à l'inégale distribution des ressources es,
régionales et
internationales, les micros crédits deviennent des modes de
financement
alternatifs pour les populations traditionnellement
marginalisées",
disent les femmes.
D'autres mécanismes proposés sont entre autres la promotion et
la
protection de l'accès des femmes à la terre par des lois non
discriminatoires et le bannissement des pratiques traditionnelles
négatives. La facilitation de l'accès des femmes aux marchés, au
commerce
régional, la mobilisation des ressources pour la mise en place de
la
sécurité sociale des communautés et des programmes d'assurance
pour l'accès
aux femmes aux services sociaux de base sont autant d'actions que
les
gouvernants devront appliquer.
Les décideurs africains sont également tenus, sur le plan
politique, de
pratiquer la bonne gouvernance en ouvrant un peu plus d'espace aux
femmes
dans les sphères de prise de décision. A ce niveau, les femmes
exigent
l'application des politiques de quotas pour leur représentativité
politique.
" C'est vraiment la seule façon pour renforcer la présence des
femmes dans
les sphères de prise de décision. De plus, nous devons avoir le
courage de
rejeter les lois qui ne permettent pas l'intégration des femmes.
Nous
devons fermer les portes à toute législation qui ne prend pas en
compte les
questions de genre", a affirmé Chinery-Hesse.
Les femmes exigent également l'appropriation des technologies de
l'information et de la communication (TIC). Les gouvernements
doivent donc
améliorer l'accès des femmes aux TIC, en établissant un dialogue
sur la
politique de la communication dans ses aspects législatifs et
décisionnels.
"D'une façon générale, il faut encourager les gouvernants à
associer les
femmes et les organisations des femmes aux actions de
développement du
réseau Internet et à l'élaboration des stratégies de
développement du
secteur des télécommunications", dit le document de synthèse de
l'un des
sous thèmes de la conférence consacré aux Technologies de
l'information et
la communication.
Les pays africains devront choisir les moyens techniques les plus
appropriés qui ne nécessitent pas forcement la haute technologie.
L'utilisation du fax, de l'ordinateur ou des moyens de
communication
autonomes ou encore des moyens associant la radio et les systèmes
de
communication personnels sont d'une très grande utilité pour les
organisations des femmes travaillant en milieu rural", dit le
document.
Etant donné la faiblesse des infrastructures de communication
existantes
dans les zones rurales et urbaines, les pays sont mis au défi de
réduire
les coûts de communication.
" L'Afrique doit développer des TIC qui favorisent l'intégration
régionale. Nous devons utiliser les TIC pour développer les
marchés. La
création des télécentres dans les milieux ruraux les plus
reculés
aideront les femmes à influencer les politiques ", a affirmé
Saida Agredi
de l'association des mères de la Tunisie.
Par ailleurs, la conférence d'Addis-Abeba qui a également abordé
le thème de
la création des opportunités pour la nouvelle génération, a connu
la
participation des jeunes africains qui, de leur côté, exigent
aussi des
actions pour leur bien être social.
Les exigences des jeunes sont similaires à celles des femmes. Ils
demandent
en substance l'accès au marché de l'emploi crédits, et la
gratuite de
la scolarisation de base pour les jeunes filles. L'accès aux TIC
est
également une exigence majeure.
" Nous voulons l'action, l'action maintenant", a dit Emmanuel
Etim, un
adolescent du Nigeria.
Les ministres africains, au cours de leur réunion consultative,
ont pris
l'engagement d'agir.
" Nous nous engageons à renforcer la démocratie, à satisfaire les
besoins
sociaux, à pratiquer la bonne gouvernance et à saisir
l'opportunité du
développement vertigineux des technologies de l'information", a
dit en
substance, Mme Aminata Ndiaye, ministre de la famille et de la
condition
féminine du Sénégal, lors de sa lecture du rapport de la réunion
consultative des ministres africains.
" C'est l'action, l'action, l'action que nous demandons avec
force, avec un
programme précis", a-t-elle dit en échos aux exigences de ses
consurs.
La CEA, l'organisatrice de la conférence est optimiste quant à
l'application des décisions de cette conférence.
Selon elle, d'ici 2005, 15 à 20 pays auront initié des
statistiques
nationales qui prennent en compte la question du genre. De plus,
au moins
20 à 30% du budget des pays sera alloué au développement des
activités
liées au genre, comme la production des aliments, l'eau potable,
les pistes
rurales etc.
Toujours selon la CEA, des mécanismes clairs pour promouvoir
l'accès des
femmes à la propriété terrienne seront développés dans la
majorité des
pays. Dans presque tous les pays de l'Afrique, un plus de 30% de
femmes
auront accès aux services sociaux de base. Au moins un tiers des
participants dans les processus de paix à tous les niveaux
seront des
femmes, indique la CEA.
La conférence d'Addis-Abeba est un instrument de plaidoyer pour
les
questions de genre, dans les politiques et programmes régionaux,
sous
régionaux et dans les institutions nationales. La première action
de suivi
par la CEA sera l'approbation des stratégies de la conférence par
le sommet
des Chefs d'Etat et de gouvernements de l'Organisation de l'Unité
Africaine
(OUA), à Ouagadougou au
Burkina Faso, en juin prochain.
La CEA compte également organiser des réunions sous régionales des
groupes
des acteurs concernés qui n'ont pas pu participer à cette
conférence, dans
le but de leur faire connaître les actions stratégiques de la
conférence.