LOM, 02 avril (IPS) – Quatre citoyens beninois ont ete arretes
au
debut
du mois dernier par la police togolaise, a Tohoun (au sud-ouest du
Togo), a
la frontiere avec le Benin, pendant qu'ils tentaient de faire
convoyer
vingt
deux mineurs de Bohicon (Benin) vers Tohoun avec pour destination
finale la
Cote d'Ivoire. Ce coup de filet de la police togolaise confirme
que le
trafic et l'exploitation des enfants sont toujours en vigueur
dans la
region Ouest africaine.
Ouanate Joseph, Kouande Fulbet, Daba Honde et Alada Togbin ne
sont
que des
maillons d'un grand reseau de trafiquants d'enfant en Afrique de
l'Ouest.
Les enfants, ages de 7 a 17 ans, ont ete recrutes dans differentes
provinces
du Benin. Leurs bourreaux etaient sur le point de les envoyer en
Cote
d'Ivoire ou ils etaient destines a etres exploites sur des
chantiers de
construction contre des salaires variant entre 120.000 et 160.000
francs CFA
par an.
Les coups de filets des autorites militaires du Benin et du Togo
donnent
une idee sur l'ampleur du phenomene.
Le 20 janvier dernier, la gendarmerie de Tchamba a Sokode, 350
Km de
Lome
au Nord du Togo, avait remis aux autorites prefectorales, 22
autres
enfants,
ages de 8 a 18 ans, detenus par trois trafiquants togolais qui
les
conduisaient vers le Benin, pour etre ensuite transportes au
Gabon via
le
Nigeria.
Le trafic d'enfants est devenu un fleau en Afrique de l'Ouest
depuis
des
annees. Le Benin et le Togo en sont les principales plaques
tournantes.
Des
milliers d'enfants togolais et beninois sont convoyes chaque annee
vers
l'E9tranger.
Le phenomene ne date pas d'aujourd'hui. En 1993, Mawuena Koffi
KOWOUVI,
charge d'affaires a l'ambassade du Togo au Gabon, avait informe
son
ministre
des affaires etrangeres de l'existence d'une emigration
clandestine
d'enfants togolais en direction du Gabon. Ces mineurs sont
conduits
vers
l'etranger par le biais de reseaux bien etablis dans leurs pays
d'origine
tout comme au niveau des pays d'accueil.
Selon Roger Kekeh, sociologue et consultant de WAO-Afrique, une
association
d'assistance aux orphelins qui a etudie le phenomene, il existe
quatre
types
de trafic. Dans un premier cas, les parents s'organisent eux-
memes
pour
vendre leurs propres enfants. Parfois, des enfants sont enleves
dans
les
rues pour differente destination. Certains parents confient leurs
enfants a
des tiers personnes (des parents, dea
des tiers personnes (des parents, des amis des voisins ou des
etrangers) qui
sont charges de les placer E0 l'etranger ou au Togo. D'autres
parents
offrent leurs enfants en remboursement de leurs dettes qu'ils
contractent
souvent apres avoir ete piege d'une maniere ou d'une autre par le
trafiquant.
Le fait que des enfants soient places dans certaines familles est
une
vielle
pratique en Afrique de l'ouest. Par le passe, des mineurs etaient
places
dans certaines familles, aupres des amis ou des parents
fonctionnaires
dans
les grands centres urbains, dans le but de favoriser leur
insertion
scolaire. Mais tres souvent, au lieu d'etudier, ils pratiquent des
petits
boulots varies qui apportent des gainsnegligeables au prE9tendu
tuteur.
Le trafic d'enfant est oriente de preference vers les jeunes
filles des
milieux ruraux. Ces filles proviennent des familles pauvres des
regions
rurales et sont envoyees en ville pour y travailler comme
domestiques.
Selon
une etude de la Banque Mondiale (novembre 1996), on en denombre
jusqu'E0
50.000 dans la seule ville de Lome. La majorite des ces jeunes
filles
proviennent du sud-est de la region maritime ou l'on enregistre
une
forte
poussee demographique.
Roger Kekeh rappelle que la conjonction de trois facteurs est a
l'origine de
ce trafic. Il cite pele-mele, la pression demographique, la
pauvrete
des
familles rurales et des conditions socioculturelles compliquees.
La
manifestation de ces facteurs prepare les parents a favoriser le
depart
de
certains de leurs enfants.
Le cas de la ville de Vogan, au Togo est tres beaucoup plus
culturel.
Dans
cette ville, selon la tradition, les garcons auraient plus de
valeur
que
les filles. Une anecdote du coin illustre cette attitude. Lorsque
les
membres d'une famille veulent partager les differentes parties
d'un
poulet,
la tete va au pere (chef et responsable de la famille), l'abdomen
a la
mere
(centre de la procreation), les pattes aux garcons (piliers de la
famille)
et les ailes aux filles (parce qu'elles sont appelees a quitter la
famille).
Les filles peuvent donc etre vendues sont pour autant constituer
une
perte
pour la famille.
En raison de la grande pauvrete et des difficiles conditions de
vie,
les
parents n'hesitent pas une minute a laisser partir leurs enfants.
Ils
recoivent pour la plupart d'entre eux une avance de 10.000 E0
20.000 f
cfa
des mains des intermediaires des trafiquants. Le seuil de pauvrete
au
Togo,
calcule a partir des revenus annuels par tete necessaire pour
couvrir
des
depenses alimentaires quotidiennes et non alimentaires minimales,
varie
entre 29.100 et 55.900 f cfa par an. Tandis que le salaire minimum
interprofessionnel garanti (SMIG) est fixe a 13.757 f cfa ; il est
l'un
des
plus faibles de la zone cfa. Le Benin n'a pas une meilleure
situation
avec
un SMIG qui avoisine les 17.000 f cfa.
Outre le Gabon, les principales destinations des "mineurs
detournes"
sont
la Cote d'Ivoire, le Burkina Faso et le Nigeria. Ces pays sont
consideres
par les trafiquants comme des marches tres prometteurs a cause des
revenus
eleves dans ces differents pays.
Face a cette situation, les autorites togolaises brandissent les
dispositions legales et tout l'arsenal juridique pour combattre le
fleau. Il
semble que cette attitude ne soit pas la plus indiquee pour venir
E0
bout du
fleau.
Les organisations non gouvernementales ont choisi de lancer de
vastes
campagnes d'information pour denoncer les trafiquants, les parents
et
leurs
pratiques. La WAO-Afrique, une ong creee en 1985 et basee a
Bruxelles,
avec un bureau regional au Togo depuis 1991, organise sur le
terrain la
lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, le travail et le
trafic
des enfants. Elle a reussi a organiser en 1997, le rapatriement de
125
enfants a partir du BE9nin. D'autres organisations locales ont
aussi
contribue au rapatriement de mineurs togolais a partir de
l'Afrique
centrale, en utilisant le reseau des Ong africaines mobilisees
dans la
lutte
contre l'exploitation des enfants.
Mais certains observateurs pensent que ce phenomene qui perdure ne
saurait
s'arreter si l'on n'attaque pas le mal a la racine.
" Nous sommes tous convaincus que la pauvrete en est la
principale
cause.
Si les parents acceptent de se liberer du fruit de leurs
entrailles
c'est
pour avoir moins de bouches a nourrir avec leurs maigres revenus.
Alors, nos
pays doivent faire de l'eradication de la pauvrete une realite et
non
seulement des programmes vides de sens qui n'atteignent pas les
personnes
concernE9es", a affirme un beninois qui a requis l'anonymat.

