MAPUTO, 16 juil (IPS) – Des monticules de sable et de gravats sont ce qui reste des sections de la route en bord de mer à Maputo, puisque des bulldozers, maniés par des travailleurs chinois, rasent la route qui est en train d’être reconstruite. L'Afrique australe est en construction et les signes sont partout.
Au milieu de la poussière et des engins qui enlèvent le sol, des délégués venus de toute la région d'Afrique australe se sont réunis à Maputo, la capitale du Mozambique du 27 au 28 juin, lors de la rencontre de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) sur l'investissement dans les infrastructures. Ils voulaient mobiliser le financement nécessaire pour un ambitieux réseau d'infrastructures transfrontalier qui permettra de rendre la région compétitive au niveau mondial.
Au cours des 15 prochaines années, la SADC veut lancer une vaste remise en état des infrastructures existantes ainsi que la construction de nouvelles logistiques, notamment des barrages hydroélectriques, des lignes de transport d'électricité, des routes et des chemins de fer, tout en renforçant la connectivité Internet et l'accès à une connexion à haut débit dans la région.
Environ 64 milliards de dollars sont d'urgence nécessaires pour financer la première phase d'un “Plan directeur des infrastructures” de la SADC, adopté lors d'un sommet en 2012 à Maputo, que l’organisation veut commencer à mettre en œuvre. Au cours des 15 prochaines années, le coût total des projets d'infrastructure pourrait atteindre 500 milliards de dollars.
“Ce chiffre peut être effrayant, mais si nous n'investissons pas maintenant, nous mettrons en danger notre capacité commerciale”, a reconnu le secrétaire général de la SADC, Tomaz Salomao. “Nous avons décidé de le faire maintenant”.
L'insuffisance des infrastructures est considérée comme le plus grand obstacle à la croissance économique à travers la région. Les investisseurs se plaignent que l’insuffisance des infrastructures constitue l'une des principales embûches pour opérer dans la région. En 2009, la Banque mondiale a estimé que le “déficit en infrastructures” a réduit de deux pour cent les taux de croissance nationale dans la région par an.
La grande question est de savoir comment la SADC mobilisera des fonds pour financer ce qui est nécessaire. Plusieurs pays ont déjà mis de côté d’importantes sommes d’argent pour les infrastructures; l'Afrique du Sud a engagé 400 milliards de dollars en 2012. L'intégration régionale est un moyen évident pour réduire le coût de faire des affaires pour tout le monde.
Pour des institutions de financement des projets de développement comme la Banque de développement d'Afrique australe, l'assurance que les gouvernements soient prêts à travailler ensemble sur de grands projets transfrontaliers est presque obtenue.
“Pour nous, en tant que banquiers, cela constitue une partie essentielle. Quand nous regardons les projets, la première chose que nous observons, est de savoir s’ils bénéficient de l’appui des bailleurs de divers gouvernements. Si vous avez cela, vous avez frappé un grand coup”, a expliqué à IPS, Mohale Rakgate, le directeur général du Fonds pour les projets de la Banque de développement d'Afrique australe.
Les besoins sont énormes, et c'est encore plus vrai pour le réseau électrique. La région est à la traîne derrière l'Afrique de l’ouest et de l'est en termes d'accès à l'électricité. Seulement 24 pour cent de ses habitants ont accès à l'électricité, et dans les zones rurales, la proportion avoisine cinq pour cent.
Le Malawi, l'Angola et la Tanzanie ne sont pas encore connectés à un réseau électrique commun, le Système d’interconnexion électrique d’Afrique australe, mis en place par les sociétés nationales d'énergie électrique en 1995 afin de créer un marché commun pour l’énergie dans la région. Leur intégration fait partie des objectifs de développement infrastructurel à court terme de la SADC.
L'Afrique du Sud est plus que jamais mieux placée pour être en mesure de financer ses rêves plus ambitieux. Les pays de la région ont été remarquablement résistants face à la récession économique mondiale. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la région a enregistré une croissance robuste de 5,1 pour cent en 2012, qui pourrait atteindre rapidement 5,4 pour cent cette année.
La demande pour les produits de base de la région favorise en partie cette croissance, selon le FMI.
Mais ceci n'est qu'une partie de l'histoire. L'Afrique australe est politiquement plus stable qu'elle ne l'a été pendant des décennies, les jeunes profitent de plus en plus des nouvelles opportunités économiques – particulièrement celles présentées par la technologie de l'information – et les politiques fiscales prudentes adoptées par les gouvernements ont permis de protéger les pays contre la crise et ont aidé à renforcer les réserves en devises.
“Ces pays ont désormais une grande capacité de contracter des dettes. La question est de savoir combien et comment cela est durable”, a déclaré à IPS, Graham Smith, chargé de programmes pour 'Trademark Southern Africa', un programme financé par le Royaume-Uni pour aider à renforcer l'intégration régionale.
Une source évidente de financement des infrastructures est la Banque africaine de développement. Les infrastructures représentent déjà plus de 30 pour cent de son portefeuille, mais les gouvernements et la banque seuls ne sont pas capables de mener la tâche de mobilisation de ce genre de financement qui est maintenant nécessaire.
La banque est en train de mettre en place le fonds “Africa 50” qui, selon elle, sera en mesure de mobiliser quelque 100 milliards de dollars pour financer des infrastructures sur le continent. Le moment choisi pour l'initiative est bon, selon la banque. L'allègement quantitatif en Europe et aux Etats-Unis rendra les investissements, dans les infrastructures dans les pays en développement, plus attractifs.

