OUAGADOUGOU, 13 juil (IPS) – Debout dans la seule salle de classe du village Bénnogo situé à plus de 90 kilomètres au nord de Ouagadougou, au Burkina Faso, Salou Bandé, avec sa silhouette svelte du nomade peul, est fier d’égrener les matières qu’il enseigne à ses élèves.
Bandé est l’un des premiers enseignants de «L’Ecole du berger et de la bergère».
L'école recrute tous les quatre ans entre 20 et 25 élèves après l'évaluation, notamment parmi les enfants de 12 ans en général et qui ne sont jamais allés à l'école classique.
«Nous commençons une production en fulfuldé (ou peul, une langue locale) sur le paludisme, nous dispensons ensuite des cours de français, d’histoire et géographie, des sciences de la vie et de la terre qui incluent l’élevage, la santé, l’environnement, l’hygiène», explique-t-il à IPS.
La classe de Bandé compte 18 élèves dont 11 filles et sept garçons âgés de 12 ans. «C’est le CE2 (Cours élémentaire 2ème année), ensuite l’évaluation est faite par la Direction provinciale de l’éducation de base pour permettre aux élèves de rejoindre l’école classique. La première promotion est au Lycée en cinquième», affirme-t-il. Cette école atypique, qui est le fruit d’une initiative créée en 2003, compte aujourd’hui 300 élèves dans la région. Plusieurs ont rejoint l’enseignement secondaire et des centres de formation professionnelle plus tard.
«Nous pensions former des enfants des étables, mais les enfants sont sortis des campements et sont à la conquête du monde; ce sont donc des enfants du monde que nous formons», s’exclame Mamadou Boly, inspecteur de l’enseignement primaire à la retraite et président de l’association 'Andal et Pinal' (qui signifie savoir et éveil en fulfudé).
Selon Boubacar Barry, chargé de programme éducation à l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (APESS), les enfants scolarisés constituent pour les communautés d’éleveurs un «coup porté» à leurs activités.
Un rapport 2010 de l’UNESCO indique que 70 pour cent des enfants non scolarisés du Burkina Faso risquent de ne jamais aller à l’école. Le taux d’alphabétisation stagne autour de 29 pour cent, selon le recensement de la population de 2006.
Une étude, menée par l’association avec le ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation avant l’ouverture, en 2003, des classes de l'école du berger et de la bergère, a montré que moins d’un pour cent des enfants des populations d’éleveurs sont inscrits dans les écoles primaires ou centres éducatifs dans le nord où ces éleveurs représentent 17 pour cent des habitants.
Mais les premières classes de cette école spéciale avaient été ouvertes pour les élèves âgés de neuf à 15 ans en 2003 dans six départements de la province du Sanmantenga, dans le nord du pays. Sur les 197 élèves au départ, 144 ont été évalués après avoir terminé les quatre ans que dure le cycle scolaire dans cette école. Pour cette année-là, l'école du berger avait enregistré, selon Boly, 85 pour cent de taux de réussite, dont 63 pour cent sont allés immédiatement au Cours moyen 2ème année (CM2) dans l’école classique. Mais d’autres avaient abandonné. Selon Boly, l’expérience est née du souci d’individus issus de cette communauté d’éleveurs, «des gens qui ont été à l’école et qui se rendent compte que leur communauté ne se développe pas».
Après Bénnogo, des salles de classes pour enfants d’éleveurs sont aujourd’hui ouvertes dans six autres villages de la région ainsi que d’autres localités du Burkina, notamment dans l’est et le centre-sud où les taux d’alphabétisation et de scolarité sont les plus bas de ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest.
Il y avait huit classes de cette école spéciale, et 15 autres seront ouvertes au cours de l'année scolaire 2012-2013 dans les régions de l'est et du centre-sud, grâce à l'appui du ministère de l'Education nationale et des partenaires étrangers.
«La pertinence du travail de 'Andal et Pinal', c’est le fait de s’intéresser à un groupe spécifique qui doit être éduqué en prenant en compte son contexte si nous voulons que l’éducation soit adéquate en répondant aux besoins spécifiques de ce public cible», explique Rémy Abou, directeur général de l’enseignement de base et de l’éducation non formelle. Ses services assistent l’association dans l’élaboration des programmes et pour la fourniture des outils d’apprentissage.
«Nous apprécions beaucoup ce que fait l’association fait car l’Etat ne peut tout faire surtout qu’il s’agit d’éducation non formelle où les besoins sont très variés», admet Abou.
Moussa Diallo, le président des parents d’élèves, a inscrit son fils et sa fille dans l’école du berger de Bénnogo. «On s’est rendu compte qu’il n’y a plus assez d’espace pour l’élevage et l’agriculture et que désormais, pour réussir dans ces activités, il faut du savoir», souligne Diallo. «Nous percevons la différence avec ceux qui ne sont pas allés à l’école».
«Ils ont dit qu’ils ne veulent pas de l’école classique, mais elle est incontournable. Donc nous avons les connaissances classiques avec un accent sur le pastoralisme, les sciences de la vie et de la terre, la santé et l’hygiène», explique Boly à IPS.
«C’est l’organisation du temps et de l’espace qui diffère. C’est toujours la communauté qui décide de l’ouverture et de la fermeture d’une école. Quand ils (les élèves) sortent tôt, ils peuvent aller abreuver les animaux, aider les parents», ajoute-t-il.
En outre, les élèves sont libres de mai à décembre, pendant les périodes de transhumance, pour conduire les troupeaux.
«Les acquis de l’école du berger et de la bergère sont de précieux garants de la poursuite des activités éducatives au sein des populations pour qui l’éducation n’était pas une priorité», se réjouit Barry, de l’APESS.

