LILONGWE, 22 juin (IPS) – Tantôt le courant, tantôt la coupure. C'est l'histoire à la fois de la fourniture de l'énergie du Malawi et du projet d'interconnexion qui pourrait mettre fin aux coupures d'électricité avec l’énergie importée du Mozambique voisin.
La demande totale du Malawi pour l’énergie se situe actuellement à 300 mégawatts, mais la capacité de production du pays n’est que 266 MW. Le déficit devrait accroître rapidement dans un pays où la Banque mondiale affirme que seulement huit pour cent de la population de 14 millions d’habitants a accès à l'électricité. Le ministère de l'Energie estime que le pays aura besoin de 603 MW d'ici à 2015 et de 829 MW d'ici à 2020.
La centrale hydroélectrique du Malawi sur le Shire, le plus grand fleuve du pays, est entravée par l'envasement et des équipements vétustes, rendant la fourniture d'énergie dans ce pays d'Afrique australe irrégulière.
Les coupures d'électricité quotidiennes peuvent durer jusqu'à six heures et les petites ainsi que les grandes entreprises se battent face à une fourniture incertaine de l’énergie.
“Je ne peux pas attendre de voir la situation s'améliorer. Je place mon espoir dans ce nouvel accord avec le Mozambique”, a déclaré Judith Chilika, qui gère un salon de coiffure et un restaurant à Lilongwe, la capitale du Malawi.
Elle a dit à IPS que ses affaires ont beaucoup souffert des pannes d'électricité fréquentes.
“J'ai dû fermer à la fois le restaurant et le salon plusieurs fois en raison des coupures d'électricité. Je ne peux pas me permettre de faire fonctionner mes groupes électrogènes de secours pendant longtemps, parce que le carburant est cher et il y a aussi les pénuries de diesel et d'essence depuis un certain temps maintenant”, a déclaré Chilika.
Pourtant, une grande quantité d’énergie est disponible à partir d'un barrage juste en traversant la frontière du Mozambique. Le géant barrage de Cahora-Bassa a été construit en 1974 et fournit de l'électricité non seulement au Mozambique, mais aussi à l’Afrique du Sud voisine.
Une proposition de 2008 – appuyée par un paquet de 200 millions de dollars de la Banque mondiale – visant à acheter de l'électricité à partir de Cahora-Bassa a connu plusieurs retards. L'année dernière, le projet paraissait mort-né, lorsque le gouvernement du Malawi l'a suspendu pour des préoccupations de coûts.
Mais le nouveau gouvernement du Malawi, dirigé par Joyce Banda – qui a pris le pouvoir trois jours après le décès du président Bingu wa Mutharika des suites de maladie en avril – a agi rapidement pour relancer le projet. Le 12 mai, le gouvernement Banda a signé un protocole d'accord avec le Mozambique afin d’avancer avec la connexion énergétique.
Le projet d'interconnexion est directement en ligne avec l'accent mis par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sur la coopération le long des cours d'eau partagés – illustrant la collaboration pour un développement durable, et l’avancement du programme de l'intégration régionale et la réduction de la pauvreté de la SADC.
La mise en commun de l'énergie fait partie des stratégies employées dans l’application du Protocole 2003 révisé sur les cours d'eau partagés, qui appuie le développement conjoint, la transmission et le stockage de l'énergie pour atteindre une plus grande fiabilité, l'économie et le partage équitable des coûts et des avantages entre les Etats riverains.
“L'objectif global du protocole est de favoriser une coopération étroite et coordonnée dans la gestion, la protection et l'utilisation des cours d'eau partagés et de faire progresser le programme de la SADC”, a expliqué un officiel de l’organisation régionale à IPS.
Les Malawiens sont prudemment optimistes quant à la nouvelle selon laquelle l’accord est relancé. “Nous espérons que nous aurons une fourniture d’énergie plus fiable qui permettra d'accroître notre travail industriel et contribuera à améliorer l'économie du Malawi et à réduire la pauvreté dans le pays”, a déclaré John Kapito, directeur exécutif de l'Association des consommateurs du Malawi, le plus influent organe de défense des droits des consommateurs dans le pays.
Kapito a indiqué que les coupures de courant doivent cesser si le pays veut vraiment se remettre sur ses pieds économiquement. “Cet accord est notre plus grand espoir”, a indiqué Kapito à IPS.
Mais les consommateurs et propriétaires d'entreprises pleins d'espoir devront attendre la finalisation des détails de l'accord, selon Cassim Chilumpha, ministre de l'Energie du pays.
Chilumpha a déclaré au parlement début-juin qu'une équipe technique se préparait à se rendre au Mozambique pour finaliser le processus. “Nous essayerons autant que possible d'accélérer le processus afin que nous commencions à bénéficier du nouvel accord dès que possible”, a-t-il dit.

