RIO DE JANEIRO, 21 juin (IPS) – Ulvia Abdullayeva, originaire de Ganja dans l'ouest de l'Azerbaïdjan, est venue à Rio pour délivrer un message simple mais important aux dirigeants du monde et à ses autorités nationales: les petits fermiers ont besoin de protection et de financement.
Abdullayeva, qui travaille en Azerbaïdjan pour une organisation non gouvernementale (ONG) qui appuie les agriculteurs de sa région et fait la promotion du développement durable, décrit la multitude de problèmes auxquels les petits fermiers en Azerbaïdjan doivent faire face.
Non seulement ils sont confrontés à des pénuries d'eau, au manque de financement et d'infrastructures de stockage, ce qui entraîne un gaspillage alimentaire, mais l’obtention de l'accès aux marchés est également difficile pour les petits agriculteurs, puisque les marchés sont dominés par quelques entreprises privées soutenues par le gouvernement et sont inondés d’aliments importés bon marché.
Avec un groupe de plus de dix jeunes âgés de 18 à 25 ans, venus du monde entier, Abdullayeva est venue à Rio pour participer à un programme de partenariat des jeunes, organisé par l’ONG internationale Oxfam. Ce programme encourage les jeunes à stimuler un changement social dans leurs communautés et leur crée des opportunités pour se mettre en réseau. A Rio, le programme met l'accent sur l'agriculture et la sécurité alimentaire.
“C’est vraiment exaltant d'être ici à Rio”, a-t-elle déclaré pendant qu’elle se joignait à une marche pour les droits des femmes qui se déroulait autour de 'Cupula dos Povos', le Sommet des peuples, une partie de la Conférence Rio+20 sur le développement durable, lundi. “Tous ces gens sont pour l'idée d'une citoyenneté active, ce qui manque dans mon pays et que j'espère ramener”.
Dire non aux grandes firmes Daniel Chrisendo, originaire de Tulang Bawang Barat, sur l'île de Sumatra, en Indonésie, est un autre participant au programme. Il affirme que l'un des principaux messages que la jeunesse essaie de transmettre aux Nations Unies et aux gouvernements nationaux, c’est de ne faire aucune concession aux grandes firmes.
Chrisendo souligne que pour sa communauté, produire des vivres et manger localement deviennent de plus en plus difficiles, principalement en raison de l'expansion de la culture du palmier pour la production de l’huile, entre autres monocultures.
“L'Indonésie est un pays agraire, mais nous ne produisons plus pratiquement d'aliments. Nous sommes obligés de dépendre des importations coûteuses, ce qui affecte gravement les plus pauvres, puisqu’ils sont incapables de les acheter”, explique Chrisendo.
Titilola Kazem, venant de Lagos, au Nigeria, s’inquiète notamment des impacts des changements climatiques sur l'agriculture dans son pays. Ayant travaillé avec les petits agriculteurs dans sa région, elle indique que l'un des plus gros problèmes, ce sont des précipitations imprévisibles, qui rendent la planification des cultures impossible. Dans d'autres régions, les changements climatiques ont entraîné de graves sécheresses qui affectent également l'agriculture.
“Au Nigeria, les petits agriculteurs produisent 70 pour cent des aliments, et il y a beaucoup de vivres qui sont produits dans notre pays. Néanmoins, de nombreuses personnes continuent d'avoir faim”, déclare Kazem, ajoutant que les gens ont besoin d'être sensibilisés sur l'impact des changements climatiques.
“Ils devraient être aidés avec l'irrigation, avec des moyens de stockage”, ajoute-elle, “et ils devraient être encouragés à pratiquer l'agriculture biologique, qui est plus durable”.
Des endroits différents, des luttes similaires Bien que ces jeunes soient confrontés à des défis particuliers dans leurs régions respectives, ils ont néanmoins réussi à compiler une liste commune de recommandations visant les décideurs, qui pourrait servir de point de départ pour aborder les problèmes communs rencontrés par les communautés agricoles à travers le monde.
Leurs recommandations comprennent une large participation citoyenne dans les prises de décisions; des subventions et des taxes à l'importation pour soutenir les petits agriculteurs locaux; rendre les semences disponibles et abordables; l’appui à l'accès aux marchés; l'arrêt des expulsions forcées des fermiers et leur offrir un régime foncier; la promotion des produits indigènes; et une action immédiate sur les changements climatiques.
Les jeunes participant au programme d’Oxfam interviewés par TerraViva n’étaient pas nécessairement sûrs de la façon dont la Conférence Rio+20 pourrait les aider à mettre en œuvre ces exigences, mais ils ont vraiment espéré que la rencontre pourrait aider à porter les recommandations à l'attention de leurs gouvernements et que l'accord de Rio pourrait faire pression sur leurs autorités nationales pour mettre en œuvre ces mesures.
D'autres jeunes assistant à 'Cupula dos Povos' étaient moins optimistes. Sur l'un des périmètres d'herbes près de la plage où se trouvent actuellement les tentes du 'Sommet des peuples', un échange de semences se passait. L’un des participants était Elena Cooper, représentant 'Capim Limao', un groupe d'étudiants de l’Université de Rio de Janeiro qui fait la promotion de l'agro-écologie et dont les membres font l'agriculture à petite échelle dans la région de Rio.
Selon Cooper, aucun résultat ne peut être attendu des négociations officielles de Rio+20, mais les contacts établis entre les participants à 'Cupula dos Povos' pourraient apporter des transformations positives dans l'avenir.
“Nous avons beaucoup plus d’espoir à partir des échanges que nous avons ici avec d'autres personnes, avec des agriculteurs, à partir de l'échange de ces semences”, a déclaré Cooper.
*Cet article a été initialement publié par IPS TerraViva.

