LIBERIA: Le pays cherche un avenir économique durable à Rio+20

MONROVIA, 18 juin (IPS) – Au fond d’une forêt dans le comté de Gbarpolu, dans le nord-ouest du Libéria, il a été demandé à un groupe d'hommes travaillant sur une mine d'or à ciel ouvert ce qui arrivera à la terre quand ils auront fini avec elle. Ils rient, et se jettent des regards confus.

Gbessay Musa, qui dit qu'il a quitté la Sierra Leone à la recherche d’un emploi il y a trois ans, donne une réponse réjouissante.

“Nous quitterons l’endroit quand il n’y restera plus rien”, s'exclame-t-il. “Nous trouverons un autre site où il y a de l'argent. La terre ici, elle sera là seulement”.

Contents d’une pause dans le creusage de la terre sous le chaud soleil de la journée, ces jeunes hommes sont de bonne humeur, et plus de rires suivent. Il est demandé à Musa s'il se soucie de la terre, ou tout simplement de son or.

“Les gens ici se débrouillent”, répond-il, ne comprenant pas bien la question; sa seule considération est pour les moyens de subsistance des hommes qui travaillent avec lui.

L'indifférence des mineurs est compréhensible. Après 14 ans de guerre civile qui a pris fin seulement en 2003, les possibilités pour l'éducation et un emploi significatif au Libéria restent limitées. La guerre a dévasté cette nation d’Afrique de l’ouest.

Un rapport de la Banque mondiale, publié en mars 2011, indique que les infrastructures énergétiques du Libéria ont été “complètement démolies”, que l'accès à l'eau de robinet a chuté de 15 pour cent en 1986 à moins de trois pour cent en 2008, et que le réseau routier national a été laissé dans “un état de délabrement avancé”.

Dire que le gouvernement du Libéria a un certain nombre de priorités concurrentes serait un euphémisme. Il pourrait facilement partager l'attitude des mineurs à Gbarpolu et renoncer aux préoccupations pour l'environnement au milieu du développement rapide des ressources naturelles du pays.

Pourtant, avant la Conférence de Rio+20 des Nations Unies pour le développement durable, prévue du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro, ce pays pauvre mène une campagne qui appelle à une prospérité économique et à une sensibilité environnementale, et demande que les deux ne soient plus traitées comme étant mutuellement exclusives.

En tant que directrice exécutive de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) du Libéria, le travail d’Anyaa Vohiri est de veiller à ce que les ressources naturelles du pays soient gérées de manière durable. La tâche peut être un défi, déclare-t-elle à IPS.

“Vous considérez les besoins immédiats. Alors, mon rôle au sein de l'EPA est de dire, 'Bon, oui, nous avons besoin de tous les avantages économiques, mais pas d'une manière qui nous tire nous-mêmes dans le pied”, indique Vohiri.

Le 25 mai, la présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, a démontré un soutien majeur au bureau de Vohiri.

Dans son discours à plénière lors du Sommet pour le développement durable en Afrique à Gaborone, au Botswana, Sirleaf avait déclaré que trouver un équilibre entre les besoins immédiats et le développement durable à long terme est une priorité absolue. Elle a averti que le continent doit veiller à ne pas épuiser ses ressources naturelles tout en essayant de répondre aux besoins à court terme. Elle a également souligné qu’afin de planifier et de mettre en œuvre un avenir économique durable, les décideurs doivent prendre en compte le futur.

“Comment pouvons-nous nous assurer que nos bassins hydrauliques, forêts, pêches et autres écosystèmes sont protégés de la surexploitation et de la dégradation alors que nous avons besoin de plus d'hôpitaux ou davantage d’écoles?”, a demandé Sirleaf. “Le développement et la préservation peuvent aller de pair, à condition que nous développions un cadre d'action autour d'une vision partagée”.

A la fin de ce sommet de deux jours, la Déclaration de Gaborone a été rédigée. Elle stipule que “des mesures urgentes et concertées doivent être prises pour restaurer et maintenir la capacité de la Terre à supporter les communautés humaines, et contribuer ainsi à la prospérité des générations futures”.

Vohiri dit que la Déclaration de Gaborone sera amenée à Rio+20 et défendue là-bas.

“Ce que nous donnons au monde en ce moment, c’est notre biodiversité”, affirme-t-elle. “Alors, si nous n'obtenons pas le soutien pour une gestion durable de notre écosystème, nous sommes en difficulté. Le monde est en difficulté”.

Selon des données fournies par l'EPA, la température moyenne annuelle du Libéria devrait augmenter de deux à quatre degrés Celsius d'ici à 2100. Une présentation de l’EPA sur les changements climatiques en mai 2012 énumère les principaux aléas climatiques pour le Libéria comme des augmentations de température, des changements dans les précipitations, des orages tropicaux, ainsi que la montée des niveaux des mers, et des inondations côtières.

Un rapport du Programme des Nations Unies pour le développement, publié en août 2010, indique que le Liberia avait déjà commencé à ressentir les effets des changements climatiques, “qui comprennent la réduction de l'humidité du sol, des variations de température, des précipitations irrégulières et des vagues de chaleur”. Le document souligne que 70 pour cent de la population active du Liberia est employée dans l'agriculture, et que ce secteur est le plus vulnérable aux impacts des changements climatiques.

“Cette étude de bureau a révélé que l’augmentation de l'intensité de la chaleur et les précipitations irrégulières pourraient être des symptômes des changements climatiques qui ont un effet négatif sur les rendements des cultures et la production du bétail au-delà des impacts attendus”, ajoute le document.