CHIPATA, Zambie, 24 mai (IPS) – Les changements climatiques peuvent avoir entraîné la baisse des niveaux d'eau dans le village de Genda dans la province, de l'Est de la Zambie, mais Mercy Mwanza et les femmes ici ont découvert qu'il y avait un côté positif de cette situation et ont trouvé une nouvelle façon de gagner leur vie.
La diminution des niveaux d'eau dans le fleuve local Lunkhwakwa a créé une opportunité pour Mwanza et les autres femmes entreprenantes de Genda et des régions avoisinantes de s'impliquer dans la pêche – quelque chose qu’elles avaient trop peur de faire auparavant.
Mwanza a déclaré à IPS que ce village, qui est situé à sept kilomètres au sud-est de Chipata, la capitale de la province de l'Est, recevait habituellement de fortes précipitations. En conséquence, le Lunkhwakwa, qui approvisionne également le service local de l’eau, était en crue la plupart du temps, et les femmes ici avaient trop peur de s'en approcher.
Mais ce n’est plus le cas.
“Dans le passé, nous ne pouvions pas aller pêcher comme nous le faisons aujourd’hui. Il y avait trop d'eau dans le fleuve. Mais ces jours-ci, le niveau d'eau est toujours très bas, rendant très facile pour nous la possibilité de nous aventurer dans l'eau et d’attraper nos poissons”, a indiqué Mwanza.
Les cinq dernières années ont vu le fleuve Lunkhwakwa autrefois puissant, réduit à un petit ruisseau. Selon le Rapport sur l'évaluation environnementale du district de Chipata, la région reçoit de faibles précipitations depuis 2009 en raison des changements climatiques.
La situation a été davantage aggravée par la pollution, l'envahissement et l'érosion rampante – qui ont entraîné un envasement autour du fleuve.
Alors, quand les niveaux d'eau dans le fleuve ont commencé à baisser l'année dernière, Mwanza, une mère célibataire de trois enfants, était parmi les premières femmes à commencer à pêcher. Et cette année, d’autres femmes l’ont rejointe.
“Cela fait deux ans que je pêche, mais d'autres femmes n'ont commencé que cette année”, a-t-elle déclaré fièrement à IPS pendant qu'elle nettoyait les brèmes qu’elle a attrapées ce matin-là. Elle et les autres femmes dans le village attrapent des poissons en plongeant des paniers dans le fleuve et attendent que les poissons y soient piégés.
Le fleuve Lukhwankwa est devenu l’endroit préféré pour la plupart des femmes de Genda.
Au petit matin, lorsque les niveaux d'eau sont bas, vous verrez huit à 10 femmes en train de plonger leurs paniers dans le courant de l'eau qui coule lentement.
“C’est facile, mais prend beaucoup de temps. Et il vous faut la patience pour avoir une bonne prise dans votre panier”, a expliqué Misozi Zulu, une écolière du Cours moyen 2è année à l'école de base de Genda, pendant qu’elle plonge ses paniers dans le fleuve.
Ensuite, les femmes amènent leur prise au marché dans le quartier de Mchini, à Chipata. Ces femmes y vont soit à pied ou bien paient 30 cents pour prendre un vélo, qui constituent sans doute les moyens les plus populaires de transport local ici.
“Je me sens heureuse quand il ne pleut pas beaucoup parce que je sais que je pourrai me faire un peu d'argent à partir de la pêche”, a affirmé Zulu à IPS.
Auparavant, les occupants de Genda dépendaient de l'agriculture à petite échelle pour gagner leur vie. Les villageois avaient l’habitude de faire des récoltes exceptionnelles de maïs, mais avec la baisse des précipitations, les rendements du maïs ont chuté d'année en année.
Et pour les femmes de Genda, la pêche au panier est devenue une nouvelle source de revenu fiable.
Elles sont aussi sûres d'un approvisionnement constant de protéines dans leurs maisons.
“Quant à nous, les femmes, nous ne pouvons pêcher que lorsque le fleuve est comme ceci, et pour nous, c'est bon pour l'instant. Ces changements climatiques nous donnent quelque chose pour améliorer nos vies”, a déclaré Bessy, une autre pêcheuse, qui n'a pas donné son nom de famille.
Le revenu obtenu de la pêche a permis à Mwanza et à quelques autres femmes d'ouvrir de petites boutiques de bonbons, appelées 'kantemba' en Zambie. Le revenu combiné obtenu de ces boutiques et de la pêche leur a permis d'atteindre une certaine autonomie financière.
Elles sont capables de payer leurs dépenses et de satisfaire les besoins de leurs enfants, y compris les envoyer à l'école. L'éducation en Zambie n'est pas gratuite, en dépit des appels au gouvernement de rendre l’éducation primaire gratuite et de subventionner l'enseignement supérieur.
“Mon mari est un pêcheur et il pêche depuis plus de 10 ans, mais il ne m'a jamais donné de l'argent. Depuis que j'ai commencé à pêcher, je suis maintenant capable de faire ce que je veux avec l'argent que je gagne en vendant du poisson”, a indiqué Bessy. George Mphanza, 58 ans, le chef local, a déclaré qu'il était heureux de voir des femmes s'adonner à la pêche, même si c’est sur une petite échelle. Il a dit que le fait de pouvoir gagner un revenu a affecté la qualité de vie des femmes.
“Faute de grives, on mange des merles, c'est donc bien. Vous savez, la plupart des hommes dans cette région sont des pêcheurs, mais ils sont des ivrognes et ne parviennent pas à améliorer leurs propres vies. Mais avec ces femmes, j'ai vu un changement”, a affirmé Mphanza.

