Q&R: Les femmes agricultrices comptent dans la sécurité alimentaire en Afrique

BULAWAYO, Zimbabwe, 16 mai (IPS) – Alors que les femmes constituent la majorité des producteurs, transformateurs et vendeurs d’aliments en Afrique, leur rôle dans le secteur agricole demeure encore mineur en raison des barrières culturelles et sociales.

Selon l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les femmes constituent la majorité des producteurs agricoles au monde, fournissant plus de 50 pour cent des aliments qui sont cultivés sur la planète. Et en Afrique subsaharienne, ce taux est plus élevé, puisque les femmes produisent 80 à 90 pour cent des aliments dans la région.

La FAO déclare que bien qu’à travers le monde, les femmes soient responsables de la fourniture de la nourriture à leurs familles, elles le font malgré des contraintes et attitudes qui concourent à sous-évaluer leur travail et leurs responsabilités et à entraver leur participation aux prises de décisions et à l'élaboration des politiques.

Mais c'est une situation qui, selon la nouvelle directrice de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), Jane Karuku, doit changer pour que l'Afrique se nourrisse elle-même.

Karuku, une patronne d'entreprise au Kenya avec une carrière de plus de 20 ans, est devenue la première femme présidente de l'organisation en avril.

L'AGRA est un partenariat qui opère sur le continent africain afin d'améliorer la sécurité alimentaire et renforcer l'autonomisation économique de millions de petits fermiers et de leurs familles. Elle fait cela à travers près de 100 programmes dans 14 pays.

Karuku rejoint l’AGRA à partir de 'Telkom Kenya', une filiale de France Télécom-Orange, où elle était la directrice générale adjointe.

Elle a parlé à IPS de son rêve de voir les petits agriculteurs devenir les pilotes dans la quête de l'Afrique pour la sécurité alimentaire. Voici quelques extraits de l'interview.

Q: Voyez-vous votre nomination comme une étape importante pour les agricultrices en Afrique? R: En tant que première femme présidente de l'AGRA, c'est un grand honneur de plaider au nom de ces femmes infatigables qui sèment les graines et travaillent dans les champs à travers l'Afrique. Elles sont les vraies héroïnes de cette histoire, et j'espère souligner leurs contributions importantes pour un avenir de sécurité alimentaire.

Q: Les politiques de sécurité alimentaire reconnaissent-elles le rôle des agricultrices dans la production, la transformation et la commercialisation des aliments dans l'agriculture? R: A travers l'Afrique, il y a de grands signes de progrès quand il s'agit de petits fermiers, dont la majorité est constituée de femmes qui construisent une vie prospère pour elles-mêmes et pour leurs familles.

Toutefois, la réussite des petits exploitants a été déséquilibrée. Les petites exploitantes et les entrepreneurs ruraux sur le continent ne participent pas pleinement, ni ne tirent des avantages équitables de l'économie agricole du fait des obstacles de genre motivés par des normes culturelles et sociétales. Cela doit changer si l'Afrique doit transformer la capacité de se nourrir et atteindre la qualité de vie envisagée pour les ménages et les communautés en milieu rural en Afrique subsaharienne.

Q: Dans votre discours de nomination, vous déclariez: “L'agriculture à petite échelle est un mode de vie en Afrique, plein de défis et aussi rempli d'énormes opportunités”. Que ferez-vous pour trouver un équilibre pour la sécurité alimentaire? R: Ma préoccupation, c’est d’œuvrer à lever les obstacles qui empêchent les petits agriculteurs à travers l'Afrique d’accroître de manière significative la productivité et les revenus, tout en préservant l'environnement et en faisant la promotion de l'équité. Je suis engagée à assurer que les fermiers disposent d'une gamme variée de choix quand il s'agit d'aborder leur travail.

Q: Les petits agriculteurs détiennent la clé de la sécurité alimentaire en Afrique. Quelle est votre vision par rapport à l'amélioration de leur situation? R: Ma vision, c’est la sécurité alimentaire et la prospérité en Afrique par une croissance agricole rapide et durable basée sur les petits fermiers qui produisent des cultures vivrières de base. La mission de l'AGRA est de déclencher une singulière “Révolution verte en Afrique”, qui transforme l'agriculture en un système très productif, efficace, compétitif et durable pour garantir la sécurité alimentaire et sortir des millions de gens de la pauvreté.

Q: Où voyez-vous le rôle de l'AGRA en train de plaider pour une assistance aux petits agriculteurs pour faire face à l'impact que les changements climatiques ont sur la sécurité alimentaire? R: L'AGRA et ses partenaires travaillent ensemble pour déterminer les types de sauvegardes environnementales dont les agriculteurs ont besoin pour accroître leurs rendements et améliorer leurs moyens de subsistance. En se focalisant sur les pratiques de développement durable, l'AGRA réduit la dégradation de l'environnement et conserve la biodiversité.

Reconstruire la santé des sols et permettre aux petits fermiers d'Afrique de cultiver davantage sur moins de terres devraient réduire la pression à défricher et exploiter des forêts et savanes, contribuant ainsi à préserver l'environnement et la biodiversité.

Les pratiques agricoles durables de l’AGRA comprennent l'amélioration de la santé du sol grâce à une gestion intégrée de la fertilité des sols. Nous faisons cela à travers une combinaison d'engrais et d'intrants organiques, et des techniques qui sont appropriées aux conditions et ressources locales. A travers la promotion de l'utilisation de bonnes approches agricoles et écologiques à la gestion des sols et des cultures, telles que le micro-dosage des engrais dans les zones arides, l'AGRA veillerait contre un abus potentiel des engrais qui pourraient nuire à l'environnement.