BUENOS AIRES, 19 avr (IPS) – Sous la bannière de la coopération Sud-Sud, l'Argentine cherche à consolider ses liens avec l'Afrique, en commençant par les pays qui jouissent d’une croissance économique dynamique, tels que l'Angola et le Mozambique.
“Depuis 2005, nous essayons de nouer des liens plus forts avec l'Afrique, où il y a des pays qui affichent une croissance économique importante”, a déclaré à IPS, Diego Boriosi, le directeur du Fonds argentin de coopération horizontale (FO-AR).
Le FO-AR fonctionne sous le département de la coopération internationale du ministère des Affaires étrangères. En mars, Boriosi a accompagné le ministre des Affaires étrangères, Héctor Timerman, lors de son voyage en Angola et au Mozambique, en prélude à la visite de la présidente Cristina Fernández en Angola, prévue pour mai.
Timerman, qui a été reçu par les présidents des deux pays d'Afrique australe, a souligné que la première visite officielle d'un ministre argentin des Affaires étrangères à l'une ou l’autre nation reflète “un changement de paradigme, et une nouvelle approche dans le monde”.
Boriosi a expliqué que, pour des raisons historiques, jusqu'à il y a quelques années, les Etats d'Afrique avaient des relations beaucoup plus étroites avec leurs anciens maîtres coloniaux (France, Grande-Bretagne et Portugal) qu'avec d'autres pays. Mais aujourd’hui, a-t-il affirmé, ils sont plus disposés à nouer des liens avec l'Amérique latine.
Et l'intérêt est réciproque. Dans une interview accordée à IPS, Javier Surasky, un expert des relations internationales, et professeur à l'Université nationale de La Plata, a souligné que le Brésil a déjà lancé “un processus réussi de renforcement des relations avec l’Afrique lusophone”.
Cette stratégie a été fortement soutenue par l'ancien président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2011), qui avait fait 10 voyages en Afrique, visitant plus de 20 pays. Et il a maintenu son rôle dans les relations avec l'Afrique, même après avoir passé les rênes à son successeur, Dilma Rousseff.
Ces nouveaux liens ont joué un rôle clé dans la désignation de la première personne originaire d'Amérique latine pour diriger l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO): José Graziano da Silva, du Brésil, qui au moment d'occuper le poste, au début de cette année, a promis de mettre la priorité sur la lutte contre la faim en Afrique.
Le but du Brésil est de “diriger le monde lusophone – ce qu’il a déjà réussi à faire, en écartant le Portugal”, a fait remarquer Surasky, un spécialiste de la coopération Sud-Sud.
Boriosi a indiqué que l'Argentine “partage l'intérêt” pour des relations plus étroites avec l'Afrique. Mais il a précisé que les liens qu'elle recherche “ne sont pas aussi profonds que ce que le Brésil a obtenu, pour des raisons culturelles”.
L'idée, c’est de faire de l’Argentine un acteur dans la coopération internationale “au niveau mondial”, a-t-il ajouté.
Traditionnellement, la coopération Sud-Sud en Argentine a impliqué d'autres pays dans cette région. Et bien que cela continue d'être le point central, la politique d'aide mutuelle s’est désormais élargie pour inclure l'Afrique et l'Asie du sud-est, a dit Boriosi.
De nouveaux projets prennent forme en Chine, Thaïlande, Vietnam, Laos, Cambodge et en Indonésie, dans des domaines aussi variés que l'agriculture, le commerce, le renforcement de la gouvernance et des droits humains.
Dans ce nouveau scénario, les projets d'aide sporadiques conduits en Afrique dans les années 1980 et 1990 ont commencé à prendre une importance croissante, et, au-delà de tout, sont maintenant accompagnés d’un intérêt pour la compréhension interculturelle et une relation plus étroite en général.
Le ministère des Affaires étrangères “est en train de créer l'occasion pour des liens, préparer l'agenda, semer la graine”, a affirmé Boriosi.
Plus tard, si cela est nécessaire, “une nouvelle impulsion sera accordée” à cette relation, avec un voyage comme celui conduit par le ministre des Affaires étrangères.
La visite en Angola a été largement axée sur le commerce. Timerman était accompagnée d’environ 300 représentants de la communauté des affaires, et des domaines de coopération dans le développement économique ont été identifiés.
Dans le cas du Mozambique, des institutions techniques de l'Argentine, qui peuvent fournir des conseils et une assistance à leurs homologues dans ce pays d'Afrique australe, tels que l'Institut national de technologie agricole, ont été également sur le terrain.
En outre, d'autres ministères, avec ou sans l’appui financier du FO-AR, consolident leurs propres liens. Par exemple, le ministère de la Défense a pris des contacts avec l'Afrique du Sud, et le ministère de l'Agriculture avec l'Afrique du Sud et le Kenya.
Boriosi a déclaré que l'aide au développement de l'Argentine cible également des pays de la région du Maghreb, en Afrique du nord, et le Nigeria, où le travail est en cours avec l'Organisation mondiale de la santé, dans la formation technique pour des campagnes contre la poliomyélite.
Surasky a dit que “des liens plus étroits avec l'Afrique font partie d'une politique étrangère de l’Argentine qui vise à renforcer les relations avec d’autres pays du Sud (en développement), une position qui lui a permis l'année dernière d’occuper la présidence du Groupe des 77”, actuellement composé de 130 membres, y compris la Chine.

