AFRIQUE: Les enfants des bidonvilles parmi les plus défavorisés

NAIROBI, 6 mars (IPS) – Chaque jour après l'école, Nelly Wangui, une fille kényane de neuf ans, se presse pour rentrer chez elle avec un fagot sur la tête. Le sac en papier contenant ses livres est précairement posé au-dessus du tas, et de temps en temps, elle tend la main pour s'assurer que ses livres ne sont pas tombés.

Bien que l'histoire de Wangui semble être typique des enfants pauvres dans les zones rurales, elle vit en fait dans la ville capitale du Kenya, Nairobi. Et sa vie ressemble beaucoup à celle des milliers d'autres enfants dans la banlieue tentaculaire de Korogocho et d'autres comme celle-ci dans cette nation d'Afrique orientale. Alors que les enfants des zones urbaines sont plus susceptibles de survivre après l'enfance et de vivre au-delà de leur cinquième anniversaire, puisqu’ils jouissent d'une nutrition, d'une santé et d'une éducation meilleures par rapport à leurs homologues des zones rurales, cela n'est pas vrai pour les enfants des bidonvilles. A Korogocho seule, les statistiques gouvernementales estiment que 200.000 personnes vivent dans des conditions de surpeuplement, en proie à l’extrême pauvreté et à l’absence de services de base. Ici, la vie de nombreux enfants demeure une lutte continue pour la survie. “Comme les expériences de l'enfance deviennent davantage urbaines, il en est de même pour les expériences de privation extrême et d’une lutte continue pour la survie des enfants vivant dans les bidonvilles”, explique Dr Ken Onyango, un pédiatre à Nairobi qui propose souvent volontairement ses services aux banlieues qui se situent autour de la ville. Selon le rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) intitulé “La situation des enfants dans le monde 2012: Les enfants dans un monde urbain”, publié le 28 février, un nombre croissant d'enfants vivant dans des bidonvilles figurent parmi les plus défavorisés et plus vulnérables dans le monde. Comme le monde s’urbanise davantage avec plus de la moitié de ses habitants vivant dans les zones urbaines, y compris plus d'un milliard d'enfants, l'expérience urbaine est celle de la pauvreté et de l'exclusion pour beaucoup. “Quand nous pensons à la pauvreté, l'image qui vient traditionnellement à l'esprit est celle d'un enfant dans un village rural”, a déclaré Anthony Lake, directeur exécutif de l'UNICEF dans un communiqué. “Mais aujourd'hui, un nombre croissant d'enfants vivant dans des bidonvilles et taudis sont parmi les plus défavorisés et plus vulnérables dans le monde – privés des services les plus fondamentaux et du droit de prospérer”. Selon le rapport, bien que les villes offrent à beaucoup d’enfants les avantages des écoles, centres de santé et terrains de jeux urbains, les mêmes villes dans le monde entier constituent également les lieux où existent les plus grandes disparités dans la santé, l'éducation et les opportunités pour les enfants. “Environ la moitié des enfants dans les zones urbaines en Afrique subsaharienne ne sont pas enregistrés à la naissance”, et la plupart d'entre eux ne sont pas non plus vaccinés, ajoute le rapport. Le rapport indique en outre que dans les zones où la population est forte, les niveaux de vaccination sont souvent bas. “Puisque les bidonvilles sont considérés comme illégaux, le gouvernement ne ressent aucune obligation de veiller à ce que les habitants d’un bidonville aient accès à l'eau et à l’assainissement adéquat”, explique John Otieno, un promoteur immobilier dans les zones urbaines. “Il y a une absence d’initiatives favorables à l'enfant dans la conceptualisation des infrastructures urbaines au Kenya. L'espace disponible, pour que les enfants y jouent, est souvent pris d’assaut par des promoteurs privés”, ajoute-t-il. Globalement, un citadin sur trois, vit dans des bidonvilles, et en Afrique, la proportion est de six sur 10. Le rapport souligne que la population urbaine augmente plus rapidement en Afrique, suivie de l'Asie. Et tandis qu'un nombre croissant d'enfants africains grandissent dans des zones urbaines, la proportion d'enfants vivant dans des bidonvilles dans des pays tels que le Ghana, le Nigeria, l'Afrique du Sud et le Kenya monte également. Le rapport mentionne: “Près des deux-tiers de la population de Nairobi vivent dans des établissements informels surpeuplés”. La ville a une population estimée à 3,1 millions d’habitants. Wangui fait partie de cette statistique. Mais des difficultés comme la sienne sont souvent dissimulées par les statistiques nationales qui ne donnent que des moyennes générales. “L'absence de certaines est cachée par les excès d’autres. Dans l'enseignement, par exemple, les pays d'Afrique orientale mettent actuellement en œuvre la gratuité de l’enseignement primaire. Des statistiques montrent l'amélioration des taux de scolarisation, mais la faible scolarisation dans les bidonvilles est souvent cachée”, affirme Dave Ndonga, un enseignant du primaire à Mukuru kwa Njenga, une banlieue de Nairobi. Le rapport indique que dans plusieurs pays africains comme le Ghana, la Zambie, le Zimbabwe et la Tanzanie, les enfants dans les bidonvilles sont moins susceptibles d’aller à l'école. Cependant, des statistiques moyennes nationales en Tanzanie montrent que le taux de scolarisation a doublé pour atteindre environ 97 pour cent. “Les enfants dans les bidonvilles abandonnent l'école en raison des coûts supplémentaires du fait de devoir acheter des uniformes et même du matériel pour l’enseignement de l’écriture. Mais, peu d'attention est vraiment accordée à la nature de l'éducation disponible pour les enfants dans les bidonvilles. Certaines classes comptent jusqu'à 100 écoliers par enseignant”, explique Muigai Ngugi, militant des droits de l'enfant à Nairobi. Il souligne par ailleurs que ces enfants sont plus susceptibles d'abuser de drogues et d'alcool et de s'engager dans des activités criminelles dès l'adolescence comme conséquence de l’absence d’un minimum de supervision de la part des adultes.