LUSAKA, 4 fév (IPS) – Zhang Daliu, 46 ans, un charpentier originaire de Chine n'a jamais imaginé se retrouver dans les confins affreux d'une prison zambienne puante et surpeuplée où les conditions sont si épouvantables qu'elles provoquent des troubles gastronomiques et des maladies de la peau durant l'emprisonnement.
Mais c'est ainsi que les dés sont tombés pour Zhang et trois autres artisans chinois expatriés: Hong Pin Liu, 46 ans, un charpentier; Yang Gang Qiang, 36 ans, un soudeur; et Zhu Xiang, 51 ans, un maçon. Ces quatre hommes risquent l’emprisonnement à perpétuité au cas où ils sont reconnus coupables d'agression indécente et d’avoir eu des rapports sexuels avec une mineure, après que les charges ont été prononcées contre eux par des procureurs à Luanshya, une ville située à la périphérie sud de la province du Copperbelt, riche en minerai de cuivre, en Zambie. Chaque chef d’accusation porte une peine minimale de 15 ans de prison avec travaux forcés, et une condamnation maximale à perpétuité. Les quatre hommes sont accusés d’avoir des relations sexuelles avec des jeunes filles de moins de 16 ans, l’âge légal de consentement en Zambie, contre de l'argent. Ce scandale sexuel a provoqué un débat passionné dans ce pays d’Afrique australe, avec certaines personnes accusant les filles de honnir les Zambiens en se tournant vers la prostitution à un âge aussi jeune. D'autres estiment que les problèmes de pauvreté et le désespoir répandu à Luanshya, qui ont forcé les jeunes filles dans la prostitution, ont d'abord commencé pendant le régime corrompu de l'ancien président, Frederick Chiluba. Chiluba a vendu la mine de cuivre de Luanshya à 'Indian Binani Industries' en 1997 pour seulement 35 millions de dollars lors de la privatisation des mines du pays. A peine trois ans après la vente, elle est tombée sous administration judiciaire et plus de 6.000 mineurs ont perdu leurs emplois. Ceci a déclenché une pauvreté massive et des conditions difficiles à Luanshya et pendant les six années suivantes, peu de gens pouvaient se nourrir et nourrir leurs familles. En 2009, lorsque le 'China Non-Ferrous Metals Mining Group' (Groupe d'extraction de métaux non ferreux de Chine) acquérait la mine, la plupart des gens à Luanshya vivaient dans l’extrême pauvreté. Alors que la vente de la mine signifiait qu'il y aurait encore des emplois, elle a aussi entraîné l'afflux d'ouvriers chinois. Des mineurs chinois, contractés par 'Luanshya Copper Mine' (Mine de cuivre de Luanshya) pour ressusciter la mine de cuivre de l'ancienne 'Roan Antelope Mining Corporation (Zambia)' (Société d'extraction Roan Antelope-Zambie) et développer la nouvelle mine de cuivre à ciel ouvert de Muliashi, ont atterri en Zambie avec un contingent de 270 hommes, sans aucune femme. La Zambie abrite plus de 80.000 Chinois sur une population estimée à 925.000 Chinois vivant et travaillant aujourd’hui en Afrique, dont la majorité est constituée d’hommes qui exercent divers métiers dans des zones urbaines et rurales. Par ces temps économiques difficiles, les Chinois ici sont considérés comme les seules personnes qui ont de l'argent à dépenser. Mary Mumba est une ménagère qui a vécu pendant plus de 20 ans à Roan Township, la banlieue minière tentaculaire à forte densité à Luanshya. Elle a été témoin de la transformation de la ville en un refuge pour les prostituées, des voleurs de cuivre et des fainéants ivres. Elle comprend pourquoi les jeunes filles offraient des relations sexuelles aux hommes contre de l’argent. “Beaucoup de familles sont pauvres ici et elles passent habituellement des jours sans prendre un repas. En tant que parents vivant dans la pauvreté, nous comprenons pourquoi ces filles sont allées si loin en cédant aux Chinois. Ils sont les seules personnes qui ont réellement d'argent dans cette ville”, s'est plainte Mumba. Une autre habitante, Rhoyda Musonda, a imputé le scandale à la pauvreté et aux parents des filles. “Nous sommes les coupables. Ces filles n'ont pas été forcées par les Chinois à avoir des relations sexuelles avec eux. Mais en tant que parents, je suis sûre qu'ils ont vu (les filles acheter) des choses inhabituelles, qu'elles ne pouvaient pas acheter. Ceci a dû attirer leur attention”, a-t-elle expliqué. Mais Gift Mulenga, un mineur dans la ville, est indifférent au scandale. Il a dit qu'ici, la plupart des jeunes femmes et filles touchées par la pauvreté se prostituent auprès des hommes qui ont de l'argent à dépenser, indépendamment de leur nationalité. “Les Chinois sont simplement considérés comme des hommes d'une mauvaise nationalité, c’est tout”, s'est moqué Mulenga. Et Mulenga peut sembler avoir raison. Le viol de mineurs a augmenté en Zambie ces dernières années, et essentiellement des Zambiens ont été accusés de crimes. Des policiers à la 'Zambia Police Service's Victim Support Unit' (Unité d’appui aux victimes du Service de police de Zambie) ont indiqué que le viol de mineurs s’est accru, de 1.676 en 2009 à 2.028 en 2010. Parmi les auteurs, figurent des enseignants zambiens, des fermiers, des praticiens de la médecine traditionnelle et même des policiers eux-mêmes. L'année dernière, trois professeurs ont été suspendus du Lycée Technique des filles de Ndola, dans la province du Copperbelt, pour avoir eu des rapports sexuels avec leurs élèves mineures. Dans le district de Milenge, dans la province de Luapula, dans le nord, un homme de 75 ans a été accusé du viol d’une fille de huit ans.

