DEVELOPPEMENT-NIGER: Trois millions d’enfants menacés par la faim

BOBOYE, Niger, 2 fév (IPS) – Beaucoup de foyers sont présentement tenus par des femmes à Zamkoye-Koïra, un hameau du département de Boboye, dans l’ouest du Niger, à cause de l’insécurité alimentaire qui menace cette année quelque 5,4 millions de personnes, selon l’enquête nationale sur la vulnérabilité des ménages en décembre 2011.

«Les hommes sont partis en exode pour chercher de quoi nourrir les enfants et les femmes qu’ils ont laissés au village, parce qu’il n’y a pas eu de récoltes du tout», déclare à IPS, Bibata Mounkaïla, une mère de huit enfants, âgée d’environ 40 ans.

«Nous mangeons à peine une fois par jour depuis des mois; cette situation fait que nos enfants ne vont plus à l’école qui se trouve dans un autre village distant de trois kilomètres d’ici», ajoute Mounkaïla, préparant une bouillie de sorgho dont sa famille se contentera toute la journée.

Aoudi Adamou, un chef de famille qui n’a pas quitté le village, craint l’aggravation de la crise si l’aide alimentaire au profit des populations vulnérables, annoncée par le gouvernement, tarde à venir. «C’est grâce à l’entraide mutuelle des familles que certains trouvent encore à manger, mais cette situation ne saurait perdurer longtemps. Il faut que les autorités nous viennent rapidement en aide pour éviter la catastrophe», dit-il à IPS. Le cri de détresse de ce paysan de Zamkoye-Koïra résonne aujourd’hui dans plusieurs contrées du Niger, exposé cette année à une grave crise alimentaire consécutive à la mauvaise campagne agricole 2010-2011, qui s’était soldée par un déficit céréalier estimé à 519.639 tonnes et à plus 10,2 millions de tonnes de fourrage pour le bétail, selon le rapport d’évaluation de la campagne. Ce déficit place quelque 5,4 millions de Nigériens, sur les 15,7 millions d’habitants que compte le pays, dans une situation d’insécurité alimentaire dont plus d’un million et demi sous la forme sévère, selon l’enquête sur la vulnérabilité des ménages. Pour juguler cette crise alimentaire de grande ampleur «qui est déjà là», selon Eric-Alain Ategbo, responsable du département malnutrition au bureau du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Niamey, la capitale nigérienne, le gouvernement et ses partenaires tentent de mobiliser des ressources permettant de sauver les populations. Le montant nécessaire à la couverture des besoins est chiffré à quelque 103 milliards de francs CFA (environ 224 millions de dollars) par le Premier ministre nigérien, Brigi Rafini, lançant un appel à l’aide en direction des partenaires, le 17 janvier, à Tillabéri, dans l’ouest du pays. Ces ressources seront consacrées à des actions d’atténuation de la crise comme le lancement d’une vaste campagne de cultures irriguées, la lutte contre la malnutrition, l’achat d’aliments de bétail, selon Rafini. Mais pour Hassoumi Sadou, membre d’une coopérative maraîchère à Niamey, «le succès de l’opération dépendra de l’implication directe des producteurs dans la mise en œuvre des actions. Ce n’est pas encore le cas», a-t-il déploré à IPS. L’Organisation internationale non gouvernementale 'Save The Children', basée à Londres, a appuyé le gouvernement nigérien, demandant aussi à la communauté internationale de se mobiliser d’urgence au profit des enfants menacés par la malnutrition. Dans un communiqué publié le 27 janvier, l’ONG a fait état de quelque trois millions d’enfants nigériens exposés à la faim, chiffrant à 30 millions de livres sterling le coût des interventions permettant d’éviter une catastrophe.

Selon Ategbo de l’UNICEF, «quelque 333.000 enfants sont exposés à la malnutrition sévère et près de 700.000 sous la forme modérée. Nous sommes actuellement à 20.000 cas malnutris sur l’ensemble du pays, en raison de 5.000 nouvelles admissions par semaine» dans des centres médicaux.

Pour N’Dèye Marianne Tounkara, directrice du plaidoyer et de la campagne pour la survie du nouveau-né et de l’enfant au bureau de 'Save The Children' à Niamey, cet appel «vise à attirer l’attention de la communauté internationale sur les risques de passer d’une crise alimentaire à une crise nutritionnelle de grande ampleur au Niger dans les semaines à venir». «Il faut vite agir pour mettre en place des mesures curatives et préventives permettant de juguler la menace», a souligné Tounkara à IPS.