LIBERIA: La réélection de Sirleaf est une "aubaine pour les femmes"

MONROVIA, 14 nov (IPS) – La victoire de la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, pour un second mandat, a été qualifiée d’aubaine pour les femmes malgré la controverse entourant le boycott par l'opposition du deuxième tour des élections.

“C'est une grande promotion pour nous en tant que femmes et cela nous maintient sur la scène mondiale”, a déclaré Yvette Chesson-Wureh, coordinatrice du personnel de 'Angie Brooks International', une organisation non gouvernementale qui fait la promotion de l'autonomisation des femmes.

“Que tout le monde sache que nous avons confiance en ce gouvernement et en la capacité de cette femme à tenir ses engagements”.

Chesson-Wureh a ajouté que la victoire de Sirleaf “montre également au reste du monde…qu'elle continue de servir de modèle pour les jeunes femmes sur le continent africain”.

Le vendredi 11 novembre, la 'National Elections Commission' (Commission électorale nationale) a annoncé qu’à 97,6 pour cent du dépouillement, Sirleaf avait obtenu 90,6 pour cent des suffrages exprimés dans la course contre son adversaire, l'ancien diplomate Winston Tubman du 'Congress for Democratic Change' (Congrès pour le changement démocratique – CDC).

Le second tour n'a pas été sans controverse. Les jours qui précédaient le scrutin, Tubman a appelé au boycott, invoquant des irrégularités présumées au premier tour en octobre. Lors d'une manifestation la veille du scrutin du 8 novembre, la police a ouvert le feu sur des partisans du CDC, tuant au moins deux personnes dans un incident qui selon Tubman était une tentative d'assassinat.

Lors d'une conférence de presse samedi au siège du CDC, où la fusillade a eu lieu, Tubman a réitéré la position de son parti qu'il ne reconnaîtrait pas les résultats du second tour.

“C’était, selon nous, une farce politique de premier ordre, et par conséquent on ne doit pas permettre que cela se produise”, a-t-il indiqué.

Tubman a annoncé que les avocats du CDC feraient pression pour une annulation des résultats afin qu’un nouveau scrutin soit organisé.

Sirleaf a déclaré dans un discours à la nation, le vendredi 11 novembre, qu'une commission indépendante serait créée pour enquêter sur la fusillade qui a eu lieu au siège du CDC, et a exprimé ses regrets pour “une perte tragique des vies humaines et les blessés”.

“Nous ne pouvons pas être plus claire: toutes les personnes reconnues avoir enfreint la loi seront traduites en justice”, a-t-elle souligné.

Elle a également rejeté l'idée selon laquelle le boycott organisé par le CDC a sapé la légitimité de sa victoire, et a juré de former un gouvernement d'union.

“Je tendrai la main à tous les candidats à la présidentielle. Ce que je leur offrirai n'est pas encore connu parce que je ne me suis pas vraiment concentrée sur la réorganisation du gouvernement”, a déclaré Sirleaf.

Chesson-Wureh a ajouté que juste parce que le CDC a boycotté les élections, cela ne signifie pas que le processus était entaché de fraudes.

“Si vous décidez de boycotter une élection, cela ne signifie pas que le processus est illégitime, particulièrement lorsque l'autre personne participe”, a expliqué Chesson-Wureh. “Il est de votre droit constitutionnel de voter, et si vous décidez de renoncer à ce droit, c'est bien. L’utilisation du mot 'illégitime' est complètement hors contexte”.

Chesson-Wureh a déclaré que Sirleaf devrait poursuivre les initiatives qui ont commencé pendant son premier mandat.

Chesson-Wureh a cité l'augmentation du nombre de femmes qui occupent des postes importants dans le gouvernement comme l'une des réalisations de Sirleaf. En outre, 30 pour cent des députés sont des femmes… Elle a également salué les efforts visant à combattre le fort taux de violences basées sur le genre au Liberia, y compris la création en 2008 de tribunaux spéciaux pour les cas de violences sexuelles.

“Cela montre que c'est une approche sensée, indiquant au monde que les violences sexuelles constituent un crime grave”, a-t-elle affirmé.

Sirleaf a déclaré que la moitié des femmes dans le pays sont des victimes de violences basées sur le genre, comme conséquence de la guerre civile de 14 ans dans le pays.

Mais Grace Zoe Davis, une femme de 43 ans, qui vend des matériaux de construction à Monrovia, a déclaré que l'autonomisation des femmes dans cette nation d’Afrique de l’ouest a été limitée à celles de la classe supérieure.

“Je ne vois aucune différence dans ce qu'elle a fait pour la vie des femmes au cours des six dernières années. [Sireleaf] n'a [aidé] que les gens de sa classe, et non la femme ordinaire au Liberia”, a indiqué Davis.

“Depuis 16 ans que je fais du commerce, je continue de mener mes affaires. Il y a tant d’opportunités qu'ils ont affirmé avoir [créées] pour les gens, mais… ceux de la classe supérieure sont ceux qui jouissent de ces opportunités”.

Davis a néanmoins mis à l’actif de Sirleaf, qui a été nommée co-lauréate du Prix Nobel de la paix en octobre, peu avant l'élection, la récente stabilité au Libéria. Elle a encouragé Sirleaf à promouvoir davantage les jeunes, les Libériens qualifiés, à des postes gouvernementaux.

“Elle a besoin d'ouvrir le système parce qu’il existe beaucoup de jeunes libériens qui sont qualifiés, pourtant elle va aux Etats-Unis amener ses amis travailler dans son gouvernement”, a déclaré Davis.