KENYA: Des aliments de secours obtenus auprès des fermiers locaux

NAIROBI, 23 août (IPS) – Mourid Abdi Dolal et Wilson Rotich sont tous deux de petits fermiers qui produisent des cultures de base. Mais pendant que l'un vend ses produits au marché du village, l’autre cultive pour nourrir le nombre croissant de réfugiés au Kenya.

Rotich a peut-être perçu un avantage dans une entreprise dirigée par le Programme alimentaire mondial (PAM) qui lie les petits fermiers aux marchés à travers le 'Purchase for Progress' (projet Achat pour le progrès – P4P).

A chaque récolte fructueuse, Rotich met de côté une partie du rendement, qu'il vend au PAM à travers des appels d’offres favorables aux petits fermiers. Selon les responsables du PAM, ceci est une nouvelle approche pour mettre en commun les aliments de secours localement auprès des agriculteurs au lieu de les importer de l'étranger.

Rotich, 57 ans, originaire de la province de la Rift Valley, au Kenya, possède une ferme de 1,2 hectare dans le village de Transmara, dans laquelle il pratique une rotation de cultures avec le maïs, les haricots et quelques autres plantes légumineuses.

Mais, jusqu'à ce qu'il soit informé du projet P4P, sa récolte durement obtenue avait à peine produit un bénéfice. Cependant, aujourd’hui, il peut vendre sa récolte au PAM au taux du marché national. C'est environ cinq fois plus que ce qu'il avait l’habitude de gagner en la vendant localement.

Aujourd’hui, Rotich vend un sac de 90 kilogrammes de maïs sec ou de sorgho à un prix compris entre 42 et 51 dollars, et un sac de 90 kg de haricot rosecoco lui rapportera jusqu'à 71 dollars.

Auparavant, il gagnerait seulement 11 dollars pour un sac de 90 kg de maïs sec ou de sorgho et entre 10 et 13 dollars pour un sac de 90 kg de haricot rosecoco.

“Les agents du PAM nous ont dit de former des organisations paysannes à travers lesquelles ils (achèteraient) nos récoltes agricoles”, déclare Rotich. “Cela a aidé ma famille parce que je suis en mesure de payer les frais scolaires et même les factures d'hôpital lorsque l'un d’entre nous tombe malade”.

La chargée des relations publiques du PAM-Kenya, Rose Ogolla, affirme que le P4P est une entreprise sociale désireuse d’améliorer l'accès des petits fermiers aux marchés, ainsi qu’à les inspirer à investir davantage dans l'agriculture grâce à l'innovation.

Selon Ogolla, ce projet vise à impliquer les fermiers dans la chaîne du marché local soit en concluant un contrat ou à travers des appels d'offres aux petits agriculteurs.

Au niveau de contrat, dit-elle, le PAM négocie avec les organisations paysannes avant la saison des plantations pour qu’elles fournissent des vivres à un prix donné, et le paiement est effectué lors de la livraison, et peut être utilisé par les agriculteurs pour accéder aux prêts.

Mais, au cas où un fermier participe à un appel d'offres, un processus concurrentiel est utilisé pour inviter plusieurs groupes d'agriculteurs ou de vendeurs de produits agricoles à soumissionner pour la fourniture de vivres au PAM, où ils ne sont pas tenus de payer des frais de soumission, explique-t-elle. (Les frais de soumission constituent une somme que les soumissionnaires sont censés payer pour prouver qu'ils sont capables de financer un gros contrat d'appel d'offres au cours du processus de passation des marchés publics).

“Le projet vise à renforcer la chaîne de fourniture d’aliments de secours ainsi qu’à rendre l'agriculture attrayante en offrant aux fermiers un marché tout prêt”, affirme Ogolla. “Nous faisons cela en concluant un contrat ou un appel d'offres avec les agriculteurs, ce qui leur permet de nous vendre des céréales au prix du marché en cours”.

Un communiqué publié en juillet par le PAM indique que les agriculteurs ayant moins de trois hectares de terre, dans les provinces de la Rift Valley, de l’ouest, de l’est et de la côte, bénéficient actuellement de ce projet de cinq ans qui s’achève en 2013.

Tout ce dont un agriculteur a besoin, c’est d'être légalement enregistré auprès d'une coopérative, pour être en mesure de produire 56 tonnes métriques de vivres à partir de sa petite ferme, d’avoir des installations de stockage appropriées et un compte bancaire.

Ce projet vient à un moment où le président kényan, Mwai Kibaki, a qualifié la sécheresse dans les pays d'Afrique orientale de catastrophe nationale. Mais l'entreprise a gagné à la fois l’éloge et le mépris des acteurs sociaux et économiques.

Dolal, un éleveur qui s’est lancé dans l’agriculture sur des terres arides, affirme qu'il n'a pas bénéficié du projet P4P parce que celui-ci n'a pas atteint la Province du nord-est, une région qui abrite un nombre croissant de réfugiés victimes de la sécheresse dans le pays et originaires de la Somalie.

Dolal, qui pratique maintenant l'horticulture à petite échelle dans son village de Dertu, frappé par la sécheresse, déclare qu'il peut récolter des quantités raisonnables de chou frisé, de tomates et de dolique, mais que ces produits ne peuvent lui fournir qu’un petit revenu puisqu’il les vend aux villageois à vil prix.

“Je serais heureux si le PAM nous venait à nous avec des subventions parce que mon village se situe à environ 50 kilomètres du camp de réfugiés de Dadaab”, indique Dolal, qui est assisté par le Projet de village du millénaire des Nations Unies, un modèle novateur qui aide des communautés rurales africaines à se sortir de l’extrême pauvreté.

“Notre village ressent la pression causée par une augmentation des personnes déplacées fuyant la sécheresse”, a déclaré Dolal. Actuellement, il y a environ 400.000 personnes à Dadaab, dont la plupart ont fui la sécheresse en Somalie.

Selon Samuel Mbalu, un agent du Projet de village du millénaire à Dertu, le Kenya est en train d'encourager les communautés pastorales à investir dans l’agriculture sur les terres arides pour protéger la région des sécheresses périodiques qui, selon lui, touchent presque 70 pour cent de la population.