AFRIQUE DE L’EST: Des millions de morts en perspective face à une sécheresse dévastatrice

NAIROBI, 19 juil (IPS) – Alors que le Kenya se bat pour contenir l'afflux de réfugiés fuyant la sécheresse en Somalie – près de 1.300 personnes arrivent tous les jours au camp de réfugiés de Dadaab – le pays est confronté à sa propre crise de malnutrition et de famine.

Les Somaliens fuyant la sécheresse dans leur pays mettent en moyenne neuf jours, sous une chaleur de 50 degrés Celsius, pour parcourir les 80 kilomètres de désert de sable expansif qui sépare Dadaab, dans le nord du Kenya, de la Somalie.

Le voyage à Dadaab est dangereux, rendu encore plus périlleux puisqu'il se fait à travers des territoires de l'anarchie où des bandits armés et même la police harcèlent les réfugiés.

Et lorsque ceux qui ont supporté le trajet atteignent finalement Dadaab, ils constatent vite que le camp est loin d'être le refuge qu'ils espéraient qu’il serait.

Au Kenya même, environ cinq millions de personnes à travers le pays souffrent de la famine à cause de la sécheresse, selon Abbas Gullet, le secrétaire général de la Croix-Rouge kényane.

Dans le nord du Kenya, la communauté locale de Turkana souffre de la famine, tout comme les réfugiés à Dadaab.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), sur une population d'environ 850.000 habitants à Turkana, plus de 385.000 enfants et 90.000 femmes enceintes et allaitantes souffrent de malnutrition aiguë. Cela a augmenté le nombre de nouvelles admissions d'enfants souffrant de malnutrition au taux astronomique de 78 pour cent.

“C'est une situation très grave; à travers la région (la Corne de l'Afrique), plus de 10 millions de personnes sont touchées. De ce nombre, deux millions d'enfants sont gravement affectés avec un demi-million d'entre eux souffrant de malnutrition aiguë sévère et (bon nombre sont) sur le point de mourir”, indique le directeur exécutif de l'UNICEF, Anthony Lake.

Cette situation survient moins de deux mois après que le président du Kenya, Mwai Kibaki, a déclaré la sécheresse une catastrophe nationale puisque la vie des populations à Moyale, Turkana, Wajir, Marsabit et à Mandera est suspendue dans la balance à cause d'un manque de vivres et d'eau.

“Au cours de ma visite à Turkana, une des régions frappées par la sécheresse, j'ai vu une mère mettre des noix de palme écrasées dans sa bouche afin d'humecter les graines avant de mettre le mélange dans la bouche de son bébé à cause du manque d'eau… c'est une crise”, déclare Lake. Il s'exprimait lors d'une conférence de presse à Nairobi le 17 juillet.

Le ministère des Programmes spéciaux et la Croix-Rouge du Kenya apportent une aide alimentaire aux personnes les plus touchées par la sécheresse, mais avec l'arrivée d'un nombre élevé de réfugiés, les gens du coin disent que la concentration de l’aide est orientée vers Dadaab.

“Ce sont des moments difficiles à la fois pour les réfugiés et les communautés d'accueil qui sont confrontées à des difficultés similaires, et les choses vont s'aggraver parce que les pluies ne tombent toujours pas”, explique Fatima Billow, une assistante sociale à Mandera, dans le nord du Kenya, près de Dadaab.

Les demandeurs d'asile qui succombent à la chaleur et au manque d'eau en cours de route vers Dadaab sont enterrés non loin du camp, dans un cimetière de fortune. Le cimetière sert de rappel aux vivants que si les circonstances ne s'améliorent pas, la mort peut aussi être bientôt leur sort.

“Dadaab, dans le nord du Kenya, a été construit pour un maximum de 90.000 réfugiés; le nombre s’élève maintenant à 423.000, avec 50.000 autres qui construisent des camps de fortune autour du complexe des réfugiés”, explique une source à la Croix-Rouge kényane. Le camp a été officiellement déclaré rempli en 2008. Et ce n'est pas tout.

“D’autres réfugiés sont en route”, affirme Nenna Arnold, un infirmier à Médecins sans frontières. “Nous sommes déjà au point de débordement, mais les chiffres continuent de monter. Cette situation est une urgence humanitaire”.

Comme de plus en plus de réfugiés affluent vers les trois camps qui composent le complexe de Dadaab, la disponibilité des services essentiels, comme l'eau, la nourriture et l'assainissement de base, devient insuffisante pour satisfaire le nombre de personnes qui y vivent.

S’exprimant après une tournée à travers les régions frappées par la sécheresse au Kenya, Andrew Mitchell, secrétaire d'Etat britannique pour le Développement international, affirme que des millions de personnes regardent fixement la mort en face puisque la Corne de l'Afrique est confrontée à la plus grave crise humanitaire au monde.

L'UNICEF confirme qu’un Somalien sur trois vit une catastrophe humanitaire. Les Somaliens connaissent une longue crise sociopolitique depuis environ 20 ans, qui a conduit à l'intensification de la pauvreté, de l'insécurité alimentaire et de l'instabilité.