BURKINA FASO: Appui technique massif aux petits producteurs agricoles

OUAGADOUGOU, 12 juil (IPS) – Le gouvernement du Burkina Faso a lancé 'l’opération 100.000 charrues' qui correspond au souhait des organisations paysannes qui ont toujours réclamé un appui aux petits producteurs et a l’agriculture familiale, comme fondement de la sécurité alimentaire.

“L’opération est saluée par la Confédération paysanne du Faso (CPF)… car aujourd’hui, la difficulté de notre agriculture est qu’elle n’est pas mécanisée. Or la mécanisation permet de réduire rapidement le temps de travail”, se réjouit Bassiaka Dao, président de la CPF, la plus grande organisation de producteurs du Burkina. “Au lieu d’avoir cinq personnes sur deux hectares pendant toute l’année, avec la traction animale, une personne peut labourer en quatre jours deux hectares, soit 0,5 hectare par jour. Les quatre autres personnes pourront faire autre chose”, affirme Dao à IPS.

L’opération lancée en juin 2011 consiste à mettre à la disposition des ménages ruraux les plus démunis 20.000 charrues par an, dont 10.000 destinées aux femmes pendant cinq ans.

Selon Dao, le coût de la charrue est abordable grâce à la subvention de 80 pour cent offerte par l’Etat.

Selon le ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique, la traction animale est la forme de mécanisation la plus répandue au Burkina, où 30 pour cent des ménages possèdent au moins un animal de trait; 30 pour cent des ménages également disposent d’un outil aratoire et 20 pour cent d’une charrette.

Alfred Sawadogo, responsable de l’organisation non gouvernementale SOS Sahel, se réjouit également de cette opération qui, dit-il, s’inscrit dans l’ordre de l’amélioration des exploitations familiales comme le souhaitent les organisations paysannes.

“L’Etat doit soutenir les agricultures familiales et les aider à se moderniser et améliorer la productivité. Dans l’ouest du pays, la disponibilité des terres permet aux exploitants familiaux d’aller jusqu'à 50 hectares en commençant par cinq et sept hectares”, souligne Sawadogo à IPS.

Les producteurs soutiennent également que le labourage à la charrue facilite l’infiltration de l’eau dans le sol et qui peut y rester longtemps tout en assurant l’humidité, comparé à la daba. Les animaux, explique Sawadogo, fournissent, de leur côté, du fumier à partir de leurs crottes. “C’est pourquoi ce programme est intéressant car il permet à la petite agriculture de se développer”, ajoute Dao.

Les femmes, qui constituent une importante main-d’œuvre agricole et bénéficient de la moitié des charrues, “vont pouvoir travailler et se fatiguer moins. Elles feront plus du quart d’hectare habituel pour avoir quatre hectares”, affirme Dao, ajoutant: “Voir les femmes courbées avec un bébé au dos, c’est fini grâce à cette initiative”.

Mais, la mécanisation agricole n’intéresse qu’une infime minorité des ménages, seulement 0,15 pour cent environ. Sur le plan géographique, les taux d’équipement varient de 50 pour cent en région cotonnière à des niveaux de un à deux pour cent dans les autres zones du pays, indique le ministère de l’Agriculture.

Le secteur de l’agriculture contribue pour 40 pour cent au produit intérieur brut (PIB) du Burkina et les autorités espèrent, grâce à un fonds de mécanisation agricole, relever le taux d’équipement agricole de 30 pour cent en 2011 à 75 pour cent en 2015. En outre, depuis les manifestations contre la vie chère dans le pays en 2008, le gouvernement appuie à hauteur de sept milliards de francs CFA (environ 15,7 millions de dollars) les agriculteurs en intrants agricoles.

“Nous attendions cette opération depuis fort longtemps pour booster notre agriculture car avec la daba, nous ne pouvions pas faire mieux. Plus de 70 pour cent des producteurs utilisent la daba”, soutient Nimbnoma Sawadogo, le président des Chambres régionales d’agriculture du Burkina.

Lors du sommet du G20 en juin dernier, le président du Fonds international de développement agricole (FIDA), Kanayo Nwanze, avait averti que si on oublie les petits producteurs, cela aggraverait l’insécurité alimentaire et l’instabilité des prix des denrées.

Selon le FIDA, la hausse actuelle des prix des produits alimentaires a fait basculer 44 millions de personnes dans la pauvreté dans le monde, créant à nouveau une situation explosive. D'après de nombreuses études, la croissance du PIB agricole est deux fois plus efficace pour réduire la pauvreté que la croissance dans d'autres secteurs.

“Il faut encourager cette initiative qui profite aux familles. Nous sommes, par contre, opposés à celui qui, avec son argent, achète 150 hectares de terre et un Caterpillar pour terrasser tous les arbres et faire du coton ou du mais”, déclare Alfred Sawadogo, critiquant ainsi le choix des autorités d’encourager les opérateurs de l’agrobusiness, ces dernières années. “C’est une mauvaise agriculture qui va détruire notre environnement et nos terres qui ne peuvent pas supporter longtemps le travail des tracteurs. S’il n’y a pas d’accompagnement adéquat pour qu’il y ait de la fumure organique avec l’élevage pour enrichir les terres, les tracteurs vont transformer nos terres en sable”, avertit Sawadogo.