SOUDAN DU SUD: Assister à la naissance d’un nouveau pays

JUBA, 11 juil (IPS) – Macklina Kenyi, 33 ans, a fui le Soudan du Sud pour éviter d'être violée et enlevée par les rebelles pendant la guerre. Elle étudiait depuis ce temps au Kenya, mais le 9 juillet 2011, elle est retournée à Juba pour assister à la naissance de son pays.

En décembre, dès qu'elle terminera ses études de maîtrise, elle rentrera au pays afin d’aider à sa reconstruction. L’indépendance du Soudan du Sud était, a-t-elle déclaré, un rêve devenu réalité. “J'ai fui mon pays pour le Kenya afin d’aller à l'école et je suis heureuse que nous soyons désormais libres, et j’exhorte le nouveau gouvernement à respecter les femmes et à développer un système de justice qui soit équitable pour tous”, a souligné Kenyi.

“Je prépare une maîtrise en sciences politiques, des études sur les femmes et l’égalité des sexes et lorsque je finirai en décembre, je rentrerai afin d’aider à reconstruire mon pays. J'exhorte ceux d'entre nous de la diaspora à faire de même. Ce pays a besoin de nous”, a-t-elle indiqué.

Une panne d'électricité qui a duré 30 minutes a brièvement interrompu la fête de l’indépendance du Soudan du Sud organisée au stade Dr John Garang. C’était peut-être un rappel au nouveau régime des travaux urgents qui l’attendent dans la fourniture des services de base à ses citoyens pleins d'espoir.

Il était ironique que l’électricité soit coupée au moment où arrivait le tour du président soudanais, Omar Al-Bashir, de s’adresser à l’assemblée. Tout juste pendant qu’on annonçait Al-Bashir à la foule, le courant a été coupé. Mais dans les jours précédant l'indépendance, des coupures d'électricité à Juba étaient fréquentes et nombreuses.

Mais, les ténèbres n'ont pas refroidi l'humeur des Sud-Soudanais qui étaient sortis par milliers pour vivre ce moment historique. Ils chantaient des chansons patriotiques jusqu'à la remise de l’énergie électrique puis Al-Bashir s'est adressé à eux.

Pendant qu'il s’exprimait, un homme de la région du Darfour a brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire: “Al-Bashir recherché mort ou vivant”, mais il a été maîtrisé par les agents de sécurité et son affiche a été rapidement confisquée.

Al-Bashir avait envoyé un message au gouvernement du Soudan du Sud, déclarant qu'il a reconnu l'indépendance du nouveau pays.

“Je reconnais que le Soudan du Sud est un pays libre désormais et je salue son président, Salva Kiir, et son peuple. Continuons à travailler ensemble et à forger un avenir commun parce que nous avons beaucoup de choses en commun”, a-t-il indiqué le 9 juillet.

La fête a été marquée par de graves problèmes logistiques et de protocole, qui avaient pris trois jours pour accréditer les médias. Les festivités ont connu trois heures de retard, mais se sont bien déroulées par la suite.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a dit que son pays établirait de solides relations bilatérales avec le Soudan du Sud et l'aiderait à construire des institutions fortes pour bien gouverner son peuple.

La Grande-Bretagne est le premier pays à établir une ambassade et à nommer un ambassadeur à la tête de sa mission là-bas.

Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, a reconnu le nouvel Etat et a indiqué que l'ONU organisera bientôt une réunion pour discuter de l'adhésion du Soudan du Sud. “Nous sommes heureux que l'indépendance du Soudan du Sud ait montré que les conflits peuvent être réglés à l'amiable”, a-t-il déclaré. Il a exhorté le Soudan du Nord et du Sud à se lancer rapidement dans la résolution des parties restantes de l'Accord de paix global (APG) concernant Abyei, le Sud-Kordofan et le Nil Bleu.

Ses sentiments ont été repris par la représentante des Etats-Unis à l'ONU, Susan Rice, le chef de la délégation américaine au Soudan du Sud. Elle a exhorté Al-Bachir et Kiir à régler rapidement les questions liées à la souffrance humaine à Abyei, au Darfour, au Sud-Kordofan et au Nil Bleu.

“Ces questions doivent être réglées d'urgence pour instaurer une paix durable”, a-t-elle dit, exhortant les Sud-Soudanais à travailler pour s’assurer qu'ils embrassent la paix afin que ceux qui ont perdu leurs vies dans la guerre civile ne soient pas morts inutilement.

“Les Etats-Unis continueront d’appuyer le nouveau gouvernement afin qu’il établisse un régime qui respecte les droits humains, [qui] est transparent, responsable et capable de fournir d'autres services essentiels à tout son peuple”, a déclaré Rice.

Mwai Kibaki, le président du Kenya, a exhorté le nouvel Etat à œuvrer à l'amélioration de sa vie plutôt que d'aller à nouveau en guerre. Le Kenya a joué un rôle crucial en supervisant les négociations de paix qui ont abouti à la signature de l'APG en 2005. Le Kenya a également accueilli plusieurs réfugiés du Soudan du Sud.

Le président du parlement sud-soudanais, James Igga, a lu la déclaration que le parlement a récemment adoptée pour déclarer l'indépendance.

Il a ensuite fait prêter serment à Kiir comme le premier nouveau président du pays, qui a plus tard signé la constitution de transition. Kiir a indiqué qu'il était ravi que le pays soit désormais libre et a exhorté son peuple à travailler dur pour reconstruire la nation.

“Nous sommes désormais libres. Personne ne sait combien nous avons souffert durant le parcours. Nous avons été maltraités et qualifiés de citoyens de seconde classe. Nous devons pardonner, mais nous ne devons pas oublier”, a-t-il souligné. “Nous invitons le secteur privé à jouer un rôle de premier plan dans la reconstruction de notre pays. Nous avons tout ce qu’il faut pour transformer ce pays”, a-t-il ajouté.