SOUDAN: Le Sud-Kordofan – Un Etat de villes fantômes

KHARTOUM, 30 juin (IPS) – Pendant que les agences humanitaires essaient d'enterrer les cadavres éparpillés dans tout le Sud-Kordofan, au Soudan, l'aide aux milliers de personnes déplacées par les combats est lente puisque la commission des affaires humanitaires du pays a interdit à la plupart des agences de travailler dans la région.

Le 5 juin, de violents combats ont éclaté entre les forces fidèles au Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) et les Forces armées soudanaises (SAF) à Kadugli et dans d'autres villes de cet Etat. Kadugli est la capitale du Sud-Kordofan, l'un des 25 Etats du Soudan.

Depuis le début des combats, des bombardements aériens ont été effectués par les SAF, qui, selon les Nations Unies (ONU), ont entraîné le déplacement de 75.000 civils de Kadugli, de Kaunda et des régions environnantes avec le nombre qui augmente quotidiennement. En outre, 35.000 personnes devraient se diriger vers El Obeid, une ville dans le nord du Kordofan.

“Nous avons des informations selon lesquelles il est interdit aux Nubas d'entrer à El Obeid. Ils [les autorités] répartissent les déplacés selon l'ethnie et les Nubas sont (laissés) au milieu d’un endroit perdu, sous le soleil brûlant”, a indiqué Fatima* une militante des droits humains. Les Nubas, qui sont une minorité au Sud-Kordofan, sont soupçonnés d'avoir été ciblés dans les combats.

Des organisations et groupes de la société civile soudanaise appellent déjà à des dons de nourriture et envoient des camions remplis de vivres pour aider la population du Sud-Kordofan.

Pour venir en aide à cette population, certaines agences humanitaires, dans les limites de leur mandat, sont en train d’enterrer des cadavres éparpillés dans le Sud-Kordofan. Mais la Commission des affaires humanitaires (HAC), l'organe chargé de coordonner toutes les affaires humanitaires pour les organisations locales et internationales au Soudan, a interdit à la majorité de ces organisations de travailler là-bas.

“Nous avons tenu une réunion avec la HAC hier [28 juin] et nous leur avons demandé de nous autoriser à aider les personnes déplacées et ils ont dit qu'ils sont en train d’envoyer une mission d'enquête pour évaluer la situation. Je ne sais pas quand cela se produira”, a confié Suhaila*, qui travaille pour une organisation non gouvernementale de développement national à Khartoum.

Elle a affirmé qu'elle était préoccupée par la disponibilité des vivres dans la région. “C'est le moment où, avant que l'agriculture ne commence, les familles sont presque à court de vivres stockés et bon nombre de familles vivant dans des villes plus sécurisées hébergent des familles déplacées et partagent leur nourriture avec elles”, a déclaré Suhaila.

Beaucoup de personnes déplacées font des écoles publiques leurs maisons puisque l’été tire à sa fin et que la saison des pluies commence en juillet.

“Le gouvernement ne veut pas installer des camps pour les IDP (personnes déplacées internationalement), il a dit qu'il ne souhaite pas que cela se transforme en un autre Darfour, mais que ces gens ne peuvent pas simplement retourner dans leurs maisons. La situation se détériore”, a souligné Fatima.

En janvier, 10 Etats, qui composent la partie méridionale du Soudan, ont voté au cours d’un référendum pour décider s'ils veulent continuer à faire partie du nord ou à avoir un Etat séparé. Plus de 98 pour cent ont voté en faveur de la sécession.

Mais la situation sécuritaire dans l'Etat est devenue tendue après que Ahmed Haroun est élu gouverneur du Sud-Kordofan au cours d’une élection controversée organisée dans l’Etat en mai.

Haroun est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour pour son implication dans l'incitation à des attaques ainsi que dans l’armement et le recrutement de milices pour combattre l'insurrection. Haroun a battu Abdel Aziz Al Helow, le candidat du SPLM aux élections.

“Il est juste de dire que 75 pour cent des civils dans l'Etat sont des partisans du SPLM, mais ils se penchent vers le 'National Congress Party' (Parti du congrès national – NCP), le parti au pouvoir, parce qu'ils veulent survivre”, a déclaré Samira*, une employée de l’ONU.

Elle a indiqué qu’avant les élections, le SPLM a commencé à distribuer des dépliants – à travers des dames qui préparent le thé, des boulangers et des gens dans les marchés – qui prévenaient contre des conséquences désastreuses si le candidat du NCP était élu gouverneur.

Samira est venue travailler dans les bureaux des Nations Unies le 5 juin et a constaté que la plupart de ses collègues connus pour leurs sentiments pro-SPLM avaient déjà fui la ville.

“J'ai commencé à poser des questions et à me demander si quelque chose allait se produire. Les combats ont commencé ce jour-là et pour la première fois, il y eu une coupure de courant dans toute la ville.

“Notre seule option était de se cacher sous le lit ou près d'un mur parce qu’il faisait noir et il était difficile de localiser la provenance des coups de feu”, a expliqué Samira. Elle a été évacuée et est maintenant en sécurité à Khartoum avec sa famille. “J'ai vu beaucoup de femmes et d'enfants fuir la ville et je peux dire qu'ils ont marché pendant longtemps… Je ne pouvais pas arrêter de pleurer”, se rappelle Samira le jour où elle a été évacuée.

Mais les combats continuent et Suhaila affirme que selon les informations reçues de ses collègues qui travaillent au Sud-Kordofan, il y a eu des assassinats politiques.

*Les noms ont été modifiés pour protéger nos sources.