PARIS, 16 juin (IPS) – La “fatigue écolabel” s’installe puisque les systèmes de certification forestière verte sapent la bonne gestion des ressources forestières par le gouvernement tout en “écoblanchissant” l’appropriation, par le privé, de ces ressources publiques, affirment des critiques.
Le 'Forest Stewardship Council' (Conseil de soutien des forêts – FSC), créé en 1993, est un système internationalement reconnu pour la certification de la gestion responsable des forêts. Il vise à s’assurer que l'exploitation des bois et des plantations est durable, respecte la biodiversité et favorise le développement social et économique de ses ouvriers et des riverains, particulièrement en Afrique. Bon nombre des 13 pays africains où des forêts ont été certifiées comme conformes au FSC sont des pays à faible revenu. Au Kenya, à Madagascar ou en Tanzanie, par exemple, les avantages d’une gestion responsable des forêts pourraient être énormes pour une population essentiellement rurale. La plus grande étendue des forêts tropicales d'Afrique couvre le Bassin du Congo et le Cameroun, où des pratiques d'exploitation forestière, illégales ou destructrices, menacent non seulement l'environnement mais aussi les moyens de subsistance locaux. Ces enjeux significatifs expliquent pourquoi la surface du territoire certifié par le FSC dans les pays d’Afrique subsaharienne a plus que doublé, passant de trois millions d'hectares en avril 2008 à 7,6 millions d'hectares en avril 2011. Pourtant, des organisations africaines et internationales de la société civile se méfient de plus de ce que certaines organisations non gouvernementales (ONG) appellent “fatigue écolabel”, et particulièrement du système d'étiquetage du FSC. “Une telle certification affaiblit la résolution des Etats de bien gérer leurs forêts et leur faune”, prévient Sylvain Angerand, qui dirige la campagne pour la protection des forêts, pour la section française de l’ONG environnementale “Les Amis de la terre”. Pour être certifiée conforme au FSC, une forêt ou une plantation doit répondre à des critères environnementaux assurant une bonne préservation de la terre, mais elle doit également protéger les droits des ouvriers et des peuples autochtones. “Des sites d’une importance culturelle, écologique, économique ou religieuse pour les peuples autochtones doivent être clairement identifiés en coopération avec ces peuples, puis reconnus et protégés par les agents forestiers”, indique le critère 3.3 des Principes du FSC. Par ailleurs, le FSC stipule clairement qu'il “entend compléter, et non supplanter, les autres initiatives qui soutiennent la gestion responsable des forêts à travers le monde”. Mais, selon Angerand, “le projet donne une légitimité à la gestion industrielle des forêts en transférant la responsabilité des autorités publiques aux équipes privées; il est largement utilisé pour la valeur de son image et 'écoblanchit' plusieurs entreprises privées”. En conséquence, “la certification FSC n’est pas une garantie que la pauvreté des personnes vivant des forêts sera atténuée”, souligne-t-il. Cela a entraîné le retrait de l’appui de certaines ONG au projet, explique Virginie Leroux, qui a rédigé un rapport enquêtant sur les positions de la société civile sur les écolabels. “Des ONG estiment que les consommateurs se perdent et sont induits en erreur par la prolifération des initiatives d'étiquetage écologique. Elles soulignent les doutes que l'on peut avoir sur la qualité des étiquettes et de l’importance des procédures d'évaluation”, a-t-elle écrit. “Un nombre croissant d'ONG reconnaissent que le FSC est le système de certification des forêts le 'plus crédible' – mais [qu’il n’est] plus apparemment assez crédible pour être soutenu”, a-t-elle conclu. L’ONG 'Les Amis de la terre' d’Angleterre, du Pays de Galles et d’Irlande du Nord avait déclaré en septembre 2008 qu'elle ne reconnaîtrait plus la valeur de la certification FSC, selon Leroux. Le débat a pris un nouvel élan à la lumière des réglementations prévues dans l'Union européenne (UE) pour interdire l'importation et la vente du bois illégalement obtenu d’ici à 2013. “L'un des critères fondamentaux pour la certification FSC, c’est le respect des lois existantes”, explique Alison Kriscenski, directrice de communication au FSC. “Un renforcement de la législation de l'UE dans ce domaine est une excellente nouvelle”, ajoute-elle, puisque les importateurs sont tenus de s'appuyer encore plus sur les systèmes de certification pour démontrer que leur bois est d'origine légale. Mais cette perspective ne dissuade pas les critiques. “Le débat sur le bois d'origine légale et le bois d’origine illégale n’a pas d’importance”, rétorque Angerand. “Ce qui importe, c’est de savoir comment l'exploitation d'une forêt ou d’une plantation est durable, et comment elle contribue à la réduction de la pauvreté au niveau local. Dans certaines forêts certifiées, les taux de régénération sont loin d'être suffisants, et il y a souvent un cas extrême favorable à une gestion par la communauté, et non par l'industrie”, insiste-t-il. Cette tension se traduit parfois en des conflits sur le terrain. Angerand a été lui-même brièvement détenu par la police novembre 2010 alors qu'il tentait d’interviewer des anciens employés de la Congolaise industrielle des bois à Pokola, en République du Congo (Brazzaville). De même, Greenpeace a allégué en avril 2011 que plusieurs habitants ont été sévèrement battus et incarcérés par les forces de police à Yalisika, en République démocratique du Congo, alors qu'ils manifestaient contre ce que cette ONG environnementale décrit comme une absence de tout règlement de zonage délimitant les zones exploitées. (Voir l’article de l’ONG en anglais sur son site: http://www.congonow.org/newsarticle/greenpeace-reports-violence). Problématique encore, certaines de ces entreprises sont certifiées par le FSC. Les 7,5 millions d'hectares de forêts certifiées en Afrique constituent une petite portion du total mondial de 140 millions d'hectares certifiés par le FSC. Mais la croissance attendue sur le continent dans les mois à venir devrait, éventuellement, enfler la controverse.

