RD CONGO: Des brigades mixtes pour protéger la biodiversité des parcs

KINSHASA, 30 mai (IPS) – Rustique Avo Eka, commissaire du territoire de Mambassa, situé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), accuse des combattants des Forces armées congolaises (FARDC) et d’autres groupes militaires d’être les auteurs de l’abattage systématique d’animaux dans les parcs.

Dans un communiqué de presse du 18 mai dont copie est parvenue à IPS, le commissaire, qui déclare aller en guerre contre les officiers impliqués dans cette destruction de la faune congolaise, affirme: «Ces militaires et hommes armés s’attaquent aux okapis ainsi qu’aux éléphants et aux singes vivant dans les villages de Batanana, Binase, Mandombe et Bandengaido, (qui constituent un) prolongement du parc de Virunga».

Parmi les militaires accusés Avo Eka cite «les éléments de la 8ème brigade des FARDC basée au Nord-Kivu et d’autres venant de la 9ème brigade basée à Bafwasende, dans la Province orientale», dans l’est de la RDC. Petrus Viengele Ndongala, conseiller technique au ministère de l’Environnement, Tourisme et Conservation de la Nature, déclare à IPS: «Les buffles et les éléphants, dont les ivoires servent à un trafic illicite, constituent les cibles de premier choix pour ces militaires et groupes armés non contrôlés». Il ajoute que «le bilan actuel fait état d’une vingtaine d’éléphants et une centaine de singes abattus en l’espace de trois mois».

Selon Ndongala, «l’attaque contre les animaux dans le parc de Virunga est un vieux phénomène auquel il faut trouver une solution durable; de même que le nombre et les noms des militaires accusés sont connus».

«Les groupes armés les plus connus qui s’attaquent aux animaux et qui font le trafic des ivoires d’éléphants sont les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), les Maï-Maï et les Simba», a indiqué à IPS, Simplice Banga, défenseur des droits de l’Homme et habitant de Mambassa, un territoire situé entre le Nord-Kivu et la Province orientale.

Les FDLR sont une rébellion rwandaise ayant ses bases arrières dans l’est de la RDC tandis que les Maï-Maï et les Simba sont des groupes rebelles congolais accusés à plusieurs reprises par les Nations Unies et les défenseurs des droits de l’Homme d’être à la base de graves violations des droits humains dans la région des Grands Lacs. Des éléments des FDLR sont recherchés au Rwanda pour leur implication présumée dans le génocide de 1994 dans ce pays.

«Le risque de disparition d’espèces rares comme les éléphants de montagnes est réel», explique à IPS, Cosma Wilungula, administrateur délégué général de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), chargé de la gestion des parcs nationaux en RDC sous la direction du ministère de l’Environnement, Tourisme et Conservation de la Nature.

Selon Wilungula, «rien qu’au mois d’avril, une brigade congolaise de sécurité a intercepté 149 kilogrammes d’ivoire entre les mains des braconniers civils à Mambassa, prêts à aller les vendre à l’extérieur du pays».

Plutôt sceptique, Isidore Makita, un ingénieur agronome basé à Mambassa, affirme à IPS: «Les actions de l’ICCN resteront longtemps inefficaces parce que l’institut fonctionne essentiellement avec l’aide extérieure fournie par des organisations internationales dont la Coopération technique allemande (GTZ) qui apporte non seulement l’assistance technique, mais aussi l’équipement, la formation et les frais de fonctionnement, à en croire le document cadre de l’ICCN lui-même». Selon Matika, l’apport des partenaires extérieurs ne peut pas être durable et ne peut pas remplacer la contribution que l’Etat lui-même doit donner en tant que premier pourvoyeur des moyens pour ses propres services qu’il crée.

«Après plusieurs dénonciations infructueuses, le ministère de l’Environnement, Tourisme et Conservation de la Nature en collaboration avec le ministère de la Défense nationale ont mis en place des brigades mixtes renforcées composées des FARDC et des gardes formés par l’ICCN», selon Ndongala.

Et «pour renforcer les mesures administratives prises par le gouvernement afin de stopper ces attaques illégales contre les animaux, nous avons déployé (du 15 au 19 mai) un auditorat de garnison militaire à Mambassa pour instruire toutes les accusations et transmettre au juge les cas avérés pour condamnation», indique Maurice Lianza, auditeur militaire de garnison de Bunia, dans le district de l’Ituri, dans l’est du pays.

Selon Lianza, «le choix de la juridiction militaire a été fait à cause du fait que les accusés sont soit militaires soit détenteurs d’effets militaires parmi lesquels des armes de guerre dont ils se servent pour abattre les animaux dans le parc». Concernant la diversité des primates, la RDC vient en deuxième position au monde après le Brésil, avec 37 espèces et 18 genres. La forêt de l’Ituri, à elle seule, héberge par exemple 13 espèces de singes diurnes, un nombre inégalé par aucune autre forêt en Afrique, selon les spécialistes. La RDC a ratifié la convention CITES sur le Commerce international des espèces de faune et de la flore sauvage menacées d’extinction.