ISTANBUL, 17 mai (IPS) – Le verre n'est pas exactement à moitié plein, mais il n'est certainement pas non plus entièrement vide. Dans l'échec général de la 4ème Conférence de l’ONU sur les pays les moins avancés (PMA-IV), à Istanbul, plusieurs délégués prennent à cœur le front de renforcement de la coopération Sud-Sud qui a émergé.
Ce front n'a pas réussi à obtenir un accord commercial à la satisfaction des PMA. Mais des délégués estiment que l'acte actuel de négociations collectives et unifiées par le groupe les a mis dans une position plus forte pour négocier dans les années à venir. La conférence, qui a duré une semaine dans la grande ville turque, a pris fin le 13 mai. Toutefois, il ne fallait pas cacher la déception par rapport à la conférence. “Nous recherchions un programme d’action audacieux, tourné vers l’avenir et ambitieux”, a déclaré à IPS, Arjun Karki, président du Forum de la société civile à la PMA-IV. “Nous pensions que les Etats membres tireraient des leçons des échecs des trois conférences passées”.
La conférence sur les PMA, organisée par les Nations Unies, se tient tous les dix ans. Cela donne aux pays beaucoup de temps pour préparer des politiques progressistes en faveur des PMA – et puis juste une semaine pour les présenter. Le monde développé a largement échoué, en dépit des progrès réalisés au cours de cette conférence sur certains points.
“Nous recherchions vraiment une nouvelle architecture d'aide pour les PMA”, a indiqué Karki. “La structure actuelle n'aide vraiment pas les PMA. Cela est basé sur le principe du fondamentalisme du marché et des politiques néolibérales qui ont privatisé les bénéfices et nationalisé les pertes”.
Mais en regardant le bon côté des choses, Karki a dit que “nous sommes également encouragés par l'esprit politique des Etats membres PMA. Ils travaillent de façon unifiée, très soudée, et ils ont essayé de défendre leurs intérêts jusqu'à la toute dernière minute. Il y a donc certaines réalisations politiques en termes de développement et de renforcement du groupe des PMA en tant que bloc politique”.
Le partenariat entre les PMA et la société civile s'est vraiment amélioré, a affirmé Karki. “Alors, nous pouvons travailler ensemble en tant que groupe politique et comme un groupe de pression dans les jours à venir afin que nos voix soient entendues par les voix clés du développement qui élaborent les politiques et les programmes”.
Il y a des gains plus grands que d'autres soulignent, même si ceux-ci n'ont pas, au passage, montré un nouvel accord commercial rentable pour les PMA.
“[La coopération] Sud-Sud évolue réellement parce que le dernier rapport de la CNUCED [Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement] pour les pays les moins avancés, en 2010, indique que le Sud est désormais le principal marché pour les exportations des PMA”, a déclaré à IPS, Demba Moussa Dembélé, président de l’Observatoire PMA.
“Une grande partie des investissements étrangers directs reçus par les PMA vient du Sud”, a-t-il dit. “Non seulement en termes de ressources financières, mais aussi de transfert de technologie. Les entreprises émergentes deviennent de principaux acteurs dans les économies des PMA. Et les prêts accordés par les économies émergentes se font pour la plupart sur une base concessionnelle, ou sont des subventions”.
Cette nouvelle coopération a été fortement confirmée et renforcée au cours de la conférence d'Istanbul, a affirmé Dembele. “Nous aimerions faire pression pour une coopération Sud-Sud plus grande parce que selon nous, c'est une façon pour les PMA d'avoir une autonomie politique plus grande pour concevoir leurs propres politiques et formuler leurs propres priorités, ainsi que pour mettre en œuvre les politiques qui sont dans le meilleur intérêt de leurs citoyens”.
Un signe évident de progrès, c’est ce qui ne se produit pas, ou tout au moins n’est pas imposé avec tant d’assurance, pour coincer les PMA. Parmi ceux-ci, figurent les Accords de partenariat économique (APE) que l'Union européenne (UE) cherche à obtenir de nombreux pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). L'UE a réussi à forcer la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Fidji à signer déjà ces accords.
Il y a une unanimité généralisée parmi les pays pauvres contre de tels accords qui peuvent être sérieusement préjudiciables pour les économies des PMA dans le long terme. Le nouveau front Sud-Sud est un rempart contre de tels accords, observe Dembele.
“L'UE voulait imposer ces accords à l'Afrique en 2007”, a souligné Dembele. L'UE baisse désormais la pression “parce que l'UE constate que la connexion Sud-Sud devient de plus en plus forte, notamment à travers la Chine, l'Inde et le Brésil. Ces trois pays ont de très profondes relations financières et politiques avec l'Afrique. Et l'UE a donc peur de perdre son arrière-cour, économiquement parlant”.
Pour les PMA, cela signifie une nouvelle voie importante, dit-il. “Pendant 500 ans et plus, nous avons été maltraités par l'Europe. Cette coopération Sud-Sud constitue un air frais pour nous. Elle est magnifique pour notre libération – si, bien sûr, nous l’utilisons à bon escient”.

