LE CAP, 5 mai (IPS) – Toutes les minutes, quelque part dans le monde, un enfant devient aveugle selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Trois enfants pauvres sur cinq qui deviennent aveugles sont susceptibles de mourir dans l’intervalle de deux ans pour avoir perdu la vue – pourtant, la moitié des cas de cécité infantile est évitable.
L’Afrique subsaharienne est la région ayant la plus forte prévalence de la cécité au monde – 1,24 pour 1.000 enfants, comparativement à 0,8 en Inde et 0,3 en Europe. “Dans les pays d'Afrique orientale comme le Kenya et l'Ouganda, ainsi que la Zambie par exemple, la cause la plus fréquente de cécité infantile est la cataracte”, explique Dr Daniel Etya'ale, directeur exécutif pour l'Afrique de l'Agence internationale pour la prévention de la cécité (IAPB), et un membre du Comité directeur de l'Initiative Afrique d'ORBIS, une organisation à but non lucratif engagée à sauver la vue à travers le monde. Elle a travaillé dans 88 pays depuis sa création en 1982, y compris l'établissement de 28 centres pédiatriques de soins oculaires en Inde depuis 2007. Les enfants aveugles en Afrique subsaharienne sont confrontés à trois défis majeurs: “Premièrement, bon nombre ne sont pas atteints assez tôt pour une intervention réussie; deuxièmement, ces enfants sont extrêmement vulnérables – environ la moitié est susceptible de mourir dans l’intervalle de deux ou trois ans pour être devenus aveugles; troisièmement, il y a très peu d'infrastructures et d'aide médicale spécialisée à leur disposition”. Etya'ale affirme que le fort taux de mortalité chez les enfants aveugles peut être lié aux conditions médicales qui causent la cécité chez eux. La xérophtalmie, par exemple, est due à la carence en vitamine A, qui est également associée à la baisse de la capacité à combattre les infections. L'OMS recommande un centre pédiatrique ophtalmique pour dix millions de personnes. Mais l'Afrique subsaharienne en a beaucoup moins. L’Afrique du Sud seule dispose d’un tel centre – à l'Hôpital de la Croix-Rouge pour l'enfance au Cap; seuls 11 autres pays peuvent se vanter des installations pour les soins oculaires des enfants. Le professeur Colin Cook, chef de l'ophtalmologie à l'Université du Cap et à l’Hôpital de la Croix-Rouge, estime que les mesures préventives de la cécité infantile varient dans différentes régions, nécessitant parfois une intervention chirurgicale; parfois, les enfants ont besoin de lunettes, ou même des interventions de santé communautaires et primaires telles que la vaccination et la nutrition améliorée. Les cataractes congénitales ont été associées à la rubéole, une maladie de l'enfance, dans une proportion importante des cas de cataractes chez les enfants en Afrique du Sud, en Zambie et au Kenya; en réponse, des programmes de vaccination ont été renforcés pour s’assurer que les filles sont vaccinées contre la maladie avant l'âge de procréation. Les vaccinations permettent à la fois d’éviter la perte de la vue et de minimiser d’autres risques que la rubéole présente pour le développement des fœtus, comme la surdité et la malformation cardiaque. La détection et la correction précoces des troubles de la vision chez les enfants appellent à un système plus inclusif et plus global pour contrôler la santé oculaire aux niveaux communautaire, du district, et provincial; par exemple former des groupes de santé communautaires à faire de simples tests oculaires. “Chaque fois qu'ils constatent l’évidence d'une cataracte, ils peuvent immédiatement envoyer l'enfant pour un examen approprié qui peut être la différence entre une vie de misère, ou même la mort prématurée, et une vie pleine”, souligne Etya'ale. ORBIS utilise des outils phares tels que son Hôpital ophtalmologique volant, un hôpital ophtalmologique mobile formant des agents des hôpitaux à bord d'un avion DC-10, et le 'Cyber-Sight' (Cyber-vue), un programme de conseils et de formation en télémédecine, en ligne. Elle s'appuie sur 450 experts médicaux bénévoles pour apporter des soins oculaires et de la formation aux partenaires dans des pays en développement – plus de 12 millions de personnes ont reçu des soins et 260.000 professionnels de santé ont bénéficié d'une formation. Dr Hunter Cherwek est le directeur médical de l'Hôpital ophtalmologique volant et il admet que le dépistage précoce est essentiel, avec des enfants examinés chaque année dans le cadre d'un examen pédiatrique de routine. “Les dépistages scolaires sont importants, mais dans bon nombre d'endroits où nous allons, il n'existe aucun mécanisme pour examiner la vision, même pour les lunettes. Rien n'est en place”. ORBIS accueille 58 délégués de 15 pays au cours d'une conférence de deux jours au Cap, du 4 au 5 mai. Lene Øverland, directeur des programmes pour ORBIS en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique a déclaré: “Toutes ces personnes ont intérêt à fournir des services de soins oculaires à un niveau très élevé aux enfants du primaire et du supérieur. Nous voulons définir un plan sur la façon de travailler ensemble au cours des cinq prochaines années sur un modèle global pour combattre la cécité infantile évitable conformément aux Objectifs mondiaux de Vision 2020”. “La cécité et la pauvreté créent un cycle vicieux”, a indiqué Cherwek. “C'est comme un double coup, et il est presque impossible pour quelqu'un de surmonter les deux en tant qu’enfant. La restauration de la vision et la réhabilitation de la vue permettent de briser ce cycle pour la qualité de vie, et pour des répercussions financières”.

