ZIMBABWE: Des craintes pour la génération suivante de femmes leaders

BULAWAYO, 13 avr (IPS) – Les femmes vétérans de la politique au Zimbabwe craignent qu'il n'y ait pas de femmes plus jeunes émergentes pour les remplacer. Les mesures visant à améliorer la représentation des femmes ont peu prospéré et les jeunes femmes sont absentes des points traditionnels d'entrée en politique.

Tabitha Khumalo, porte-parole adjointe nationale du Mouvement pour le changement démocratique du Premier ministre Morgan Tsvangirai (MDC-T), déclare qu'aucun des partis politiques du pays n’a fait beaucoup d'efforts pour encourager et soutenir les femmes en politique. Khumalo, qui a été une chef d’équipe de la réforme constitutionnelle pour le MDC-T, affirme que la lenteur dans le processus de d’élaboration d'une nouvelle constitution, y compris des consultations nationales avec le public, représente une occasion manquée. “Je suis déçue par le manque de capacitation des femmes au cours de cet exercice (de réforme constitutionnelle)”, a-t-elle indiqué à IPS. “Les partis politiques se sont uniquement concentrés sur la représentation proportionnelle, mais ils ont oublié de dire si celle-ci se ferait sur mérite. Il ne suffit pas de dire que les femmes doivent avoir les mêmes créneaux que les hommes et s’en arrêter là”, a-t-elle souligné. Cette femme vétéran de la politique indique qu'il existe quelques femmes puissantes et actives en politique au Zimbabwe. “Nous avons une poignée de femmes, comme Gladys Dube, par exemple, qui se sont imposées pour changer la couleur à la fois de la rédaction de la constitution et de la politique locale. Mais ce sont toujours les mêmes femmes qui sont appelées à porter différentes casquettes. Alors qu’est-ce qui se passera lorsque nous serons vieilles et s’il n'y a pas de jeunes femmes pour prendre la relève?”, demande Khumalo. (Dube est la sénatrice du MDC-T pour Mabutweni, une banlieue de la classe ouvrière pauvre de Bulawayo, dans le sud du pays, et est également la vice-présidente de la Commission parlementaire pour la rédaction de la constitution). Mais elle ne voit pas beaucoup de femmes œuvrer pour entrer dans les structures des partis politiques aujourd'hui. “Certaines d'entre nous sont du mouvement syndical, et le nôtre est une route moins fréquentée par les femmes”, a-t-elle déclaré. “Nous avons été arrêtées et atteindre ce niveau n'a pas été une marche facile. Je crois que nous avons encore besoin d'avoir une implication plus active des femmes dans la politique nationale malgré les défis qui s’imposent”. Khumalo dit qu'aucun accent n’a été mis sur le recrutement des jeunes femmes de niveau universitaire dans les milieux politiques, ce qui signifie qu'il n'y a pas de continuité dans la préparation de plus de femmes au mouvement politique au Zimbabwe. Ces points de vue ont été repris par Sylvia Chiume, une experte en genre et une universitaire qui estime que la nature et l'histoire de la politique locale n'ont pas encouragé les jeunes femmes à suivre cette voie. “Cela peut se voir même avec l'activisme estudiantin dans les universités. Elles ne sont pas nombreuses les filles qui mettent le gant et on sait que les politiciens au Zimbabwe leur coupent les dents sur les campus universitaires dans leur lutte pour les droits des étudiants”, a déclaré Chiume. Un bon nombre d’anciens politiciens qui font partie de la coalition ont leurs racines dans la politique estudiantine, et les noms célèbres comprennent le vice-Premier ministre, Arthur Mutambara, et le ministre des Finances, Tendai Biti, deux produits du Conseil représentatif des étudiants de l’Université du Zimbabwe. “On encourage peu les filles à se battre pour leurs droits et je pense que tout cela remonte à notre bagage culturel, même si on parle toujours de l'émancipation des femmes”, a indiqué Chiume. “Changer ces attitudes prendra plus de temps que prévu, mais cela ne signifie pas que nous ne devrions pas continuer de faire pression”. Khumalo croit que les programmes universitaires devraient encourager les étudiantes à s’intéresser à la politique, ajoutant que “des synergies doivent être créées” entre différentes tendances politiques si les intérêts des femmes doivent avoir une représentation plus large. Fidélités au parti, toujours un facteur qui divise Le paysage politique du Zimbabwe a été émaillé de loyautés politiques féroces et des militants disent que cela a divisé les femmes et présenté différents modèles sur des questions qui les touchent. “Le problème est qu'il y a un 'syndrome de moi et de moi-même', où certaines politiciennes veulent être louées pour avoir soutenu la cause des femmes alors que nous devrions être unies pour changer les perceptions que les hommes ont de nous. C’est vrai que certains politiciens ne nous prennent pas au sérieux à cause de cela”, a souligné Khumalo. “Nous sommes unies par les mêmes rôles et devoirs en tant que femmes zimbabwéennes; nous sommes touchées par les mêmes questions de la santé de reproduction et il ne devrait y avoir aucune perception si une femme déclare qu'elles (ces questions) représentent une circonscription électorale hostile”, a-t-elle affirmé. Il reste un voyage ardu pour les femmes en politique ici, et comme le dit Khumalo, “si la maternité est considérée comme un devoir national, alors les femmes doivent aussi avoir une voix dans la politique nationale”.