KENYA: L’énergie durable au cœur des bidonvilles

NAIROBI, 13 avr (IPS) – Le 'Katwekera Tosha Bio Centre' (un centre biologique) est un centre communautaire à Kiberia, un bidonville de Nairobi, qui va bien au-delà de la résolution des problèmes d’assainissement – c’est un modèle d’énergie verte, un lieu de rencontre pour les habitants, qui génère un profit pour ses exploitants.

Le centre est construit sur la matière qui va dans les toilettes. Les systèmes d’assainissement épouvantables disponibles pour les centaines de milliers d’habitants de Kiberia, souvent désigné comme le plus grand bidonville d’Afrique, ont été bien étudiés. Le défi de l’énergie domestique pour les citadins pauvres est moins évoqué que les tristement célèbres toilettes volantes – des sacs remplis de matières fécales jetés le plus loin possible, attention les voisins! Le coût élevé et croissant du combustible – le kérosène, le pétrole lampant, le charbon, le bois de chauffage – fait un énorme trou dans le revenu des ménages pauvres. L’utilisation des sources d’énergie polluantes dans des espaces fermés occasionne une charge supplémentaire au détriment de la santé des pauvres; les implications environnementales plus larges des combustibles fossiles ou la combustion inefficace de la biomasse aboutissent à une comptabilité morose. Chaque défi, une opportunité “Le 'Umande Trust' est une agence fondée sur les droits, qui croit que les ressources modestes, stratégiquement investies en appui aux initiatives communautaires, peuvent améliorer considérablement l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous”, déclare Paul Muchire, le directeur de communication du Trust. Cet énoncé de mission a orienté le Trust vers des partenariats avec des organisations communautaires pour améliorer les conditions de vie des gens dans des endroits comme Kiberia. Le Trust a d’abord eu l’intention de construire des toilettes et des salles de bain, mais avait une vision plus large: TOSHA, “L’Accès total à l’assainissement et à l’hygiène”, était né. “L’idée était d’exploiter le biogaz provenant de ces toilettes pour fournir l’énergie domestique qui pourrait être utilisée par la communauté dans la préparation de leurs divers repas”, affirme David Kihara, qui est chargé de la gestion commerciale du 'Katwekera Tosha Bio Centre'. Kihara gère le côté commercial du 'Katwekera Tosha Bio Centre'. Le centre a des toilettes et des salles de bain au rez-de-chaussée – les toilettes sont connectées à un bio-digesteur, avec un réservoir en forme de dôme dans lequel le biogaz est produit. Les matières fécales brutes provenant des toilettes coulent dedans et les bactéries les décomposent, libérant du méthane qui s’accumule en haut du réservoir en forme de dôme. “Un tuyau est ensuite raccordé à ces toilettes et connecté au premier étage, où est installée la zone de cuisson”, explique Kihara. Le gaz est acheminé dans des fourneaux collectifs à un étage plus haut – et il est généralement suffisant pour que les membres de la communauté cuisinent pendant toute la journée. “Nous payons un prix forfaitaire très réduit pour tout repas que nous aimerions préparer. C’est une source d’énergie beaucoup moins chère et nous cuisinons sur la base du 'premier arrivé, premier servi'”, déclare une habitante de la région, Nina Oyaro. Plus que simplement fonctionnel Muchire explique que le centre est destiné à être beaucoup plus qu’un lieu utilitaire où les gens peuvent se soulager, prendre un bain ou cuisiner. “Ce sont des centres destinés à beaucoup de choses. Nous avons renforcé la capacité des organisations communautaires liées aux différents centres biologiques à un niveau où elles peuvent pleinement exploiter l’espace où se trouve ces centres”. Il est laissé à la communauté de décider du type d’entreprise à établir à l’étage supérieur. “Des centres biologiques ont installé de DSTV [une télévision par satellite], où les gens peuvent venir regarder les matchs en payant, comme c’est le cas avec Katwekera Tosha”, affirme Otieno Owour, un autre habitant. Muchire dit que les centres sont devenus des endroits importants pour échanger des informations aussi, comme on peut le voir à partir des affiches alignées sur les murs communiquant un message ou un autre. “Ils ne sont pas de simples cuisines communautaires, mais également des lieux de rencontre où les gens peuvent tranquillement passer la soirée après une longue journée de travail”, ajoute Muchire. D’un point de vue commercial, les bénéfices provenant de ces centres sont également importants. Katwekera Tosha gagne entre 350 et 650 dollars de bénéfice mensuel. Cet argent profite aux habitants qui sont inscrits auprès de l’organisation communautaire. Le centre ouvre à 5h30 et ferme vers 23heures. Muchire aimerait étendre ces heures: “La situation idéale serait de travailler pendant 24 heures, mais l’insécurité dans les bidonvilles est une réalité”. C’est peut-être le prochain défi pour la communauté et 'Umande Trust'. Les centres comme Katwekera Tosha constituent un pas géant, durable vers l’assurance d’une sécurité énergétique pour les habitants de bidonville.