NAIROBI, 26 mars (IPS) – 'Ushiriki Wa Safi', une organisation communautaire dans le bidonville de Kibera, au Kenya, a entrepris d’enlever les ordures et de s’occuper des eaux usées; elle a fini par créer une cuisinière communautaire qui transforme les déchets en une source d’énergie.
Des égouts à ciel ouvert et des tas d’ordures constituent la même scène bien connue dans la plupart des quartiers urbains les plus pauvres du Kenya. Les autorités locales sont invisibles dans la plupart de ces bidonvilles, et une mauvaise hygiène publique ainsi que l’absence d’assainissement laissent les habitants se débrouiller pour garder un niveau de propreté et maîtriser des maladies comme la diarrhée. Mais certains ont vu cela comme une opportunité pour opérer un changement dans les communautés. 'Ushirika Wa Safi' – (traduit librement, ce nom signifie “une association de maintien de la propreté” en swahili) – a été créée pour faire face au problème des ordures à Laini Saba, l’un des 13 villages qui constituent le bidonville de Kibera, souvent décrit comme le plus vaste d’Afrique. Cette organisation communautaire est parvenue à une solution remarquable sous forme d’une cuisinière communautaire qui transforme les ordures en énergie. C’est un projet de recyclage qui transforme la vie des habitants locaux. Découvrir les merveilles de la “cuisinière” “Lorsque nous avons démarré cette organisation communautaire, l’idée était de commencer un projet qui pouvait aider à garder l’environnement propre. Nous avons donc commencé à construire des tranchées dans lesquelles les gens pouvaient verser les eaux souillées. Ensuite, nous avons divisé Laini Saba en quatre zones et chaque zone se réunissait une fois par semaine pour ramasser et brûler les ordures”, indique Bernand Asanya, le directeur du projet. Les quatre zones se réunissaient tous les trois mois pour un exercice de nettoyage général. Cette approche a semblé satisfaisante pendant un moment et avec le temps, les gens ont commencé à jeter des ordures dans les tranchées destinées aux eaux souillées. Cela constituait un nouveau problème puisque les tranchées ont commencé à paraître et à sentir comme des égouts à ciel ouvert. C’est à ce moment que 'Ushirika Wa Usafi' a décidé de faire une expérience en parvenant à une chaudière d’ordures brûlées qui fournirait de l’eau chaude pour le bain. “Nous avions déjà construit des toilettes et salles de bain pour lesquelles la communauté paie quelques shillings pour déféquer ou se laver. La réalité à Laini Saba, comme c’est le cas dans la plupart des bidonvilles, est qu’il n’y a ni toilettes ni salles de bain. Les gens se lavent dans leurs petites maisons et défèquent dans des sacs plastiques”, explique Asanya. Transformer la vie des pauvres Mais lorsqu’ils ont présenté leur idée à 'Planning Systems Services Limited' (PLANNING) – un groupe d’architectes internationaux – pour qu’il les aide à développer un plan, leur idée a évolué en un projet-pilote qui a transformé la vie de plusieurs habitants du village de Laini Saba. Les architectes ont proposé qu’au lieu de développer un incinérateur qui chaufferait seulement de l’eau pour se laver, ils pourraient développer une cuisinière communautaire où les habitants paient un prix fixe pour cuire leurs aliments. Comme par hasard, le président de PLANNING, Jim Archer, développait un plan pour faire face à la gestion des déchets en Afrique et était déterminé à collaborer avec l’organisation communautaire. “Par conséquent, nous avons tout recommencé et avons acheté 500 sacs en nylon. Nous avons ensuite approché le chef local avec notre idée et il nous a aidés à organiser une réunion avec les habitants du coin. Au cours de cette rencontre, nous avons communiqué notre intention de maintenir la propreté et également de construire une cuisinière communautaire”, ajoute Asanya. Les sacs ont été distribués aux gens avec les instructions selon lesquelles dès que le sac est rempli, l’organisation communautaire, avec l’aide d’un groupe de jeunes gens, passeraient pour ramasser les ordures dans une brouette, et retourneraient immédiatement le sac au propriétaire. Les ordures seraient ensuite déposées sur le site du projet pour être triées. “Nous ne brûlons pas tout”, déclare Asanya. “Nous vendons une partie des ordures comme de la ferraille et nous y gagnons de l’argent. Les matières qui peuvent être brûlées sont ensuite acheminées dans la cuisinière et utilisées pour produire de la chaleur”. Changement des vies “Cette cuisinière communautaire a changé notre vie. Pour une modique somme, je peux préparer le repas de mon choix, cuire au four et même prendre un bain chaud dans les salles de bain adjacentes pendant que j’attends que ma nourriture cuise”, confie Nora Kaseu, une bénéficiaire. Pour garder les ordures en combustion, on emploie une quantité de diesel utilisé, qui aurait pu être jeté d’une manière qui nuit davantage à l’environnement. Au fond de la cuisinière se trouve une plaque métallique, sur laquelle une goutte d’eau et une goutte de diesel sont déposées au même moment et en quantité égale pour produire continuellement des étincelles qui permettent aux ordures de continuer à brûler. L’organisation communautaire a employé un gardien qui veille toujours à ce que la cuisinière continue à brûler. Ce qui apparaissait comme une situation impossible de maîtrise des ordures a conduit à la création d’emploi pour des jeunes qui ramassent les déchets, ainsi que pour les gardiens qui travaillent sur le site du projet. Cela a donné à la communauté une manière écologique de se débarrasser des déchets. Daina Waithera, une habitante, affirme que comparativement à d’autres sources de combustible, cela se révèle assez économique: “Les cendres provenant des cuisinières sont également utiles. Elles sont ramassées par les gens qui ont des latrines à fosse à la maison pour éliminer les mauvaises odeurs et empêcher les matières fécales de monter à la surface”.

