DROITS-NIGERIA: Les Femmes Exigent Des Réformes Constitutionnelles

ABUJA, 10 déc. (IPS) – Les femmes représentent environ 50 pour
cent des 110
millions d'habitants que compte le Nigeria. Elles réclament
maintenant des
réformes constitutionnelles destinées à créer un système
démocratique
durable et sensible à leurs problèmes.

Les femmes du Nigeria ont récemment pris part à Abuja, capitale
fédérale, à
une réunion qui a duré trois jours. Leurs représentantes ont
proposé une
trentaine d'amendements au projet de Constitution de 1995,
projet soumis aux
discussions le mois dernier par le chef d'Etat, le général
Abdulsalaam
Abubakar.
Dans un mémorandum de quatre pages préparé par un groupe
d'experts présidé
par Jadesola Akande du Centre de Recherche et de Promotion de la
Condition
Féminine, les femmes ont formulé un certain nombre de requêtes
portant
notamment sur leur nomination à de hauts postes de
responsabilité dans le
Gouvernement.
"Pour que le Nigeria occupe la place qu'il mérite dans le
concert des
nations, un tiers des postes faisant l'objet d'une nomination ou
d'une
élection doit être réservé aux femmes, que ce soit au niveau du
gouvernement
fédéral, des 36 Etats de la Fédération ou des administrations
locales",
ont-elles proposé.
Akande, la directrice exécutive du centre, a également exigé
l'habilitation
“des femmes et des autres groupes défavorisés sur le plan
économique".
Les femmes nigérianes se sont plaint de la discrimination
croissante dont
elles sont victimes. Elles ont notamment exprimé leur désir de
jouir des
avantages du droit de la succession en cas de décès de leurs
époux. Elles
ont également souhaité bénéficier du droit de se porter garantes
en cas de
nécessité. Les femmes se préoccupent aussi des dispositions
constitutionnelles interdisant la double nationalité. Les femmes
ont
présenté leurs amendements devant un comité de 24 membres
présidé par le
juge Niki Tobi.
Akande a indiqué que l'interdiction de la double nationalité
'privera des
milliers de jeunes professionnels nigérians expatriés, du droit
de vote'.
Ceux-ci ont dû s'exiler suite de la récession économique causée
par
l'introduction du Programme d'Ajustement Structurel (PAS). C'est
entre 1985
et 1993, sous le régime militaire de l'ancien Président Ibrahim
Babangida,
que le PAS fut introduit au Nigeria.
Jadesola Akande s'est opposée à l'interdiction de la double
nationalité, et
a plutôt proposé qu'une clause soit insérée dans le projet de
Constitution
pour reconnaître "toute femme qui est ou qui a été une fois
mariée à un
citoyen nigérian, afin qu'elle jouisse des droits et des
privilèges accordés
aux citoyens nigérians".
Les pratiques culturelles barbares qui nuisent à la santé des
femmes, ont
également été dénoncées. Les femmes ont indiqué qu'elles "ne
permettront
pas qu'on soumette qui que ce soit aux pratiques culturelles ou
traditionnelles dégradantes et contraires à la dignité
humaine".
"Tout individu a le droit de veiller à l'élimination des
pratiques
traditionnelles barbares, qui constituent une menace pour la vie
et la
dignité humaine", a annoncé Akande.
Il s'agit notamment de l'excision, des mariages imposés aux
mineurs et des
traitements dégradants souvent infligés aux veuves nigérianes.
Les femmes ont par ailleurs préconisé la création d'une
"commission chargée
de l'égalité des sexes". Ladite commission surveillera
l'application des
dispositions constitutionnelles relatives à l'égalité des sexes
ainsi que
l'application de la politique nationale vis-à-vis des femmes".
Zainab Maina, la présidente du Conseil National des
Organisations Féminines,
a dit lors de la réunion d'Abuja que malgré le rôle joué par les
femmes
nigérianes dans la lutte pour l'indépendance, le "principe du
suffrage
adulte mentionné dans la Constitution post-coloniale, n'est
toujours pas
respecté dans le Nord du pays".
"Il a fallu attendre 18 années après l'indépendance, avant que
les femmes
nigérianes ne soient autorisées à exercer leur droit de vote et
d'éligibilité”, a-t-elle conclu.