MOPTI, Mali, 19 mars (IPS) – L’économie des zones touristiques du Mali est de plus en plus affectée, alors que de nouveaux signes montrent l’expansion de la menace terroriste d’Al Qaïda contre les Occidentaux dans le pays. A Mopti, la chute des arrivées de touristes se fait sentir sur toute la chaîne de l’activité touristique.
Au petit port fluvial de la ville de Mopti (au centre du Mali), une trentaine de pirogues traditionnelles – aménagées et dotées de moteurs pour la promenade des touristes – mouillent, désespérément vides. En face, plus loin sur la jetée, des vendeurs d’œuvres d’art se baladent devant un hôtel au style architectural local. Parfois, ils apostrophent les rares touristes occidentaux de passage. «Les affaires ne marchent pas parce qu’il y a moins de touristes cette année. Je n’ai rien vendu aujourd’hui, et pourtant la saison touristique n’est pas finie», a déclaré à IPS, Dramane Traoré, un vendeur de colliers traditionnels. D’ordinaire, pendant la saison touristique (d’octobre à mars), ce marchand estime qu’il peut gagner plus de 10.000 francs CFA par jour (environ 20 dollars). Mais les agissements d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) commencent à fermer cette manne financière. Le secteur du tourisme malien a commencé à souffrir des enlèvements occidentaux après la prise en otage de certains ressortissants français en 2010. «La France qui émet le plus grand nombre de touristes venant au Mali, a commencé à déconseiller à ses citoyens des zones du territoire malien dont la région de Mopti, classée dans la zone orange. Ce n’est pas normal, car aucun touriste n’a été enlevé dans la région», a indiqué à IPS, Gaoussou Sidibé, guide touristique à Mopti. Depuis que certaines de ces prises d’otages ont fini en drames comme l’exécution des Français Michel Germaneau (juillet 2010), Antoine de Léocour et Vincent Delory (janvier 2011), les arrivées de touristes occidentaux au Mali ont commencé à baisser. Les deux derniers otages ont été enlevés à Niamey, au Niger, mais tués dans une course poursuite vers la frontière malienne. Pour ne rien arranger à cette mauvaise publicité, la menace vient de franchir un nouveau pas. Au début de ce mois de mars, l’ambassade des Etats-Unis à Bamako a mis en garde contre la possibilité de nouveaux enlèvements d’Occidentaux dans la capitale malienne. De nombreuses entreprises, qui se sont créées dans la ville de Mopti grâce au tourisme, font des chiffres d’affaires élevés pendant la saison touristique. Mais, la fuite des touristes réduit leur marge bénéficiaire. «De novembre 2010 à maintenant, j’ai fait 46 pour cent de mon chiffre d’affaires habituel. Avant que la crise ne commence, j’ai fait neuf millions FCFA (environ 18.000 dollars) pendant le seul mois de février 2010. Cette année, dans le même mois, j’ai fait seulement deux millions FCFA (environ 4.000 dollars)», a raconté à IPS, Dominique Lusardy, promotrice d’un hôtel à Mopti. Pourtant, l’activité touristique au Mali était en pleine expansion. De 2002 à 2007, les recettes du tourisme de la région sont passées de 20 milliards FCFA (40 millions de dollars) à 120 milliards FCFA (240 millions de dollars) par an, selon une étude menée en 2008 par l’Assemblée régionale, dans le cadre de l'élaboration d'un schéma de développement du tourisme pour la période 2009-2013. L’étude indique qu’un emploi direct, créé dans le secteur, crée deux emplois indirects. Selon le schéma, 122 actions ont été proposées par les acteurs du développement touristique de la région en vue de la relance définitive de leur activité. “A l’issue de cet important exercice, les populations de la région de Mopti fondent désormais davantage d’espoirs sur l’activité touristique qui devra croître en vue de l’amélioration de la qualité de vie des populations de cette merveilleuse destination touristique”, indique le schéma. La persistance de la crise actuelle risque de plonger davantage dans la pauvreté cette région qui vit essentiellement d'agriculture, de pêche, de commerce, mais surtout du tourisme. «Les conséquences de l'arrêt du tourisme sont énormes, n'épargnant personne: les infrastructures hôtelières sont au bord de l'asphyxie. Certains envisagent déjà de fermer et commencent à licencier une partie de leur personnel», explique Lusardy. Une démarche collective a été engagée par des opérateurs économiques en difficulté auprès des autorités maliennes pour mettre en place des mesures exceptionnelles de soutien aux entreprises vivant du tourisme. «Début mars, nous avons envoyé une lettre au ministre du Budget pour lui demander une exonération d’impôts en 2011», a indiqué Sidibé à IPS. Le ministre malien du Budget, Laciné Bouaré, qui était de passage à Mopti du 2 au 6 mars, a déclaré à la presse que «le gouvernement examinera la situation des opérateurs économiques du secteur du tourisme afin de les soutenir». Seggny Diarra, un agent du bureau local de l’Office malien de l’hôtellerie et du tourisme (OMATHO), a annoncé que beaucoup de centres hébergements ruraux, les campements, ont été créés grâce au tourisme. «Ces établissements permettent aux familles et aux villages d'avoir un complément de revenu indispensable. Mais, tous les efforts pour construire une filière de développement à long terme, sont en passe d’être compromis», a-t-il dit à IPS. Le rapport 2010 de l’OMATHO affirme que le «cumul annuel des statistiques, prouve que les touristes en général ont moins séjourné en 2010 par rapport à 2009, puisque les arrivées et les nuitées de 2010 sont nettement inférieures à celles de 2009». Le rapport indique que les arrivées de touristes dans la région en 2010 se chiffrent à 29.234 personnes contre 36.278 en 2009.

