BOTSWANA: Présidente du parlement, une femme très aimée

GABORONE, 18 mars (IPS) – Cela aurait été difficile pour Margaret Nnananyana Nasha, une adolescente, d’imaginer qu’elle grandirait pour devenir l’une des plus puissantes figures dans le gouvernement du Botswana.

Au début des années 1960, alors que le pays opérait la transition vers l’indépendance, il n’y avait aucune femme dans le gouvernement du Botswana. Aujourd’hui, Nasha est la première femme présidente de l’Assemblée nationale et figure parmi les trois citoyens les plus puissants du pays. Michael Dingake, un ancien député de l’opposition et aujourd’hui chroniqueur du journal privé 'Mmegi', décrit Nasha comme une “femme audacieuse et pleine d’assurance, dont le calibre est rare au Botswana”. Il affirme qu’elle “a résisté au défi de travailler avec les hommes pendant plusieurs années et est une personne très ouverte”. Il se souvient affectueusement du moment où il a critiqué Nasha dans l’une de ses chroniques. “Lorsque nous nous sommes rencontrés, le torchon ne brûlait pas vraiment entre nous et aujourd’hui, nous demeurons de bons amis”. Travail acharné et détermination Peut-être, en y réfléchissant, il y avait quelques premiers signes de son ascension future. Durant ses années au secondaire, elle n’avait jamais rêvé qu’elle deviendrait politicienne. Nasha a grandi parmi 10 frères et sœurs dans le village de Kanye où elle a fait ses études primaires et secondaires. Elle était encore une jeune fille quand son père est décédé. Mais, sa mère a veillé à ce qu’elle et ses frères et sœurs soient tous maintenus à l’école. A l’époque, déclare Nasha, l’éducation n’était pas considérée comme très importante – particulièrement pour les filles. Au mieux, on envoyait les jeunes femmes à l’école pour apprendre à lire et à écrire. “Cela se faisait pour s’assurer qu’elles pouvaient communiquer avec leurs maris qui étaient des ouvriers migrants dans des mines sud-africaines. L’idée était que vous devriez pouvoir lire une lettre venant de votre mari et lui répondre”, explique Nasha. Même dans une famille bénie avec beaucoup de bovins, Nasha affirme que sa mère a lutté pour convaincre ses frères aînés d’en vendre un ou deux pour payer les frais de scolarité de leurs sœurs. “Ils étaient très difficiles et ils ne pouvaient pas comprendre pourquoi il faudrait vendre le bétail. Ils ne voyaient aucune importance dans notre éducation et nous rappelaient toujours que nous nous marierions pour réussir dans la vie”. Mais sa mère a eu le dessus, et après avoir terminé le secondaire, Nasha a migré vers Gaborone, la capitale, où elle a obtenu son premier emploi: dans les studios de la Radio Botswana. “J’ai eu de la passion pour la radiodiffusion et cette relation d’amour a duré plusieurs années, avant que je n’aille à l’Université de Botswana pour étudier les sciences humaines”. A la fin des études, elle est retournée à la Radio Botswana où elle a rejoint la salle de rédaction. Son nouvel emploi couvrait la politique et on lui a attribué la rubrique parlementaire. “C’est ici que j’ai développé mon intérêt pour la politique et j’avais le sentiment que je pouvais changer les choses et faire mieux”, indique-t-elle. Au service du gouvernement Elle n’est cependant pas entrée directement dans la politique, elle a d’abord rejoint le corps diplomatique. “J’ai passé un temps court dans le service diplomatique, environ quatre ans”. Elle a certainement fait un travail assez bon pour être remarquée. Elle a été nommée au parlement en 1994 – l’Assemblée du Botswana comprend quatre sièges pourvus directement par le président de la République – et quelques années plus tard, elle a été nommée ministre de l’Administration locale, des Terres et de l’Habitat – l’un des ministères les plus difficiles à gérer, puisqu’il constitue quasiment un gouvernement pour les régions rurales du pays. Nasha a bien travaillé là-bas. En 1999, elle a remporté les élections à 'Gaborone Central' et a conservé son poste de ministre. La courbe de sa carrière, constamment ascendante, a subitement baissé pour la première fois lorsqu’elle a perdu son siège aux élections générales de 2004, mais le président Festus Mogae l’a ramenée au parlement par une nomination spéciale. “Durant cette période, j’ai senti que j’aurais dû quitter, mais j’avais un intérêt particulier à être présidente de l’Assemblée nationale, un poste qui comprend beaucoup de défis”, affirme-t-elle. “Pour être élu à ce poste, vous devez faire pression sur tous les candidats issus des différentes tendances politiques. “J’ai fait cela pendant trois ans, téléphonant à tous les candidats pour plaider pour leur soutien”, dit-elle. Il y avait seulement cinq femmes députées dans ce parlement de 61 membres, mais elle ne pouvait pas compter sur leur soutien. “Les femmes ne se soutiennent pas dans les postes de pouvoir et une fois que vous dévoilez votre intention de postuler à un poste, elles commencent à faire des commérages sur vous”, déclare-t-elle. Les femmes progressent dans les affaires Les activistes pour l’égalité des sexes se sont longtemps plaints que la faible représentation des femmes est un sérieux problème dans tous les partis politiques dans le pays et exigent de grands changements dans la répartition des postes au sein d’un parti. Selon l’Institut électoral d’Afrique australe (EISA), sur un total de 61 sièges, seulement quatre étaient occupés par des femmes. Mais les femmes botswanaises font de grands progrès dans le secteur privé. Le pays a été récemment loué par 'Grant Thornton International Business Report' (IBR), un groupe de recherche sur le commerce international. Selon les recherches provenant du rapport de 2011, “le Botswana occupe un rang élevé dans le classement des pays reconnus pour la participation des femmes aux postes de haut niveau”. Les statistiques de IBR indiquent une augmentation du nombre de femmes dans les hautes fonctions au Botswana, de 25 pour cent en 2009 à 32 pour cent en 2010. Lorsque Nasha prêtait serment en tant que présidente de l’Assemblée nationale en 2009, elle a déclaré qu’elle aimerait rendre plus animés les débats au parlement du Botswana, ce que bon nombre croient qu’elle a réalisé. Elle est très aimée et respectée au-delà du cercle des députés. L’un des employés du parlement dit que travailler avec Nasha est comme une bénédiction en raison de son “ouverture et de son empressement à aider les autres”. Un journaliste a affirmé: “Vous pouvez l’appeler à tout moment pour vous renseigner sur quelque chose et elle vous donnera une réponse”. En tant qu’ancienne présidente du bloc politique des femmes, elle pense que les femmes devraient travailler dur, se soutenir et apprendre à travailler avec les médias.