NAIROBI, 17 mars (IPS) – Le Centre international des conférences Kenyatta, à Nairobi, ressemblait à une grande crèche avec des parents et leurs bébés qui pleuraient. On se demandait si c'était des larmes de douleur ou de joie.
Des centaines de parents avec leurs enfants ont afflué vers le centre où ils ont reçu leur première piqûre contre la pneumonie, et pas même leurs larmes pendant que l’injection se propageait dans leur corps ne pouvaient refroidir le visage souriant de leurs mères. Les mères attendaient patiemment le tour de leurs enfants à vacciner puisque cette piqûre douloureuse représente une chance pour résister à une maladie à laquelle beaucoup d’enfants n'ont pas eu la chance de survivre. “Nous avons commencé l’introduction globale de ces vaccins (contre la pneumonie) qui sauveront la vie de milliers d'enfants. C'est une journée très passionnante”, a déclaré Helen Evans, directrice générale par intérim de l'Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI). La pneumonie est une inflammation d’un poumon ou des deux et est souvent causée par une infection bactérienne, virale, fongique ou parasitaire. Les symptômes courants comprennent la fièvre, l’essoufflement, des frissons et la toux. La pneumonie continue d'être un problème majeur de santé publique au Kenya, avec l’Organisation mondiale de la santé déclarant qu'elle est la deuxième maladie meurtrière chez les enfants dans le pays, après le paludisme. Un vaccin trop coûteux pour la plupart Ce vaccin déjà disponible dans les différents hôpitaux privés, est resté hors de portée de bon nombre d’enfants. Une dose entière coûte environ 188 dollars, ce qui est trop cher pour les nombreux Kényans vivant avec moins d’un dollar par jour. Les chiffres du gouvernement indiquent qu’environ 30.000 enfants meurent de la pneumonie chaque année. “Nous sommes ravies que nos enfants soient vaccinés gratuitement. Je suis contente de ce que le gouvernement fait aujourd'hui en nous aidant à garder nos enfants en bonne santé. Je ne peux pas l’acheter étant donné que dans une bonne journée, je ne gagne que trois dollars à laver des vêtements dans les maisons des gens”, a expliqué, exaltée, Belinda Otieno, une mère de quatre jumeaux âgés de moins de six ans. Malgré le fait que de nouveaux essais sur le vaccin aient été effectués à l'Institut de recherche médicale du Kenya (KEMRI) pendant plus d'une décennie, le médicament est resté inaccessible à des milliers d'enfants. Ceci a vu des experts en santé continuer de crier à l'injustice par rapport à ce qu'ils considéraient comme des enfants kényans qui sont en train d’être utilisés comme des cobayes pour un médicament essentiel, salvateur, qui continue jusqu'à présent d'être inaccessible. “Nous fournirons ce vaccin salvateur gratuitement à tous les enfants de moins d'un an dans les centres de santé publique”, a déclaré le président Mwai Kibaki, au cours du lancement. Cet engagement est littéralement un souffle de vie pour beaucoup d’enfants, notamment parmi les pauvres, qui constituent une proportion importante de la population. L'importance de cet engagement ne peut pas être surestimée, étant donné qu’il vient après une longue lutte du gouvernement pour subventionner le coût du vaccin. En 2009, le gouvernement a eu un différend avec un fabricant américain de médicaments par rapport aux coûts inhibiteurs. Le fabricant a ensuite proposé de donner au Kenya une ancienne dose, une offre que le gouvernement a refusée parce que le pays recherchait une solution durable. Ce médicament est maintenant mis à la disposition du pays par l'engagement de la GAVI de soutenir l'introduction des nouveaux vaccins contre la pneumonie dans 19 pays en développement en un an. Bien que dépendante de la disponibilité des fonds, la GAVI, une alliance de partenariats public-privé visant à sauver la vie des enfants en facilitant l'accès aux vaccins dans les pays pauvres, envisage de les étendre (les vaccins) à plus de 40 pays d'ici 2015. Mettre le vaccin à la disposition d’un million d’autres enfants Le Kenya est actuellement le premier pays africain à introduire ce qu’on appelle en milieu médical “vaccin contre le pneumocoque”. Dans l'année, des enfants dans d'autres pays pauvres, tels que le Nicaragua, le Mali, le Yémen et la Sierra Leone, auront également accès au vaccin. Avec l'aide de ce vaccin, Beth Mugo, ministre de la Santé publique et de l'Assainissement, a souligné que “la réduction de la morbidité et la mortalité dues à la pneumonie permettra d'épargner les familles du stress affectif et financier d'avoir un enfant malade, du chagrin de perdre un enfant… et permettra également au gouvernement de canaliser le coût du traitement vers des activités économiques productives”. La douleur de perdre un enfant à cause de la pneumonie est celle que Hannah Kaigai connaît trop bien: “Mon garçon a contracté la pneumonie quand il avait sept mois. Depuis ce temps, sa santé n'a jamais été la même. Il était toujours enrhumé, même pendant qu’il fait très chaud et il est décédé à l’âge de trois ans”. Il y a beaucoup de mères dans le pays qui peuvent relater des expériences aussi douloureuses d'avoir perdu un enfant à cause de la pneumonie. Toutefois, beaucoup d'autres seront sauvées de ce chagrin si elles amènent leurs enfants à l'hôpital pour le vaccin. Selon la GAVI, le vaccin a permis d’éviter environ cinq millions de décès depuis qu'il a été inventé en 2000. Le gouvernement est par conséquent optimiste que la pneumonie cessera d'être une cause principale de décès et a prédit que le vaccin permettra de prévenir sept millions de décès d'ici à 2030.

