AFRIQUE: Les commerçantes victimes de harcèlement sexuel aux frontières

TSHWANE, Afrique du Sud, 30 sep (IPS) – Le harcèlement et l'exploitation sexuels de la part des autorités frontalières en quête de pots-de-vin constituent les principaux obstacles pour les femmes exerçant dans le commerce informel transfrontalier en Afrique.

C’est ce qu’indique une étude de recherche du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), lancée le 21 septembre à Tshwane (autrefois Pretoria). Cette étude, qui a porté sur plus de 700 commerçantes informelles à leur domicile, sur leurs lieux de travail et dans les marchés au Zimbabwe et au Swaziland, ainsi qu’au niveau des frontières avec l'Afrique du Sud, mentionne le harcèlement des commerçantes de la part des policiers, des militaires et des douaniers sud-africains au cas où les commerçantes refusent de payer des pots-de-vin. “Les femmes sont plus susceptibles d'être victimes d'abus sexuels de la part des responsables. Le défi majeur est le harcèlement au niveau des frontières de la part des douaniers, et le fait que les commerçantes ne peuvent pas accéder aux informations nécessaires”, a expliqué Nomcebo Manzini, directeur régional de l'UNIFEM pour l’Afrique australe, au cours du lancement de l’étude. L'étude qualifie l'Afrique du Sud de pays aux “pâturages verts”, avec beaucoup de personnes qui viennent des pays voisins pour y vendre leurs marchandises ou acheter des produits à vendre dans leurs pays d'origine. L'étude estime que près des trois quarts des commerçants transfrontaliers informels contribuent aux recettes des gouvernements à travers le paiement des droits et des frais de licence. Malgré l'absence de données statistiques officielles, certaines estimations ont évalué les contributions du commerce transfrontalier informel entre 30 et 40 pour cent du commerce à l’intérieur de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). La plupart des commerçants sondés étaient instruits, avec 90 pour cent de ceux interrogés ayant un niveau d’éducation secondaire ou supérieure, en partie une conséquence des faibles niveaux d'emploi formel dans l'économie zimbabwéenne en déclin. Le chômage est identifié comme une cause structurelle du commerce transfrontalier informel, avec beaucoup de personnes qui se lancent dans de telles activités pour générer des revenus et assurer la sécurité alimentaire. Ottilia Chikosha de la 'Regional Export Promotion Women's Trust' (Association des femmes pour la promotion des exportations régionales), basée à Harare, estime qu’au Zimbabwe, environ 70 pour cent des femmes en âge de procréer sont impliquées dans le commerce transfrontalier. Chikosha décrit le “cercle vicieux de la pauvreté” comme alimentant les activités du commerce transfrontalier actuel. “Nous avons besoin d'argent pour l'école, nous avons besoin d'argent pour la nourriture, nous avons besoin d'argent pour le loyer. Nous ne pouvons pas nous asseoir là à ne rien faire s'il n'y a aucune solution”. La participation aux activités commerciales transfrontalières comporte parfois des risques graves. “Il y a toute la question relative à la sécurité. Une fois que les commerçantes atteignent leur pays de destination, elles se battent vraiment pour trouver un logement et, dans beaucoup de cas, finissent par dormir dans les rues”, explique Manzini. L'étude de l'UNIFEM décrit les effets de l'environnement des affaires des commerçants sur leur santé. Une dépendance du transport en commun, le mauvais entretien des infrastructures, les coûts élevés ainsi que les cas de vol et de harcèlement sexuel signifient que les femmes commerçantes sont confrontées à de graves menaces. La difficulté d'obtenir des prêts et le capital de démarrage des petites entreprises oblige beaucoup de femmes commerçantes à emprunter de l'argent auprès des “usuriers” afin de payer le transport et acheter des marchandises. Des autorités frontalières corrompues, qui profitent du niveau de compréhension du processus douanier parfois limité des commerçantes, peuvent également confisquer illégalement certains de leurs biens. Beaucoup sont obligées de se livrer à des rapports sexuels transactionnels le long des corridors commerciaux afin d’obtenir un logement, le transport ou passer les frontières – comme le dit Chikosha, “simplement pour s'en sortir et gagner sa vie”. Dès leur retour à la maison, les femmes commerçantes – qui peuvent être absentes parfois pendant des semaines – peuvent être accusées de prostitution et stigmatisées. Chikosha affirme que le défi majeur est de savoir comment aider les femmes commerçantes informelles à entrer dans l'économie formelle. “Les femmes ont peu d’options en termes d'accès aux marchés. Elles recherchent des marchés, mais le défi est que les gouvernements ne sont pas disposés à mettre en place des structures pour faciliter l'accès”, déclare-t-elle. Le régime commercial simplifié du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA), par exemple, a facilité les échanges commerciaux au sein du bloc régional, mais avantage surtout les petites et moyennes entreprises et non les commerçants informels. Le régime permet l'allègement des tarifs et une plus grande facilité des procédures de dédouanement, mais ne s'applique qu'aux marchandises qui proviennent des pays membres. La plupart des femmes commerçantes informelles font essentiellement le commerce des produits importés peu coûteux tels que des vêtements, des articles de ménage ainsi que des aliments achetés en Afrique du Sud et importés d'Asie. Ainsi, le régime du COMESA a un impact peu positif sur leur vie. “Dans le contexte de l'Afrique du Sud comme un pays d'accueil pour des commerçants, il y a un besoin crucial de comprendre les questions telles que la fourniture des services d’appui et l'orientation qui leur est donnée. “Nous devons réfléchir sur la façon dont nous pouvons rendre lucratif ce commerce. L’Afrique du Sud en profite aussi. Les commerçants achètent leurs marchandises ici, ils permettent à l'économie de l'Afrique du Sud de tourner”, a souligné Manzini. Actuellement, aucune méthodologie n'existe pour documenter et enregistrer les avantages que les commerçants informels apportent à un pays. Un atelier de consultation, organisé par l'UNIFEM et le gouvernement sud-africain au cours de la troisième semaine de septembre 2010, est une étape vers l’implication de tous les acteurs pertinents dans la discussion.