DAKAR, 25 sep (IPS) – A Ngoye, une communauté rurale située dans le centre du Sénégal, les chefs de village désignent par tirage au sort les bénéficiaires des semences et engrais distribués par le gouvernement.
Neuf sacs d’engrais de mil sont distribués aux villageois de Mbellonguithie dans la région de Kaolack, au centre. “Arrivés à la maison communautaire, 13 chefs de carrés de ce village ont procédé à un tirage au sort pour désigner les bénéficiaires et les heureux du tirage sont partis chacun avec un sac”, raconte Aliou Diouf, un malheureux perdant de ce tirage de répartition.
La quantité d’engrais distribué pour la campagne agricole 2010-2011 est nettement inférieure à la demande.
Le gouvernement met en œuvre la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (GOANA), depuis 2008, pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. Des semences et des engrais subventionnés à 50 pour cent mais insuffisants sont distribués aux producteurs, afin d’améliorer la production et, par conséquent, d’atteindre les objectifs de la Goana.
“Certaines zones comme le département d’Oussouye n’ont pas eu d’engrais ni de semences d’arachide. La région n’a reçu que deux tonnes de semences de mil, pour des besoins évalués à 90 tonnes”, a expliqué à IPS Abdou Hadj Badji, président, pour la région de Ziguinchor – dans le sud – du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), une fédération paysanne indépendante, qui revendique entre 2,5 et trois millions de membres producteurs.
A Ziguinchor, un sac d’engrais de 50 kilogrammes est vendu au producteur à 9.365 francs CFA (environ 18,7 dollars). A Thiomby, une communauté rurale de la région de Kaolack, son prix varie entre 8.010 et 8.250 FCFA (16 et 16,5 dollars). La différence est due à la variation des frais de transport.
Les producteurs de Gamboul Thiongou, un village de Kaolack, doivent se partager 45 sacs d’engrais d’arachide et 21 sacs d’engrais de mil pour 108 carrés (c’est-à-dire foyers), confie à IPS Abdou Aziz Sarr, un habitant du village.
“C’est un tonnage très insuffisant que la communauté rurale a reçu. Les engrais sont très recherchés par les producteurs, et la demande est largement supérieure à l’offre”, relève Adama Dabo, un assistant communautaire à Thiomby.
A Thiomby, “nous avons reçu 15 tonnes d’engrais de mil, alors que la demande est évaluée à 50 tonnes. Nous avons 30 tonnes d’engrais d’arachide pour des besoins évalués à 50 tonnes”, s’inquiète Omar Faye, technicien agricole et chef du centre d’appui au développement local de l’arrondissement de Sibassor.
En principe, dit-il, “les intrants agricoles doivent parvenir aux producteurs au plus tard au mois de mai, parce que [autrement], les camions chargés de les acheminer ne peuvent pas accéder à certaines zones de production à cause des marécages causés par la pluie”.
“Dans certaines localités, les producteurs ont réclamé plus que ce qu’ils ont reçu, parce que cette année, les surfaces emblavées ont atteint un niveau extraordinaire”, explique le député Moussa Cissé, président du Syndicat national des agriculteurs, éleveurs et pêcheurs (Synaep-Japando). Ce syndicat assure la distribution des intrants agricoles, avec l’aide de commissions décentralisées.
Au total, 7.000 tonnes d’engrais, toutes cultures confondues, doivent être distribuées aux producteurs sénégalais, selon Cissé, qui n’est pas encore en mesure de donner le nombre d’hectares emblavés pour la présente saison agricole.
Mais selon le ministère de l’Agriculture, le maïs et le sorgo ont eu respectivement droit à 219.804 ha et 915.200 ha lors de la dernière campagne, contre 216.517 ha et 883.619 ha pour 2008-2009. Pour l'ensemble des légumineuses dont le niébé, la surface cultivée est passée de 836.893 ha en 2008-2009 à 1,1 million en 2009-2010.
En principe, avec l’enthousiasme suscité par la forte subvention, les surfaces emblavées doivent être encore supérieures cette année, malgré l’insuffisance des engrais dénoncée par les producteurs.
L’engrais est très utile au Sénégal, surtout dans le bassin arachidier, constitué des régions de Kaolack, Fatick, Louga, Diourbel et Thiès, zones par excellence de la culture de l’arachide et du mil, où la terre s’est très appauvrie, alors qu’elle occupe 70 pour cent des 12 millions de Sénégalais.
“L’année dernière, j’avais acheté un sac d’engrais à 7.000 FCFA (environ 14 dollars) pour un champ d’environ un hectare. Cela m’avait rapporté 480 kilogrammes de mil, soit plus de neuf fois la récolte de l’année précédente, sans engrais”, témoigne Ousmane Sarr, un producteur.
“Seules les céréales peuvent nous assurer l’autosuffisance alimentaire” soutient Faye, également membre de la commission de distribution des intrants agricoles, à Sibassor.
Badji est du même avis: “La GOANA, c’est l’autosuffisance alimentaire, que l’arachide ne peut pas nous permettre d’atteindre. Je pense que les autres céréales doivent être le moteur de la GOANA”.

