NAIROBI, 26 août (IPS) – Chaque année qui se termine par un nombre pair, le mois d'août est une occasion spéciale pour les jeunes hommes dans la Province occidentale du Kenya. Au cours de ce mois, des milliers de garçons âgés de 10 à 18 ans sont soumis à la circoncision – quelque chose qui est considéré comme un rite important pour passer à l’âge d’homme au sein de leurs communautés.
Mais c'est aussi un moment au cours duquel près de la moitié des jeunes hommes circoncis devront se battre pour leur vie. Dans la communauté Bukusu, dans le district de Bungoma, dans la Province occidentale, cette pratique fait partie des traditions depuis les années 1800.
Selon Dr Nicholas Muraguri, le directeur du Programme national de lutte contre le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles (MST) au Kenya, cette année, la communauté Bukusu envisage de circoncire environ 20.000 jeunes garçons au cours des cérémonies traditionnelles – sans l'aide d’un personnel médical qualifié, voire sans un matériel bien stérilisé. Muraguri affirme que parmi tous les jeunes hommes à circoncire, les statistiques indiquent que 40 pour cent se retrouveront avec des complications, dont certaines mettront en danger leur vie et pourraient conduire à la mort. Bien que la circoncision masculine volontaire soit une stratégie clé pour prévenir le VIH, Muraguri estime que certaines des pratiques culturelles sont susceptibles d'augmenter le risque de transmission du VIH et peuvent annuler les avantages potentiels. Ceci comprend les cas où un seul couteau est utilisé pour circoncire plusieurs garçons ou les cas où on encourage les garçons à avoir des relations sexuelles peu après la circoncision. Selon David Alnwick, un conseiller principal pour le VIH/SIDA au Fonds des Nations Unies pour l'enfance, l'objectif a été d’encourager la circoncision masculine au sein des communautés qui ne la pratiquaient pas auparavant. Cependant, on encourage les parents à circoncire leurs fils peu après la naissance. Les cas où la circoncision néonatale est faite dans les hôpitaux, il est rare et inhabituel que des complications surviennent. Mais l’excision des adultes, pratiquée par des individus non qualifiés dans des conditions insalubres et sans un suivi approprié, signifie que le taux de complications peut être élevé. Muraguri affirme qu'il y a des inquiétudes au sujet de la sécurité de la procédure menée par des exciseurs traditionnels qui n'ont aucune formation formelle. Dennis Kuloba est un exciseur traditionnel de la communauté Bukusu. Pour lui, c'est simple. Si un homme n'est pas circoncis, il n'est pas vraiment un homme. “Les hommes qui ne sont pas excisés ne sont pas respectés dans la communauté et ne sont pas autorisés à manger sur la même table que leurs homologues circoncis, a indiqué Kuloba. La communauté Bukusu n’utilise pas un personnel médical qualifié pour faire l’excision, mais plutôt des exciseurs traditionnels comme Kuloba, qui acquièrent la compétence de faire des circoncisions par l'apprentissage. Kuloba explique qu'il utilise un mélange spécial d'argile et de cendres pour stériliser le couteau qu'il utilise. Les garçons ne sont pas mis sous anesthésie locale pour engourdir la partie et devraient être plutôt courageux en ne montrant aucun signe de douleur pendant que Kuloba enlève leur prépuce. Mais Muraguri et son équipe tentent de trouver un moyen de permettre aux jeunes gens à s’accrocher à leur culture sans être obligés de mettre leur vie en danger. C'est pourquoi le gouvernement est maintenant en train de fournir le service à un prix considérablement réduit aux initiés dans la Province occidentale. Au Kenya, le coût de l’excision dans un centre médical se situe entre six et 12 dollars. Ce coût est trop élevé pour beaucoup de parents en milieu rural, qui sont au chômage et essaient de gagner leur vie en vendant les produits qu'ils cultivent. “Nous avons réduit le montant à 200 shillings kenyans (deux dollars et 50 cents) dans les districts de Bungoma et de Kakamega au cours de cette période d’excision. Pour ceux qui vivent dans les zones éloignées des centres médicaux, nous organisons des camps médicaux tout au long de la période de circoncision. Ici l’excision se fait gratuitement”, a souligné Muraguri. Il a dit que son équipe avait réussi à persuader les parents que c’était plus sûr de faire circoncire leurs fils par des professionnels médicaux dans un environnement stérile. Alors maintenant, certains des jeunes hommes qui devraient subir l'initiation sont en train d’être circoncis dans des centres médicaux. Plus tard, ils reçoivent des informations sur leur initiation par leurs oncles ou grands-pères.

