COMMERCE: L’Afrique pourrait abandonner le riz asiatique si les prix augmentent

LE CAP, 10 août (IPS) – La Thaïlande et d’autres grands pays exportateurs de riz risquent de perdre l’Afrique comme un partenaire commercial important, en cas d’augmentation des prix de leur riz.

La moitié des 10 millions de tonnes de riz exportées par la Thaïlande l’année dernière est allée en Afrique. Le Nigeria, le Bénin, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud font partie des principaux acheteurs de riz en Afrique.

“Certains gouvernements asiatiques envisagent d’augmenter les prix du riz, surtout pour appuyer leurs agriculteurs. En Thaïlande par exemple, 80 pour cent de la population travaille dans l’agriculture et forme par conséquent la majorité des électeurs du gouvernement”, déclare Miguel Lima, natif du Mozambique et directeur commercial travaillant pour SeaRice SARL.

Cette société suisse est spécialisée dans l’exportation du riz. Lima travaille dans le business du riz en Afrique depuis 25 ans.

Au début de cette année, la principale association des agriculteurs de la Thaïlande – le plus grand producteur et exportateur de riz au monde après la Chine – a demandé l’intervention du gouvernement pour une augmentation du prix de cette culture.

La demande de l’association était motivée par la baisse du prix du riz durant les quelques derniers mois. Le report des achats par les acheteurs étrangers, en attendant davantage de réductions du prix, en est l’une des raisons.

Selon les statistiques du gouvernement thaïlandais, les pays africains ont acheté 1,4 million de tonnes de riz thaïlandais pendant les cinq premiers mois de cette année. Pendant la même période l’année dernière, cette quantité a avoisiné les deux millions de tonnes. La diminution du volume d’exportation a entraîné la baisse du prix.

Les agriculteurs thaïlandais craignent que le prix baisse davantage sans l’intervention du gouvernement.

“Le problème lié à la hausse des prix, qui ont baissé après leur montée en flèche en 2007 et 2008, est que les pays producteurs de riz sont en train d’ignorer leurs acheteurs les plus importants que sont les pays africains”, soutient Lima.

“Généralement, les gens vivant en Afrique n’ont tout simplement pas beaucoup d’argent à dépenser”, a-t-il ajouté.

“Je suis d’accord que les agriculteurs doivent gagner leur vie décemment, mais ils ne doivent pas mettre la barre trop haut. Les consommateurs africains seront réticents si le riz devient trop coûteux. Ils rechercheront d’autres produits alimentaires de base. Cela détruira le marché”.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la moyenne mondiale du prix du riz a augmenté de 217 pour cent entre 2006 et 2008. En 2008, le riz était de 80 pour cent plus cher, par rapport à 2007. Le prix a atteint un record de 1.038 dollars par tonne métrique en mai cette année-là.

Bien que les prix aient baissé depuis lors, l’incertitude demeure.

L’un des problèmes, a noté Lima, est qu’une fois que quelqu’un est passé du riz à un autre produit alimentaire de base, comme le mil ou le manioc, il n’y retourne plus en général.

C’est le cas “non seulement parce que changer la situation actuelle nécessite beaucoup d’effort, mais également parce que la culture et l’achat des grains comme le mil coûtent beaucoup moins cher. Si les gens s’en rendent compte, ils ne retourneront généralement pas vers un produit alimentaire de base plus cher”.

Moses Adewuyi, directeur de l’agro-industrie au ministère de l’Agriculture et du Développement rural du Nigeria adhère aux déclarations de Lima.

“Si les prix doivent augmenter comme en 2007 et 2008, les consommateurs nigérians passeront à d’autres produits alimentaires de base comme le manioc, le maïs, le mil, le plantain, le haricot, et l’igname.

“Le Nigeria, comme d’autres pays africains, a beaucoup de produits alimentaires de base qui peuvent remplacer le riz si ce dernier devient trop coûteux pour le consommateur”, explique-t-il.

“L’année dernière, les prix ont baissé dans mon pays”, poursuit Adewuyi. “Aujourd’hui, les consommateurs paient environ 450 nairas par sac de 50 kg. Pendant l’exercice financier 2007/2008, le même sac a coûté jusqu’à 900 nairas. L’histoire ne peut pas se répéter”.

L’une des manières par laquelle le Nigeria – un importateur de deux millions de tonnes de riz par an, dont la majeure partie provient de la Thaïlande – veut se préparer contre de nouvelles hausses de prix est le développement de l’industrie locale du riz.

Adewuyi a déclaré à IPS: “Nous au gouvernement, sommes en train de prévoir une augmentation de la production afin d’être moins dépendants de l’Extrême-Orient au cas où le riz thaïlandais devient trop cher”.

Le Nigeria est aussi bien le plus grand consommateur que le plus grand producteur de riz en Afrique.

“Nous produisons 2,1 millions de tonnes de riz usiné ou riz blanc par an, et 4,2 millions de tonnes de paddy ou riz non décortiqué qui n’a pas été usiné”, explique Adewuyi.

“Nous voulons augmenter notre rendement et la qualité de nos industries de transformation. Je pense que d’autres gouvernements des pays producteurs de riz en Afrique doivent faire pareil”.

Duong Phuong Thao, chargé du commerce au service d’exportation et d’importation du Vietnam, défend l’appel des agriculteurs asiatiques pour l’intervention du gouvernement, s’agissant du prix du riz.

Le Vietnam produit 24,3 millions de tonnes de riz par an, dont environ huit millions sont exportés. Environ 30 pour cent de ces exportations vont en Afrique.

“Les agriculteurs vietnamiens vendent actuellement leur riz en dessous du prix de revient, et cela n’est pas viable pour eux. Nous devons penser à nos agriculteurs aussi”.