AWRA-AMBA, Ethiopie, 7 juil (IPS) – Si Fantaye Adem, 18 ans, avait été élevée à Awra-Amba, son mariage aurait lieu encore dans un an au moins. Mais Fantaye a rejoint cette communauté utopique de 400 habitants il y a seulement six mois. Comme beaucoup de filles en Ethiopie, elle a été mariée jeune, tôt à l'âge de 13 ans.
Cette mère de trois enfants est venue à Awra-Amba avec Dewaye Masresha, son mari de 35 ans, il y a six mois. Elle souhaite que sa vie ait été différente, mais elle sait que la vie de ses enfants suivra un autre cours. L'Ethiopie a reconnu le préjudice que le mariage précoce porte aux jeunes filles, et a fixé 18 ans comme l'âge minimum pour le mariage dans la Loi de 2005 sur la famille. Mais des décennies plus tôt, Awra-Amba avait fixé 19 ans comme l’âge minimum pour le mariage des femmes et 20 ans pour les hommes. Aujourd'hui, ce village situé à 700 kilomètres au nord d’Addis-Abeba, la capitale, est presque la seule zone rurale où ce code est strictement respecté. Ailleurs, on continue de marier des filles de neuf ans à des hommes plus âgés. Un havre pour les femmes Awra-Amba a été fondé par Zumra Nuru en 1980. “En tant qu’enfant, j'avais l'habitude de demander si ma mère avait tant de force supplémentaire puisque ses tâches ne se terminaient pas quand elle rentrait à la maison après une journée de travail à la ferme avec mon père”, affirme Zumra, aujourd’hui âgé de 63 ans. Zumra a été inspiré d’élaborer un ensemble de valeurs contre les normes établies autour de lui. Pendant que certaines personnes le considéraient comme “fou”, d'autres l’ont rejoint pour former cette communauté unique. Les femmes et les hommes participent également au niveau du ménage et de la communauté à Awra-Amba; les emplois sont affectés par simple efficacité. Le revenu de la communauté provient principalement des industries artisanales. Birtukan Kibret, 32 ans, est née et a grandi à Awra-Amba et est la guide de la communauté. Sa vie n’aurait pas pu être plus différente de celle de Fantaye. Quand elle arrive à la maison à la fin d'une journée chargée, son mari, Muluneh Alemu, apprête le dîner pour sa famille de cinq personnes. Pour Birtukan, l'égalité entre les sexes ne signifie pas avoir des opinions dures sur les causes nobles. “Il s'agit de partager le fardeau dans une famille”, déclare-t-elle à IPS. “Bien que mon mari soit un bon cuisinier, je fais parfois la cuisine volontairement car je ne veux pas que cela pèse sur lui”. “L’égalité porte plus sur l’attitude que sur les tâches”, dit-elle. Les violences conjugales faites aux femmes et aux enfants sont strictement interdites et l'un des 13 comités, mis en place pour assurer une communauté et une vie en famille saines, examine ces questions. S'il y a des incidents de violences conjugales, le comité condamne le contrevenant et peut demander le divorce. “Les contrevenants récidivistes et les nouveaux venus dans la communauté, qui ne respectent pas nos principes, sont contraints de quitter”, affirme Birtukan. Les principes de la communauté ne sont pas le résultat du plaidoyer pour l’égalité de genre, de la politique du gouvernement ou du développement scolaire. Selon eux, ce sont simplement des “vertus pieuses et vertueuses”. Les gens d’Awra-Amba croient que tous les humains sont intrinsèquement égaux. “Cette communauté est un havre pour les femmes”, affirme Fantaye, réservée et timide, tenant son fils d’un an tout en travaillant aux côtés de son mari dans l’usine de tissage de coton de la communauté – la principale source de revenu de la communauté. Une inspiration pour d’autres “Ces gens ont développé leurs propres valeurs et nous savons que tous les membres respectent ces valeurs volontairement”, a expliqué à IPS, Zelalem Getachew, responsable des relations publiques du Bureau des affaires féminines de l’Etat régional d'Amhara. Ce bureau amène des membres d’Awra-Amba vers d'autres communautés de la région dans le cadre de sa campagne pour l'égalité entre les sexes. “Demander aux habitants d’Awra-Amba de parler de leur vie s'est avéré beaucoup plus efficace que les campagnes de sensibilisation du bureau visant à changer les attitudes des autres communautés dans le sens des rôles entre les sexes”, a indiqué Zelalem. Selon le bureau, le principe de “pas de mariage précoce” à Awra-Amba a une incidence positive sur la vie des femmes de la communauté en les protégeant contre les fistules et autres complications sanitaires, en particulier celles liées à la santé maternelle et infantile. Dans les communautés rurales, où les mères accouchent à la maison faute de services sanitaires adéquats, les mères plus âgées, pour la première fois à Awra-Amba, évitent bon nombre des complications liées à l'accouchement chez les jeunes filles. “Nous n'avons pas des données issues de recherches pour faire une comparaison, mais nous ne sommes pas informés d’autant de cas de décès maternels dus à des complications à l’accouchement à Awra-Amba comme nous en apprenons d’autres endroits”, a déclaré Getachew à IPS. “L'effet immédiat du mariage précoce est que les filles abandonnent automatiquement l'école. Mais la pratique à Awra-Amba signifie que davantage de filles restent à l'école”, a souligné Zenaye Tadesse, chef de l'Association des femmes juristes d’Ethiopie – le plus grand groupe de défense des droits entre les sexes dans le pays. “Se marier plus tard signifie aussi que les filles sont protégées contre des problèmes psychologiques qu'elles connaîtront en raison du fait d'être gardées seules alors qu’elles devraient être à l'école et jouer avec leurs amis”. D'autres communautés ont vu les avantages d'une telle société qui prône l’égalité de genre et sont en train de copier le mode de vie d’Awra-Amba. Des représentants influents d’Awi – une plus grande communauté rurale dans le nord-ouest de l'Ethiopie – ont visité Awra-Amba en 2007 et ont depuis créé une réplique de cette société utopique à quelque 100 km plus loin. De leur propre initiative, les habitants d’Awi ont appliqué ces valeurs, qui comprennent le travail, et sont maintenant en train de récolter les bénéfices”, a affirmé Getachew. Les habitants d’Awra-Amba sont également devenus les principales ressources dans la sensibilisation des experts du bureau et des responsables des affaires féminines locales afin de leur permettre d'exercer efficacement leurs fonctions. Les gens, principalement ceux qui sont instruits, sont en train de reconnaître nos valeurs”, a déclaré à IPS, fier, le fondateur de cette société unique.

