ANTANANARIVO, 28 juin (IPS) – Les résultats généraux de la quatrième enquête démographique et de santé (EDS) de Madagascar, rendus publics début-juin, montrent que la santé de la mère connaît un léger recul par rapport à la dernière édition de 2004.
Selon ces résultats, 498 femmes sont mortes pour 100.000 naissances en 2008/2009 contre 269 cas de mortalité maternelle pour 100.000 naissances en 2004, soit huit femmes qui meurent quotidiennement en accouchant. Et ce nombre risque de s’accroître, selon le rapport.
Cette enquête a été réalisée de novembre 2008 à août 2009 par la Direction de la démographie et des statistiques sociales de l’Institut national de la statistique, en collaboration avec la vice-primature chargée de la Santé publique. La situation étonne étant donné les fonds importants versés pour la santé maternelle et infantile à Madagascar par plusieurs bailleurs partenaires financiers et techniques de la Grande Ile dans ce secteur. Mais beaucoup d’efforts restent encore à faire. “Les données décrivent la réalité… Elles peuvent expliquer la baisse du taux d’accouchement des femmes dans les centres de santé. Les femmes meurent surtout dans la communauté. La plupart d’entre elles ne disposent par d’un service d’urgence post-natal et néonatal”, explique Macoumba Thiam, conseiller technique principal du Fonds des Nations Unies pour la population. Dr Masy Harisoa, administrateur du Programme santé de la mère et de l’enfant au bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Madagascar, ajoute que même dans les grands centres de santé, le taux de fréquentation des femmes enceintes n’est pas encore satisfaisant en termes de consultations prénatales ou d’accouchement.
L’EDS montre encore que 49 pour cent des femmes ont recours aux accoucheuses traditionnelles. Seules 44 pour cent des naissances sont assistées par un personnel qualifié, contre 51 pour cent en 2004 et 47 pour cent en 1997.
Trois femmes sur cinq, soit 76 pour cent, affirment avoir eu au moins un problème majeur d’accès aux soins de santé quand elles sont malades. Ainsi, seulement 19 pour cent des femmes interrogées lors de l’enquête ont reçu des soins postnataux moins de quatre heures suivant l’accouchement, 21 pour cent dans les deux jours suivant l’accouchement, et 35 pour cent des femmes n’ont reçu aucune visite postnatale.
Par rapport à l’accès aux établissements sanitaires, cette enquête montre que 36 pour cent des femmes accouchent dans un centre de santé contre 65 pour cent à la maison. “De nombreuses femmes vivent à plus de cinq kilomètres d’un centre de santé. Il est difficile pour elles de se rendre, le moment venu, au centre de santé pour accoucher alors que leur seul moyen de transport est une charrette tirée par des zébus”, explique Dr Jocelyne Somarline, chef du centre de santé de base de la commune rurale, à Andranovory, dans le sud. “Nous avons toujours été sensibilisées par des agents de santé pour que nous nous rendions dans des centres de soins du début et à la fin de la grossesse. Mais, il est très difficile de le faire sans que nos maris nous soutiennent. Autrement, nous devons marcher une journée avant de rejoindre le premier centre de soins”, affirme Jeannette Ralivelo, mère de quatre enfants nés avec l’aide d’une sage-femme traditionnelle de son village.
L’enquête a également montré que les raisons de la non-accessibilité aux centres de soins sont aussi liées à l’irresponsabilité des maris. En tout 28 pour cent des femmes ne veulent pas s’y rendre seules. Ainsi, elles restent chez elles si leur mari ou leur entourage ne les accompagne pas.
De nombreux maris croient que leur rôle se limite à mettre leur femme enceinte. Beaucoup plus de sensibilisation doit être ainsi faite sur l’approche genre au sein des communautés où de nombreux pères de famille ignorent encore leur rôle.
“Ma femme se plaint toujours que je ne la soutiens pas pendant sa grossesse alors que j’ai d’autres tâches à faire pour pouvoir assumer les dépenses de la famille, surtout une fois que le bébé naîtra», déclare Julien Rakoto, un paysan habitant la périphérie d’Antananarivo, la capitale malgache. Il n’a pu assister à la naissance de son troisième enfant car il a été retenu ce jour-là par la récolte de sa rizière.
La crise sociopolitique qui est devenue économique pour de nombreux ménages malgaches est un autre facteur qui ralentit l’amélioration de la santé de la mère. Mais, malgré la crise qui persiste, le gouvernement malgache reçoit l’appui de ses partenaires dans le secteur de la santé, notamment le Fonds des Nations Unies pour la population, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, l’OMS, la Banque africaine de développement, la 'Japan International Cooperation Agency', la Banque mondiale et l’Agence française de développement.
*(Fanja Razafimahatratra est journaliste à Madagascar et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

