GENEVE, 27 juin (IPS) – Un ingénieur et entrepreneur en textile de l’Inde appelé Raj Rajendran s’est rendu au Rawanda en 1999. Il était chargé de fermer une usine textile non viable après la guerre civile.
Mais il a découvert des conditions agro-climatiques favorables, particulièrement un sol volcanique – idéal pour la culture des vers à soie servant à produire la soie brute.
“Rajendran a transformé un vieux réfrigérateur en un incubateur pour couver les œufs des vers à soie; il a importé des machines d’occasion de l’Inde et a commencé par enrouler le premier fil de soie du Rwanda”, a déclaré à IPS Charles Gore, un haut fonctionnaire du bureau Afrique de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
Des efforts soutenus de Rajendran au cours des 10 dernières années lui ont permis de créer une nouvelle marque appelée “Silk Hills” qui porte le label “Made in Rwanda”. La société de Rajendran exporte maintenant des produits en soie et en coton vers les Etats-Unis, le Canada et ailleurs, et constitue l’entreprise privée qui emploie le plus grand nombre de personnes dans ce petit pays d’Afrique orientale.
“Bref, l’entrepreneur indien a démontré qu’il est possible de provoquer des changements 'transformationnels' dans un pays africain à travers des interactions économiques et des compétences de partage de connaissance avec de grands pays en développement comme la Chine, l’Inde et le Brésil”, a soutenu Gore.
Il est l’auteur principal du rapport annuel du CNUCED sur l’Afrique intitulé “La coopération Sud-Sud : l’Afrique et les nouvelles formes de partenariat pour le développement” publié le 18 juin.
Le rapport confirme le statut de la Chine et de l’Inde comme principaux moteurs du commerce et de l’investissement avec les pays africains.
Il est vrai que “l’accroissement des échanges commerciaux et de l’investissement entre pays en développement par la réduction des barrières commerciales pourrait apporter de réels avantages en termes d’emploi et de revenus”, a déclaré Isabel M. Mazzei, haut conseiller politique pour Oxfam à Genève, lors d’une interview accordée à IPS.
“Cela pourrait aussi promouvoir l’amélioration des relations politiques entre pays et permettre aux pays de réduire leur dépendance sur les marchés, dans les pays industrialisés”.
Mais Mazzei a annoncé qu’”en raison de grandes différences sur l’étendue et le niveau de développement des économies du Tiers Monde, la libéralisation complète du commerce sud-sud n’est pas souhaitable”.
Il a ajouté: “Trouver l’équilibre juste entre la libéralisation plus poussée, la protection adéquate des secteurs agricoles vulnérables et les industries naissantes sera un défi majeur pour les décideurs de politique économique”.
A l’occasion du lancement du rapport, Dr Supachai Panitchpakdi, secrétaire général de la CNUCED, a fait remarquer qu’on reconnaît de plus en plus que la coopération sud-sud – qui est en train d’accélérer l’investissement et les échanges entre les grands pays en développement, tels que la Chine, l’Inde, le Brésil, et les pays africains – pourrait préparer le terrain au transfert de technologie et du savoir faire.
Panitchpakdi a exhorté les puissances économiques émergentes du sud à aller bien au-delà des échanges et de l’investissement pour créer un nouveau climat social et économique en vue d’inverser la tendance historique qui a vu l’Afrique fournir des biens agricoles et des matières premières contre l’importation des produits manufacturés.
“Je suis convaincu qu’avec la tendance grandissante de l’aide au développement allant des grands pays du sud vers l’Afrique, et estimée à environ 2,8 milliards de dollars en 2006, il y aura un changement de paradigmes les années à venir”, a-t-il déclaré à IPS, en ajoutant que la Chine a également accru son assistance à l’Afrique l’année dernière.
Le rapport de 116 pages sur l’Afrique capte des courants sous-jacents qui sont en train de changer graduellement le paysage des échanges commerciaux Sud-Sud. Par exemple, le commerce total des marchandises entre les pays africains et les pays en développement non africains tels que la Chine, l’Inde et le Brésil, entre autres, est monté en flèche, passant – de 34 milliards de dollars en 1995 – à 283 milliards de dollars en 2008.
En revanche, les échanges commerciaux de l’Afrique avec les pays développés ont augmenté passant de 138 milliards de dollars à 588 milliards de dollars au cours de la même période.
“La part croissante des pays en développement dans le commerce de l’Afrique a conduit à la réduction de la part des échanges commerciaux de la région qui va vers ses partenaires traditionnels en Europe et en Amérique du nord”, selon le rapport.
Mais les auteurs du rapport ont remarqué que, “bien qu’il y ait eu une croissance dans les échanges commerciaux de l’Afrique avec les pays en développement, le contenu de ces échanges est tourné plus vers les importations que les exportations.
Les pays en développement non africains sont maintenant les principaux investisseurs potentiels sur le continent africain. Ce genre d’investissement se réfère à la création de nouvelles ressources économiques qui pourraient comprendre les installations de fabrication, ainsi que d’autres aménagements infrastructurels.
L’investissement direct étranger dans les projets réalisés sur des sites vierges, a fait un bond, passant de 52 en 2004 à 184 en 2008. Le coût des engagements de la Chine en matière financière et infrastructurelle est monté à 4,5 milliards de dollars en 2007, contre 470 millions de dollars en 2001.
Mais, en guise de mise garde, les auteurs du rapport affirment que l’interaction économique croissante entre la Chine et l’Afrique ne doit pas être considérée comme “l’histoire de la Chine-Afrique” mais comme faisant partie d’une tendance plus générale vers l’intensification des relations économiques entre l’Afrique et le sud, particulièrement avec de grands et dynamiques pays émergents.
Le rapport a exhorté les pays africains à adopter une approche “proactive” en planifiant des projets économiques à long terme et en faisant valoir leurs préoccupations internes en négociant la coopération avec d’autres pays en développement.
En effet, les nations africaines doivent œuvrer à l’édification de leurs “capacités productives” en vue de produire une plus grande variété de biens qui soient des produits plus recherchés, a souligné le rapport.

