LE CAP, juin 25 (IPS) – L’opinion publique veut savoir si l’invitation adressée par le Groupe des Huit à sept pays africains pour participer à son sommet à Ontario, au Canada, reflète sa préoccupation au sujet de la litanie des promesses non tenues depuis sa réunion de 2005 à Gleneagles – ou si c’est simplement de la poudre aux yeux.
Le Premier ministre canadien Stephen Harper a invité sept pays africains à prendre part à ce sommet du Groupe des Huit (G8) qui se tiendra dans son pays du 25 au 26 juin. Il s’agit de l’Afrique du Sud, du Malawi, de l’Ethiopie, du Sénégal, du Nigeria, de l’Algérie et de l’Egypte.
Dr Francis Ikome, directeur du programme pour l’Afrique et l’Afrique australe à l’Institut de dialogue mondial (IGD), doute que l’Afrique soit représentée au G8. “Depuis le lancement du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), l’invitation des pays africains à des sommets tels que ceux du G8 est devenu une tendance parmi les pays industrialisés.
“Beaucoup de promesses sont habituellement faites mais leur vraie réalisation se situe bien loin des promesses. Le plus important ici est de savoir si ces pays seront en mesure de faire des suggestions. Il s’agit d’une réunion des pays occidentaux industrialisés. Je pense que les pays africains ont été invités pour donner le change”.
La réunion comprend “une session sur des questions sociales” à laquelle participeront les sept pays africains invités, à côté de la Jamaïque, de l’Haïti et de la Colombie, trois pays invités par rapport aux objectifs de la politique étrangère du Canada dans les Amériques.
Ikome prévient que “les dirigeants africains se ridiculiseront s’ils engagent des conversations seulement dans les coulisses de ces genres de rencontres. Un dirigeant ne doit pas prendre l’avion pour se rendre jusqu’au Canada juste pour parler dans les coulisses”. L’IGD est une institution de recherche sur les relations internationales, basée à Johannesburg, en Afrique du Sud.
Mais Trudi Hartzenberg, directeur exécutif du Centre de droit commercial (TRALAC) pour l’Afrique australe, pense que ces rencontres parallèles peuvent être bénéfiques pour les pays africains. “L’on ne doit pas oublier que les discussions bilatérales importantes ont souvent lieu en dehors des rencontres formelles. C’est au cours de plusieurs réunions informelles que l’on arrive à trouver des accords sur les affaires importantes, que l’on peut faire avancer les discussions sur les questions soulevées”.
Le TRALAC basé non loin du CAP, en Afrique du Sud, est une organisation à but non lucratif qui travaille au renforcement des capacités en droit commercial en Afrique australe.
Dr Mzukisi Qobo, chef de programme pour les puissances émergentes et les défis du leadership mondial à l’Institut sud africain des affaires internationales (SAIIA), adopte également une position plus conciliante: “Le Canada est préoccupé du fait que la dynamique des questions africaines impulsée lors du sommet de Gleneagles en Ecosse, en 2005, soit en train de faiblir”.
A Gleneagles, ajoute-t-il, 25 milliards de dollars ont été promis à l’Afrique, dont environ 13 milliards de dollars seulement se sont matérialisés.
Le SAIIA est une institution de recherche non gouvernementale à Johannesburg, en Afrique du Sud.
D’autres promesses faites à la réunion de Gleneagles à laquelle ont pris part les dirigeants de l’Algérie, de l’Ethiopie, du Ghana, du Sénégal, de l’Afrique du Sud, et de la Tanzanie, comportaient un soutien plus accru aux forces de maintien de la paix en Afrique; et plus d’investissement dans l’éducation et la lutte contre les maladies mortelles comme le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose.
Il a été également suggéré vaguement de mettre fin “un jour” aux pratiques commerciales protectionnistes des pays riches de l’ouest; et une remise de dettes d’une valeur de 40 milliards de dollars a été promise aux pays les plus pauvres, y compris ceux d’Afrique. Les membres européens du G8 se sont également engagés à atteindre l’objectif d’une aide étrangère de 0,56 pour cent du produit intérieur brut au plus tard en 2010 et de 0,7 pour cent au plus tard en 2013.
“Les sept invités africains ont été choisis avec le plus grand soin parce qu’ils jouent tous d’importants rôles en Afrique actuellement”, affirme Qobo.
Meles Zenawi, Premier ministre de l’Ethiopie, a été pendant un certain temps la coqueluche du monde occidental, en dépit des “défis” en matière des droits de l’Homme dans son pays, selon Qobo. L’Ethiopie est considérée comme l’une des puissantes alliées des Etats-Unis en Afrique, une relation qui est poursuivie en raison de sa proximité avec le Moyen-Orient.
L’Algérie et le Sénégal sont des pays francophones influents; le Nigéria et l’Egypte sont quant à eux des puissances régionales très importantes en Afrique de l’ouest et du nord, respectivement.
L’Afrique du Sud est considérée comme le poumon politique et économique de l’Afrique et le moteur du NEPAD. En outre, le Nigeria, l’Algérie, l’Egypte et le Sénégal étaient, avec l’Afrique du Sud, les initiateurs du NEPAD.
Le Malawi, le plus petit et le plus pauvre des sept, préside actuellement l’Union africaine.
“Il y a un processus en cours au niveau du ministère des affaires étrangères du Canada pour développer et maintenir une stratégie sur l’Afrique. Il y a une préoccupation relative aux pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, et Chine) qui engage les pays africains. L’Afrique a consolidé d’importantes relations avec ces pays et ce lien est considéré comme une menace pour les pays occidentaux”, poursuit Qobo.
Selon lui, “Le Canada veut comprendre comment il peut s’engager de façon significative avec l’Afrique sur les questions relatives à la sécurité, à l’aide, au commerce et à l’investissement”.
Hartzenberg considère comme important le fait que l’invitation soit étendue à un nombre varié de pays africains. “Il arrive souvent que l’Afrique du Sud soit considérée comme ‘pays porte-parole’ pour le reste de l’Afrique. Mais l’Afrique est un continent varié.
“Beaucoup de petits pays ont rarement la chance de s’illustrer sur la scène internationale. Les besoins d’un petit pays comme le Malawi sont très différents de ceux de l’Egypte, par exemple, et il doit faire valoir son propre cas.” Hartzenberg soutient que les pays occidentaux qui, pour la plupart, ont abandonné les promesses faites à Gleneagles utilisent la récession mondiale comme un prétexte facile pour ne pas honorer leurs promesses.
La dernière critique d’Ikome est que le G8 perd son importance sur la scène mondiale: “Il est en train d’être remplacé par le Groupe des 20 (G20). Il serait beaucoup mieux pour les pays africains de se faire représenter lors des sommets du G20”.

