DROITS: Enfants domestiques à Genève pour se faire entendre par l’OIT

GENEVE, 14 juin (IPS) – La planète compte plus de 100 millions d’enfants travailleurs, la plupart exploités par des familles. Quelques-uns d’entre eux sont venus à Genève plaider leur cause, l’OIT venant d’entamer des négociations pour protéger les travailleurs domestiques.

Ils sont peut-être 87 millions, 200 millions ou plus encore d'enfants employés à des tâches domestiques excessives pour leur âge. Un secteur informel, et donc incontrôlable, qui ouvre la porte à tous les abus. Alors que l’Organisation internationale du travail (OIT) négocie actuellement à Genève les clauses d’un instrument juridique international protégeant les droits des salariés domestiques, une délégation de cinq enfants travailleurs du Pérou, du Togo et d’Inde, encadrés par des ONG ad hoc – 'Children Unite, Anti Slavery' et 'Human Rights Watch (HRW)' – est venue se faire entendre aux Nations Unies. Le 8 juin, ils ont raconté leurs parcours lors d’une manifestation publique organisée par l’Office des droits humains de Genève et HRW. Issus de familles misérables, ils ont été placés à sept, neuf ou 13 ans. Privés d’enfance, Eveli, Foulera, Komi, Fiama, Sujatha ont été exploités, abusés sexuellement, battus… Aujourd’hui, tous veulent consacrer leur vie à éviter aux autres enfants le même sort. Au nom de leurs pairs dans le monde entier, ils approchent ces jours-ci les gouvernements, les syndicats et les employeurs – les trois parties en négociation au sein de l’OIT – pour soumettre leurs recommandations et les exhorter à les inclure dans la convention en élaboration. En première ligne, l’interdiction d’employer des enfants en dessous de 14 ou 15 ans, leur droit à l’éducation et à une protection contre les abus physiques, sexuels et psychologiques. Tout cela devant figurer par contrat écrit. Chacun a insisté sur l’importance de ne pas «rester invisible» et de sortir de l’isolement. Ils demandent pour cela aux gouvernements d’instaurer des mesures afin de les enregistrer au même titre que les autres travailleurs. «Il s’agit du premier instrument de l’OIT sur les travailleurs domestiques», explique Jo Becker, responsable du plaidoyer des droits de l'enfant pour HRW. «A tire de comparaison, il y a plus de 60 instruments de l’OIT pour les marins (1,2 million). L’OIT a décidé de plancher sur un outil juridique contraignant, en faveur des travailleurs domestiques, seulement depuis 2008».

Mais la convention ne sera votée que l’année prochaine. Les Etats devront alors la ratifier et adapter leurs lois, ces prochaines années. Toutefois, des mesures existent déjà dans certains pays, indique Audrey Guichon, coordinatrice sur le travail domestique à 'Anti-Slavery International'. Ainsi, un quartier de Manille, aux Philippines, enregistre les enfants domestiques, ce qui permet notamment aux ONG de les suivre et de leur garantir une certaine protection. Des pays latino-américains, dont le Brésil, offrent une compensation aux familles pauvres qui envoient leurs enfants à l’école plutôt qu’au travail. La Suisse, elle, s’est doté en 2002 d'un Service de coordination contre la traite des humains et le trafic des migrants. «Le but de ces mécanismes est la coordination entre toutes les portes d'entrée par lesquelles les victimes potentielles peuvent passer : police, aéroport, hôpital cantonal, justice, office cantonal de la population, service de protection des mineurs et surtout réseau associatif», précise Fabienne Bugnon, directrice de l’Office des droits humains.

Pour Jean Zermatten, directeur de l'Institut des droits de l'enfant et vice-président du Comité ad hoc des Nations Unies, ce nouvel instrument juridique complètera les Conventions sur les droits de l’enfant déjà existantes.

«L’agriculture et le travail domestique constituent les deux principaux secteurs informels non protégés», souligne-t-il. «Mais le travail domestique connaît souvent des situations plus graves, car il a lieu derrière une porte close et il permet de décharger une famille déjà très pauvre». Zermatten ajoute: «A coté des textes normatifs, il faut le travail de terrain en sensibilisant tous les acteurs, enfants, parents, population, gouvernements. On ne peut se contenter d’un instrument qui interdit et punit, il faut aussi des mesures de prévention contre la pauvreté garantissant l’éducation».

*(Carole Vann est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).