ANGOLA: Les petits fermiers accueillent favorablement l’investissement

LUANDA, 26 mai (IPS) – Pensez petit pour surmonter les gros problèmes! Tel était le message adressé aux gouvernements africains qui sont en train d’être encouragés à faire davantage pour accroître la sécurité alimentaire et réduire la faim et la malnutrition sur le continent.

Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), a déclaré aux délégués à la conférence régionale pour l'Afrique organisée à Luanda, la capitale de l’Angola, dans la première semaine de mai qu'il fallait se focaliser sur les “petits producteurs” et “l'agriculture familiale”.

Son message a été bien reçu par les délégués venus de divers groupes de la société civile africaine, des coopératives d’agriculteurs et des militants des zones rurales qui se sont rencontrés à Luanda pour une réunion parallèle afin de faire pression sur la FAO et les décideurs gouvernementaux pour soutenir les petits producteurs.

En 2009, durement touché par la chute des prix du pétrole provoquée par la crise économique mondiale, le gouvernement de l'Angola, dépendant du pétrole, a initié un important plan de relance pour améliorer les opportunités agricoles et rendre performants les services en dehors des grandes villes.

L'idée était de stimuler l'économie non pétrolière en permettant au secteur agricole de retrouver sa rentabilité d'avant l'indépendance lorsque l'Angola était un important producteur et le quatrième plus grand exportateur de café au monde.

Un autre objectif clé du gouvernement était de créer des emplois en milieu rural et des industries durables à long terme, tout en réduisant également la dépendance sur les aliments importés et en renforçant la sécurité alimentaire.

Un milliard de dollars d'investissement, annoncé en fanfare dans les médias publics de l'Angola, a été également consacré à la réparation des routes pour améliorer l'accès aux marchés, à l’introduction de nouvelles technologies d'irrigation et à la promotion des techniques telles que la rotation et le stockage des cultures.

Quelque 12 mois plus tard, bien que l’allocation budgétaire officielle pour l'agriculture représente encore moins de deux pour cent du programme des dépenses publiques du pays qui s’élèvent à 36 milliards de dollars US (contrairement aux 10 pour cent recommandés par la FAO), l'Angola semble être sur la bonne voie.

Le ministre de l'Economie, Manuel Nunes Júnior, a annoncé en avril que le secteur agricole a augmenté de 29 pour cent en 2009. Le rapport du Système mondial d'information et d'alerte rapide (SMIAR), publié en mars 2010 sur l’Angola, a indiqué 1,2 million de tonnes de récolte de maïs, une hausse de 87 pour cent par rapport aux chiffres de 2008, et le premier excédent en deux décennies.

Mais Sergio Calundungo, qui dirige l'Organisation non gouvernementale (ONG) angolaise 'Action pour le développement rural et l'environnement (ADRA)', affirme que ce chiffre gouvernemental sur la croissance ne dit pas tout. Il a averti que la majorité des investissements a été dans les infrastructures à grande échelle et dans les initiatives publiques/privées, et non dans des programmes profitant aux petits fermiers.

“Il est difficile de savoir exactement la façon dont ces chiffres sur la croissance sont calculés. Et même s'il y avait une croissance de 29 pour cent, elle est issue d'une base très faible”, a-t-il dit.

“Notre inquiétude est que la majeure partie de l'argent est allée à des projets infrastructurels exceptionnels à grande échelle qui apportent de gros bénéfices à un petit nombre de personnes, mais qui peuvent être difficiles à soutenir.

“Si nous voulons vraiment résoudre les problèmes de sécurité alimentaire et réduire la pauvreté rurale, nous devons aider les petits agriculteurs directement, parce que ce sont eux qui produisent plus de deux tiers de la production agricole du pays”.

Filomena Delgado, secrétaire d'Etat pour le Développement rural, était catégorique sur le fait que l'argent parvient aux Angolais sur les échelons les plus bas de l'économie.

“Dans le domaine social, nous investissons dans les écoles, dans l'accès à l'eau potable et dans l'eau pour les animaux”, a-t-elle dit à IPS.

“Nous commençons à travailler également avec les nouvelles techniques d'irrigation, afin que nous puissions réduire la dépendance sur la pluviométrie et avoir une production plus cohérente, et nous soutenons la formation en milieu rural”, a-t-elle ajouté.

Et sur le plan économique, nous travaillons sérieusement pour accroître la capacité des petits producteurs et des agriculteurs familiaux, surtout en termes d'esprit d’entreprise et de la commercialisation”, a poursuivi Delgado.

Elle s’est exprimée avec fierté sur un projet de micro-crédit évalué à 350 millions de dollars (géré en collaboration avec les banques commerciales) qui donnera aux petits et moyens agriculteurs un meilleur accès aux semences, aux engrais et à l’équipement.

Initialement proposé en 2009, le projet a finalement été activé et les agriculteurs ainsi que les coopératives devraient bientôt commencer à être en mesure d'accéder à des prêts qui se situent entre 150 et 200 dollars à un taux d'intérêt de cinq pour cent.

Calundungo a déclaré: “Le principe permettant de fournir l'argent est bon. C'est génial que les petits fermiers puissent accéder au crédit, et c'est beaucoup d’argent – mais nous devons nous assurer que le processus est géré de la meilleure façon et que nous apprenons de nos erreurs du passé lorsque des projets de crédit échouent”.

Il a également demandé qu’on voie clair sur les personnes qui auraient accès à l'argent et la façon dont les problèmes liés à la distance par rapport aux banques, et au manque très répandu de cartes d'identité et de documents de titre foncier seraient surmontés.

“L'Angola est dans une meilleure position que la plupart parce qu'il a de l'argent disponible à dépenser”, a déclaré Calundongo, “nous devons nous assurer que cet argent est dépensé sur les personnes qui en ont besoin, non pas juste pour le plaisir de le dépenser”.

ENCADRE: Du diable dans les détails Ricardina Machado est la directrice du programme Appui aux coopératives au niveau des Associations de l’union des travailleurs ruraux angolais, qui œuvre en partenariat avec le gouvernement tout en étant indépendamment financé.

Elle a affirmé que le système de micro-crédit de l'Angola mettra du temps à trouver ses marques, mais qu’il constitue un excellent moyen d’aider les petits agriculteurs à accéder aux produits comme les semences et les engrais.

Ce projet gouvernemental fait suite à d'autres initiatives de crédit plus petites dirigées par la Banque mondiale et des ONG internationales travaillant à la réduction du taux de pauvreté de 94 pour cent de l'Angola.

Machado a reconnu que les prix élevés des produits importés tels que les engrais – à partir de 45 dollars le sac de 50 kg – signifient que même avec des projets de crédit, les petits producteurs luttaient pour accéder aux produits dont ils avaient besoin pour accroître leur productivité.

Mais elle a soutenu que la commercialisation de la production à petite échelle est un défi encore plus grand.

“Pour le moment, il n'est pas facile pour beaucoup de personnes de transporter leurs produits au marché à cause des mauvaises routes ou d'un manque d’espace pour vendre”, a-t-elle expliqué.

“Mais c'est quelque chose sur lequel le gouvernement travaille et nous assistons à des changements, par exemple il y a maintenant des projets de transformation de la tomate à Namibe et Huila et l’état des routes s’améliore tout le temps”.

Une arme clé dans la conduite de la commercialisation des produits localement cultivés était censée être le Programme de restructuration de la logistique et de distribution des produits essentiels à la population (PRESILD).

L'idée était de créer un système d'approvisionnement pour Nosso Super, la chaîne de supermarchés d'Etat, mais à cause des incohérences et des coûts élevés de la production locale, la plupart des aliments qui se trouvent sur les rayons de Nosso Super viennent d'Afrique du Sud et du Brésil.

Les marchés locaux gérés par le PRESILD ont été également, aux yeux de certaines personnes, incapables de décoller parce que les prix des fruits et légumes sont fixes, permettant au marché informel de vendre moins cher et beaucoup plus.

“Nous avons besoin de repenser ce projet parce qu'il ne marche pas”, a conclu Calundungo.