BOBO-DIOULASSO, Burkina Faso, 22 mai (IPS) – La région de Nyangologo, dans le sud du Burkina Faso, était pendant longtemps la plus importante productrice de coton de la province de la Comoé. Mais, la production a chuté depuis 2005 à cause des subventions des pays riches à leurs cotonculteurs et de la baisse du prix d’achat du coton lié à la chute du taux du dollar.
«Dans les années passées, on faisait 12.000 tonnes de coton (dans le département de Nyangoloko)… Cette année, on a fait 6.000 tonnes», a déclaré Koudiaba Héma, un producteur de coton de la région, au terme d’un débat avec des responsables de la Sofitex, la plus grande société de production de coton du Burkina Faso.
Mais, ajoute-t-il à IPS : «Je vais m’entretenir bien avec mes producteurs afin qu’ils reviennent fortement sur le coton». Cet engagement de Héma fait suite à une rencontre avec des responsables de la Sofitex venus leur annoncer l’augmentation du prix d’achat du coton au producteur qui passe de 150 à 182 francs CFA (de 0,31 à 0,37 dollar environ) le kilogramme.
«Je pense que les cotonculteurs sont contents avec les nouveaux prix fixés pour la présente campagne. Le souhait des producteurs est que les prix atteignent 200 FCFA (environ 0,41 dollar) le kg pour le premier choix. L’organisation des forums a permis de leur faire accepter le prix d’achat de 182 FCFA», affirme Adama Bakone, chef de la zone la Sofitex de Boromo, dans l’ouest du Burkina.
Selon Célestin Tiendrébéogo, directeur général de la Sofitex, plusieurs facteurs ont permis la relance de production dont la baisse de la production au niveau international, la forte demande de coton en Chine, en Asie en général et aux Etats-Unis, entraînant une flambée du prix du coton qui atteint maintenant, sur le marché international, 950 FCFA (environ 1,97 dollar) contre 650 FCFA (1,35 dollar) la livre l’année passée à la même période.
«C’est une campagne qui démarre et il y a un engouement pour les cotonculteurs comme nous avons pu le constater sur le terrain. Nous avons augmenté le prix du coton comme nous l’avons promis en mars et je crois qu’à ce niveau, nous sommes rentrés dans une période où il y a une visibilité sur le prix du coton», se réjouit Tiendrébéogo.
Le gouvernement burkinabé compte atteindre un minimum de 550.000 tonnes à la fin de la campagne 2010-2011. La production est passée de 700.000 tonnes au début des années 2000 à 322.000 tonnes en 2009-2010 sous l’effet conjugué des subventions agricoles américaines et européennes, et de la hausse de l’euro face au dollar.
Le coton fait vivre directement ou indirectement plus de trois millions de personnes a Burkina Faso, selon la Sofitex.
«Nous sommes sortis de la crise et nous pouvons maintenant produire. Et nous pouvons indiquer aux paysans qu’ils doivent produire, produire beaucoup, en qualité et en intensifiant la production», déclare Tiendrébéogo.
Au Burkina Faso, le coton représente environ 60 pour cent des recettes d'exportation, et contribue avec ses externalités (activités d'égrenage, de transport…) pour plus de 25 pour cent à la formation du produit intérieur brut, selon le ministère de l'Economie et des Finances.
Pour encourager les producteurs, la Sofitex subventionne à hauteur de six milliards FCFA (environ 12,5 millions dollars) les intrants afin de garder leurs prix intacts : l'urée à 14.400 FCFA (environ 30 dollars) le sac de 50 kg; et 13.200 FCFA (27,5 dollars) pour le sac de 50 kg d'engrais chimique décomposé.
Par ailleurs, pour accroître sa production et limiter les coûts de production, la société cotonnière consacrera 80 pour cent des superficies de terres au coton génétiquement modifié (coton OGM) contre 20 pour cent pour le coton conventionnel. Selon les estimations de la Sofitex, le coton génétique permet de réaliser de 2.500 à 3.000 kg de coton à l’hectare, contre une moyenne de 1.000 kg de coton conventionnel. Par ailleurs, la culture du coton génétique éviterait quatre traitements des champs en intrants et permettrait d’économiser 72 dollars par hectare.
«Nous nous sommes inscrits dans la logique de la Sofitex, dans la production du coton génétiquement modifié. Son traitement présente des avantages pour les cotonculteurs», affirme à IPS, Tahirou Fofana, deuxième vice-président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB).
«En plus de cela, les producteurs fournissent moins d'effort pour l'entretien des champs. Nous sommes totalement mobilisés pour le coton génétiquement modifiés», ajoute Fofana.
Toutefois, “la plupart des producteurs sont un peu réticents au coton OGM car il y a eu d'impayés lors de la saison écoulée parce que la production n'a pas permis de rembourser les crédits en raison de la mauvaise pluviométrie”, admet François Tani, président de l’UNPCB. “Il y a eu sensibilisation, mais il est difficile de mobiliser des producteurs déçus”. Mais, quelque 15.000 tonnes d’engrais seront distribués aux producteurs pour la production de maïs, annonce le directeur général de la Sofitex, indiquant que lors de la campagne écoulée, les paysans «détournaient massivement» les intrants pour les cultures céréalières.
L’embellie annoncée du secteur cotonnier intervient après plusieurs années tumultueuses de la filière ayant poussé quatre pays de la sous-région – le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad – à constituer le front du «C4» pour défendre les intérêts des producteurs à l’Organisation mondiale du commerce. Le coton représente en moyenne 6,5 pour cent du produit national brut et environ 70 pour cent des recettes d'exportations agricoles dans ces pays. Et environ 15 millions de producteurs et leurs familles dépendent de cette culture, selon l'Association des cotonculteurs ouest-africains.

