LILONGWE, 20 mai (IPS) – En raison de la crise économique et financière mondiale, la croissance sur le continent africain est tombée à une moyenne de 1,6 pour cent en 2009, contre 4,5 pour cent en 2008.
Ces chiffres ont été annoncés par Abdoulie Janneh, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), au cours d'une conférence annuelle conjointe de l'Union africaine (UA) et de la CEA à Lilongwe, la capitale du Malawi.
Le taux de chômage sur l’ensemble du continent africain était de 8,2 pour cent en 2009, légèrement meilleur par rapport aux 8,5 pour cent enregistrés en 2004 avant l’essor et la récession économiques mondiaux, selon un rapport économique publié par l'Union africaine au cours de la conférence qui a été organisée du 29 mars au 1er avril.
“Clairement, en Afrique, à cause de la baisse de la croissance économique, la récente crise économique et financière a provoqué un retour en dessous du niveau de chômage enregistré en 2004”, indique le rapport.
Cette conférence, ayant pour thème “promouvoir une croissance durable de haut niveau pour réduire le chômage en Afrique”, a réuni les ministres africains de l'Economie, des Finances et du Développement économique.
“Le défi que nous avons à relever maintenant en tant que continent est d'atteindre des niveaux de croissance élevés et durables qui nous permettraient de réduire la pauvreté et le chômage”, a déclaré Janneh à IPS.
Janet Mgwadira, 51 ans, de Mtandile, une municipalité à la périphérie de Lilongwe, a assisté à la cérémonie d'ouverture de la conférence. Cette femme a été au chômage pendant 12 ans; elle a suivi une formation de secrétaire. Son mari, un agronome, est aussi au chômage. La famille survit grâce à l'agriculture de subsistance.
Mgwadira a trois enfants adultes âgés de 21 à 25 ans qui ont terminé leurs études secondaires, mais un seul est employé. “J'ai entendu à la radio que les ministres de toute l'Afrique viendront ici discuter des moyens de créer des emplois. Je suis venue pour écouter les discours afin de savoir ce qui arrivera à mes enfants”, a confié Mgwadira à IPS.
Elle attend le jour où les projets des responsables du gouvernement porteront leurs fruits. “Je souhaite que mon gouvernement puisse trouver le moyen de créer des emplois. Je suis toujours inquiète pour mes enfants. J’aimerais qu'ils aient une vie meilleure que celle que nous avons eue jusqu'à présent”, s'est inquiétée Mgwadira.
Jusqu'à 65 pour cent des 13,1 millions d’habitants du Malawi vivent avec moins d'un dollar par jour, selon les statistiques du gouvernement du Malawi.
Les chiffres actuels de l'UA indiquent que la proportion de personnes vivant dans l'extrême pauvreté, en utilisant le nouveau seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour, est de 51 pour cent en Afrique sub-saharienne et trois pour cent en Afrique du nord.
“Même si une répartition par sexe n'est pas fournie, il est généralement admis que les femmes et les enfants sont plus susceptibles d'être pauvres que les hommes. La crise économique actuelle peut aggraver l'incidence et la sévérité de la pauvreté en Afrique, et encore les femmes et les enfants sont susceptibles d'être les plus touchés par la crise”, dit le rapport, indiquant que la frustration causée par la persistance du chômage et le manque d’opportunités est susceptible d’inciter les jeunes à être attirés par des révolutionnaires sociaux charismatiques et opportunistes qui accusent la structure actuelle de la société de leurs problèmes.
Ceci, dit le rapport, est une autre raison pour laquelle les pays africains devraient accorder une grande attention au chômage.
Le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, qui est également le président de l'UA, a déclaré dans son discours à la cérémonie d'ouverture que l'Afrique n'est pas un continent pauvre, mais que ce sont les peuples d'Afrique qui sont pauvres.
“Cela repose sur le constat que l'Afrique a d'énormes richesses inexploitées composées de ressources naturelles et minérales, de la faune, de poissons, de bassins fluviaux, de lacs et d’immenses terres arables. Celles-ci ne sont pas en train d’être exploitées ou utilisées par les Africains”, a déclaré Mutharika.
Les gouvernements africains devraient mettre en œuvre des politiques nationales qui sont conçues, élaborées et détenues par les peuples africains. “De telles politiques doivent être mises en œuvre, surveillées et évaluées par nos propres experts”, a estimé Mutharika.
La population de l'Afrique a augmenté de 2,3 pour cent entre 2008 et 2009, pour atteindre environ un milliard de personnes, selon le rapport. Environ 70 pour cent de cette population est âgée de 30 ans au plus.
Cette population fournit à l'Afrique un réservoir de main-d’œuvre sur lequel elle pourrait puiser pour une croissance économique rapide. Mais l'augmentation rapide de la population, ainsi que l’augmentation de l’exode rural, crée beaucoup de problèmes, y compris l'insuffisance de la fourniture des services sociaux et des services de l'assainissement, de logement et d'emplois.
Pour créer l'emploi, la réunion de Lilongwe a convenu que les pays africains doivent poursuivre des politiques budgétaires et monétaires pour financer l’investissement dans les infrastructures, l'éducation et les soins de santé. Les ministres ont également accepté de se concentrer sur des projets où la main-d'œuvre est importante, tels que les routes rurales et les projets de l'eau.
Les investissements qui transformeront la structure des économies africaines, en la faisant passer de la dépendance de l’extraction des ressources naturelles à faible taux d'emploi aux secteurs de la fabrication, de l'agro-industrie et de la fourniture de services, où la main-d'œuvre est importante, ont également été identifiés comme une solution au chômage.
Le chômage mondial est passé de 5,9 pour cent en 2008 à 6,9 pour cent dans le meilleur des cas en 2009, ou à 7,4 pour cent dans le pire des cas, selon l'Organisation internationale du travail.

